Les documents présentés ici sont à prendre en compte en ayant en vue les limites, erreurs et déviations du mouvement communiste international se réclamant du marxisme-léninisme analysées dans notre étude « Impérialisme et anti-impérialisme » de mai 2007. En effet dans ces documents (ceux de Michael Parenti et du PTB), des pays comme la Chine ou Cuba sont considérés comme des pays socialistes alors qu'ils ne l'ont jamais été (la Chine est même aujourd'hui devenue un puissant pays impérialiste). En outre ces documents considèrent à tord l'URSS comme socialiste jusqu'en 1990. Or le capitalisme restauré en URSS au début des années 1950 est parvenu à maintenir certains acquis sociaux hérités de la période socialiste jusqu'au dépeçage de la sphère d'influence du social-impérialisme soviétique et à la ruine de pans entiers de son économie. Toutes ces erreurs ont pour source une compréhension superficielle de la théorie économique marxiste-léniniste.
(Albert Einstein)
Est-il
convenable qu’un homme qui n’est pas versé dans les questions économiques
et sociales exprime des opinions au sujet du socialisme ?
Pour
de multiples raisons je crois que oui.
Considérons
d’abord la question au point de vue de la connaissance scientifique. Il
pourrait paraître qu’il n’y ait pas de différences méthodologiques
essentielles entre l’astronomie, par exemple, et l’économie : les savants
dans les deux domaines essaient de découvrir les lois généralement
acceptables d’un groupe déterminé de phénomènes, afin de rendre
intelligibles, d’une manière aussi claire que possible, les relations réciproques
existant entre eux. Mais en réalité de telles différences existent. La découverte
de lois générales en économie est rendue difficile par la circonstance que
les phénomènes économiques observés sont souvent influencés par beaucoup de
facteurs qu’il est très difficile d’évaluer séparément. En outre,
l’expérience accumulée depuis le commencement de la période de l’histoire
humaine soi-disant civilisée a été — comme on le sait bien — largement
influencée et délimitée par des causes qui n’ont nullement un caractère
exclusivement économique. Par exemple, la plupart des grands États dans
l’histoire doivent leur existence aux conquêtes. Les peuples conquérants se
sont établis, légalement et économiquement, comme classe privilégiée du
pays conquis. Ils se sont attribués le monopole de la terre et ont créé un
corps de prêtres choisis dans leur propre rang. Les prêtres, qui contrôlèrent
l’éducation, érigèrent la division de la société en classes en une
institution permanente et créèrent un système de valeurs par lequel le peuple
fut dès lors, en grande partie inconsciemment, guidé dans son comportement
social.
Mais
la tradition historique date pour ainsi dire d’hier ; nulle part nous
n’avons dépassé ce que Thorstein Veblen appelait " la phase de
rapine " du développement humain. Les faits économiques qu’on peut
observer appartiennent à cette phase et les lois que nous pouvons en déduire
ne sont pas applicables à d’autres phases. Puisque le but réel du socialisme
est de dépasser la phase de rapine du développement humain et d’aller en
avant, la science économique dans son état actuel peut projeter peu de lumière
sur la société socialiste de l’avenir.
En
second lieu, le socialisme est orienté vers un but éthico-social. Mais la
science ne peut pas créer des buts, encore moins peut-elle les faire pénétrer
dans les êtres humains ; la science peut tout au plus fournir les moyens
par lesquels certains buts peuvent être atteints. Mais les buts mêmes sont conçus
par des personnalités animées d’un idéal moral élevé et — si ces buts
ne sont pas mort-nés, mais vivants et vigoureux — sont adoptés et portés en
avant par ces innombrables êtres humains qui, à demi inconscients, déterminent
la lente évolution de la société.
Pour
ces raisons nous devrions prendre garde de ne pas surestimer la science et les méthodes
scientifiques quand il s’agit de problèmes humains ; et nous ne devrions
pas admettre que les spécialistes soient les seuls qui aient le droit de
s’exprimer sur des questions qui touchent à l’organisation de la société.
D’innombrables
voix ont affirmé, il n’y a pas longtemps, que la société humaine traverse
une crise, que sa stabilité a été gravement troublée. Il est caractéristique
d’une telle situation que des individus manifestent de l’indifférence ou, même,
prennent une attitude hostile à l’égard du groupe, petit ou grand, auquel
ils appartiennent. Pour illustrer mon opinion je veux évoquer ici une expérience
personnelle. J’ai récemment discuté avec un homme intelligent et d’un bon
naturel sur la menace d’une autre guerre, qui, à mon avis, mettrait sérieusement
en danger l’existence de l’humanité, et je faisais remarquer que seule une
organisation supranationale offrirait une protection contre ce danger. Là-dessus
mon visiteur me dit tranquillement et froidement : " Pourquoi êtes-vous
si sérieusement opposé à la disparition de la race humaine ? "
Je
suis sûr que, il y a un siècle, personne n’aurait si légèrement fait une
affirmation de ce genre. C’est l’affirmation d’un homme qui a vainement
fait des efforts pour établir un équilibre dans son intérieur et qui a plus
ou moins perdu l’espoir de réussir. C’est l’expression d’une solitude
et d’un isolement pénibles dont tant de gens souffrent de nos jours. Quelle
en est la cause ? Y a-t-il un moyen d’en sortir ?
Il
est facile de soulever des questions pareilles, mais il est difficile d’y répondre
avec tant soit peu de certitude. Je vais néanmoins essayer de le faire dans la
mesure de mes forces, bien que je me rende parfaitement compte que nos
sentiments et nos tendances sont souvent contradictoires et obscurs et qu’ils
ne peuvent pas être exprimés dans des formules aisées et simples.
L’homme
est en même temps un être solitaire et un être social. Comme être solitaire
il s’efforce de protéger sa propre existence et celle des êtres qui lui sont
le plus proches, de satisfaire ses désirs personnels et de développer ses
facultés innées. Comme être social il cherche à gagner l’approbation et
l’affection de ses semblables, de partager leurs plaisirs, de les consoler
dans leurs tristesses et d’améliorer leurs conditions de vie. C’est
seulement l’existence de ces tendances variées, souvent contradictoires, qui
explique le caractère particulier d’un homme, et leur combinaison spécifique
détermine dans quelle mesure un individu peut établir son équilibre intérieur
et contribuer au bien-être de la société. Il est fort possible que la force
relative de ces deux tendances soit, dans son fond, fixée par l’hérédité.
Mais la personnalité qui finalement apparaît est largement formée par le
milieu où elle se trouve par hasard pendant son développement, par la
structure de la société dans laquelle elle grandit, par la tradition de cette
société et son appréciation de certains genres de comportement. Le concept
abstrait de " société " signifie pour l’individu humain
la somme totale de ses relations, directes et indirectes, avec ses contemporains
et les générations passées. Il est capable de penser, de sentir, de lutter et
de travailler par lui-même, mais il dépend tellement de la société — dans
son existence physique, intellectuelle et émotionnelle — qu’il est
impossible de penser à lui ou de le comprendre en dehors du cadre de la société.
C’est la " société " qui fournit à l’homme la
nourriture, les vêtements, l’habitation, les instruments de travail, le
langage, les formes de la pensée et la plus grande partie du contenu de la pensée ;
sa vie est rendue possible par le labeur et les talents de millions
d’individus du passé et du présent, qui se cachent sous ce petit mot de
" société ".
Il
est, par conséquent, évident que la dépendance de l’individu de la société
est un fait naturel qui ne peut pas être supprimé — exactement comme dans le
cas des fourmis et des abeilles. Cependant, tandis que tout le processus de la
vie des fourmis et des abeilles est fixé, jusque dans ses infimes détails, par
des instincts héréditaires rigides, le modèle social et les relations réciproques
entre les êtres humains sont très variables et susceptibles de changement. La
mémoire, la capacité de faire de nouvelles combinaisons, le don de
communication orale ont rendu possibles des développements parmi les êtres
humains qui ne sont pas dictés par des nécessités biologiques. De tels développements
se manifestent dans les traditions, dans les institutions, dans les
organisations, dans la littérature, dans la science, dans les réalisations de
l’ingénieur et dans les œuvres d’art. Ceci explique comment il arrive que
l’homme peut, dans un certain sens, influencer sa vie par sa propre conduite
et comment, dans ce processus, la pensée et le désir conscients peuvent jouer
un rôle.
L’homme
possède à sa naissance, par hérédité, une constitution biologique que nous
devons considérer comme fixe et immuable, y compris les impulsions naturelles
qui caractérisent l’espèce humaine. De plus, pendant sa vie il acquiert une
constitution culturelle qu’il reçoit de la société par la communication et
par beaucoup d’autres moyens d’influence. C’est cette constitution
culturelle qui, dans le cours du temps, est sujette au changement et qui détermine,
à un très haut degré, les rapports entre l’individu et la société.
L’anthropologie moderne nous a appris, par l’investigation des soi-disant
cultures primitives, que le comportement social des êtres humains peut présenter
de grandes différences, étant donné qu’il dépend des modèles de culture
dominants et des types d’organisation qui prédominent dans la société.
C’est là-dessus que doivent fonder leurs espérances tous ceux qui
s’efforcent d’améliorer le sort de l’homme : les êtres humains ne sont
pas, par suite de leur constitution biologique, condamnés à se détruire
mutuellement ou à être à la merci d’un sort cruel qu’ils s’infligent
eux-mêmes.
Si
nous nous demandons comment la structure de la société et l’attitude
culturelle de l’homme devraient être changées pour rendre la vie humaine
aussi satisfaisante que possible, nous devons constamment tenir compte du fait
qu’il y a certaines conditions que nous ne sommes pas capables de modifier.
Comme nous l’avons déjà mentionné plus haut, la nature biologique de
l’homme n’est point, pour tous les buts pratiques, sujette au changement. De
plus, les développements technologiques et démographiques de ces derniers siècles
ont créé des conditions qui doivent continuer. Chez des populations
relativement denses, qui possèdent les biens indispensables à leur existence,
une extrême division du travail et une organisation de production très
centralisée sont absolument nécessaires. Le temps, qui, vu de loin, paraît si
idyllique, a pour toujours disparu où des individus ou des groupes relativement
petits pouvaient se suffire complètement à eux-mêmes. On n’exagère pas
beaucoup en disant que l’humanité constitue à présent une communauté planétaire
de production et de consommation.
Je
suis maintenant arrivé au point où je peux indiquer brièvement ce qui
constitue pour moi l’essence de la crise de notre temps. Il s’agit du
rapport entre l’individu et la société. L’individu est devenu plus
conscient que jamais de sa dépendance de la société. Mais il n’éprouve pas
cette dépendance comme un bien positif, comme une attache organique, comme une
force protectrice, mais plutôt comme une menace pour ses droits naturels, ou même
pour son existence économique. En outre, sa position sociale est telle que les
tendances égoïstes de son être sont constamment mises en avant, tandis que
ses tendances sociales qui, par nature, sont plus faibles, se dégradent
progressivement. Tous les êtres humains, quelle que soit leur position sociale,
souffrent de ce processus de dégradation. Prisonniers sans le savoir de leur
propre égoïsme, ils se sentent en état d’insécurité, isolés et privés
de la naïve, simple et pure joie de vivre. L’homme ne peut trouver de sens à
la vie, qui est brève et périlleuse, qu’en se dévouant à la société.
L’anarchie
économique de la société capitaliste, telle qu’elle existe aujourd’hui,
est, à mon avis, la source réelle du mal. Nous voyons devant nous une immense
société de producteurs dont les membres cherchent sans cesse à se priver
mutuellement du fruit de leur travail collectif — non pas par la force, mais,
en somme, conformément aux règles légalement établies. Sous ce rapport, il
est important de se rendre compte que les moyens de la production — c’est-à-dire
toute la capacité productive nécessaire pour produire les biens de
consommation ainsi que, par surcroît, les biens en capital — pourraient légalement
être, et sont même pour la plus grande part, la propriété privée de
certains individus.
Pour
des raisons de simplicité je veux, dans la discussion qui va suivre, appeler
" ouvriers " tous ceux qui n’ont point part à la
possession des moyens de production, bien que cela ne corresponde pas tout à
fait à l’emploi ordinaire du terme. Le possesseur des moyens de production
est en état d’acheter la capacité de travail de l’ouvrier. En se servant
des moyens de production, l’ouvrier produit de nouveaux biens qui deviennent
la propriété du capitaliste.
Le
point essentiel dans ce processus est le rapport entre ce que l’ouvrier
produit et ce qu’il reçoit comme salaire, les deux choses étant évaluées
en termes de valeur réelle. Dans la mesure où le contrat de travail est " libre ",
ce que l’ouvrier reçoit est déterminé, non pas par la valeur réelle des
biens qu’il produit, mais par le minimum de ses besoins et par le rapport
entre le nombre d’ouvriers dont le capitaliste a besoin et le nombre
d’ouvriers qui sont à la recherche d’un emploi. Il faut comprendre que même
en théorie le salaire de l’ouvrier n’est pas déterminé par la valeur de
son produit.
Le
capital privé tend à se concentrer en peu de mains, en partie à cause de la
compétition entre les capitalistes, en partie parce que le développement
technologique et la division croissante du travail encouragent la formation de
plus grandes unités de production aux dépens des plus petites. Le résultat de
ces développements est une oligarchie de capitalistes dont la formidable
puissance ne peut effectivement être refrénée, pas même par une société
qui a une organisation politique démocratique. Ceci est vrai, puisque les
membres du corps législatif sont choisis par des partis politiques largement
financés ou autrement influencés par les capitalistes privés qui, pour tous
les buts pratiques, séparent le corps électoral de la législature.
La
conséquence en est que, dans le fait, les représentants du peuple ne protègent
pas suffisamment les intérêts des moins Privilégiés. De plus, dans les
conditions actuelles, les capitalistes contrôlent inévitablement, d’une manière
directe ou indirecte, les principales sources d’information (presse, radio, éducation).
Il est ainsi extrêmement difficile pour le citoyen, et dans la plupart des cas
tout à fait impossible, d’arriver à des conclusions objectives et de faire
un usage intelligent de ses droits politiques.
La
situation dominante dans une économie basée sur la propriété privée du
capital est ainsi caractérisée par deux principes importants: premièrement,
les moyens de production (le capital) sont en possession privée et les
possesseurs en disposent comme ils le jugent convenable ; secondement, le
contrat de travail est libre. Bien entendu, une société capitaliste pure dans
ce sens n’existe pas. Il convient de noter en particulier que les ouvriers,
après de longues et âpres luttes politiques, ont réussi à obtenir pour
certaines catégories d’entre eux une meilleure forme de " contrat
de travail libre ". Mais, prise dans son ensemble, l’économie
d’aujourd’hui ne diffère pas beaucoup du capitalisme " pur ".
La
production est faite en vue du profit et non pour l’utilité. Il n’y a pas
moyen de prévoir que tous ceux qui sont capables et désireux de travailler
pourront toujours trouver un emploi ; une " armée " de
chômeurs existe déjà. L’ouvrier est constamment dans la crainte de perdre
son emploi. Et puisque les chômeurs et les ouvriers mal payés sont de faibles
consommateurs, la production des biens de consommation est restreinte et a pour
conséquence de grands inconvénients. Le progrès technologique a souvent pour
résultat un accroissement du nombre des chômeurs plutôt qu’un allégement
du travail pénible pour tous. L’aiguillon du profit en conjonction avec la
compétition entre les capitalistes est responsable de l’instabilité dans
l’accumulation et l’utilisation du capital, qui amène des dépressions économiques
de plus en plus graves. La compétition illimitée conduit à un gaspillage
considérable de travail et à la mutilation de la conscience sociale des
individus dont j’ai fait mention plus haut.
Je
considère cette mutilation des individus comme le pire mal du capitalisme. Tout
notre système d’éducation souffre de ce mal. Une attitude de compétition
exagérée est inculquée à l’étudiant, qui est dressé à idolâtrer le
succès de l’acquisition comme une préparation à sa carrière future.
Je
suis convaincu qu’il n’y a qu’un seul moyen d’éliminer ces maux graves,
à savoir, l’établissement d’une économie socialiste, accompagnée d’un
système d’éducation orienté vers des buts sociaux. Dans une telle économie,
les moyens de production appartiendraient à la société elle-même et seraient
utilisés d’une façon planifiée. Une économie planifiée, qui adapte la
production aux besoins de la société, distribuerait le travail à faire entre
tous ceux qui sont capables de travailler et garantirait les moyens
d’existence à chaque homme, à chaque femme, à chaque enfant. L’éducation
de l’individu devrait favoriser le développement de ses facultés innées et
lui inculquer le sens de la responsabilité envers ses semblables, au lieu de la
glorification du pouvoir et du succès, comme cela se fait dans la société
actuelle.
Il
est cependant nécessaire de rappeler qu’une économie planifiée n’est pas
encore le socialisme. Une telle économie pourrait être accompagnée d’un
complet asservissement de l’individu. La réalisation du socialisme exige la
solution de quelques problèmes socio-politiques extrêmement difficiles :
comment serait-il possible, en face d’une centralisation extrême du pouvoir
politique et économique, d’empêcher la bureaucratie de devenir
toute-puissante et présomptueuse ? Comment pourrait-on protéger les
droits de l’individu et assurer un contrepoids démocratique au pouvoir de la
bureaucratie ?
"Pourquoi
le socialisme ?", Conceptions scientifiques, morales et
sociales, Bibliothèque de philosophie scientifique, Flammarion, Paris,
1952, pp. 125-132.
Michael Parenti
Bush : "Nous sommes en guerre, notre économie est en récession mais la situation de notre pays n'a jamais été aussi bonne qu'aujourd'hui."
Voilà
les premières phrases du discours sur l'Etat de l'Union, prononcé par le président
Bush devant le parlement. Le professeur et historien américain Michael Parenti
a, quant à lui, rassemblé des données très crues sur la situation réelle
aux Etats-Unis.
Voici ce qu'il arrive, en un an, aux Etats-Unis
:
o
27 000 Américains se suicident.
o 23 000 sont assassinés.
o 85 000 sont blessés par balle. 38 000 décèdent dont 2 600 enfants.
o 13 millions sont victimes de divers crimes, dont attaques, viols, vols à main
armée, cambriolages, incendies criminels.
o 135 000 enfants amènent des armes à l'école.
o 6,6 millions de personnes prennent régulièrement du crack, du speed, du PCP,
de la cocaïne ou une autre drogue dure.
o 37 millions de personnes, soit un Américain sur six, prennent régulièrement
des médicaments pour contrôler leurs émotions. Pour les sociétés
pharmaceutiques, les profits sont …stupéfiants.
o 600 à 1 000 personnes sont lobotomisées.
o 2 millions de personnes subissent des interventions chirurgicales inutiles. 10
000 d'entre elles en meurent.
o 45 000 personnes sont tuées dans des accidents de voiture. Parallèlement,
les fonds pour développer des formes plus sûres de transports collectifs sont
réduits.
o 126 000 enfants naissent avec des infirmités majeures, dûes principalement
à des soins insuffisants avant la naissance, des carences alimentaires, un
environnement toxique, la toxicomanie de la mère.
o 30 000 enfants souffrent d'incapacités physiques permanentes dues à la
maltraitance. Parallèlement à la croissance du chômage, les incidents de
maltraitance par des parents sans emplois augmentent dramatiquement.
o 150 000 enfants sont déclarés disparus. 50 000 d'entre eux disparaissent
purement et simplement.
o 900 000 enfants, dont certains sont âgés de 7 ans, travaillent comme
ouvriers agricoles sous-payés, plongeurs, ouvriers de blanchisserie ou
domestiques, parfois jusqu'à 10 heures par jour, en violation des lois sur le
travail des enfants.
o 700 000 femmes sont violées, soit une toutes les 45 secondes.
o 5 millions de travailleurs sont blessés au travail. 150 000 d'entre eux
souffrent d'infirmités.
o 14 000 personnes sont tuées sur leur lieu de travail.
o 100 000 personnes meurent prématurément suite à des maladies liées au
travail.
o 60 000 personnes sont tuées par des substances polluantes toxiques dans
l'environnement ou des substances contaminées dans la nourriture, l'eau ou
l'air.
o 4 000 personnes meurent à cause de la viande contaminée.
o 5,1 millions de personnes sont actuellement en prison, en liberté
conditionnelle ou sur parole. La population carcérales a augmenté de 200%
depuis 1980. Pour des crimes équivalents, les Afro-Américains écopent de
peines de prison en moyenne de 10% plus longues que les Blancs.
o 15 000 personnes souffrent de tuberculose.
o 40 millions de personnes n'ont pas d'assurance-santé ou de protection en cas
de maladies grave.
o 1,1 million de personnes âgées vivent dans des homes. Un nombre important,
mais non-déterminé, d'entre elles souffrent de négligences graves et de
mauvais traitements dans ces institutions dont le but principal est le profit.
o 1 million d'enfants résident dans des orphelinats, des maisons de correction
ou des prisons pour adultes. La plupart d'entre eux sont issus de milieux défavorisés.
o Plus de 4 500 000 enfants souffrent de malnutrition.
o Entre 7 et 12 millions de personnes sont sans emplois. Beaucoup montrent des
signes de dépression.
o 6 millions de personnes ont des emplois "contingents" ou conçus
pour être temporaires.
o 15 millions de personnes travaillent à temps partiel, à durée déterminée
et sans bénéficier de protection sociale.
o 3 millions de personnes ne sont pas reprises dans les statistiques car elles
n'ont plus droit au chômage, n'y ont jamais eu droit, ont renoncé à chercher
du travail ou se sont enrôlées dans l'armée.
o 80 millions de personnes vivent avec un revenu inférieur au revenu
"confortablement adéquat", estime le ministère US du Travail. 35
millions d'entre eux vivent en-dessous du seuil de pauvreté.
o 12 millions de pauvres souffrent de faim chronique et de malnutrition.
o 2 million de personnes sont sans domicile et vivent dans la rue.
o Plus de 160 millions de personnes font partie des ménages endettés, contre
100 millions il y a dix ans. Une majorité a emprunté de l'argent pour des
produits de base.
Quoi
qu'en disent les rassurantes autorités, nous sommes confrontés à un véritable
holocauste caché. De plus, un nombre indéterminé de personnes n'est pas
repris dans les catégories pré-citées. Les statistiques officielles, par
exemple, font état de 35 millions de pauvres mais sont basées sur des données
de recensement qui sous-estiment les itinérants, les sans abris, et ceux qui
vivent dans des zones difficiles d'accès ou citadines et surpeuplées. Quant au
seuil de pauvreté, il est établi selon un critère de bas revenus irréaliste
et ne prend pas suffisamment en considération la façon dont l'inflation se répercute
sur les besoins de base comme la nourriture, le chauffage, les loyers et les
soins de santé. Certains économistes estiment que 46 millions de personnes
vivent dans des conditions économiques gravement insuffisantes.
Aux Etats-Unis, le taux de mortalité infantile est plus élevé que dans treize autres pays. Pour ce qui est de l'espérance de vie, les hommes de 20 ans se placent au 36ème rang mondial, les femmes du même âge arrivent à la 21ème place. Et ce qui rend ces statistiques encore plus tragiques, c'est que la plupart de ces victimes sont mortes à cause du système de "les profits avant les personnes" des grandes entreprises.
Aux
Etats-unis, dans l'organisation des soins de santé, l'argent fait souvent la
différence entre la vie et la mort. Beaucoup de malades meurent d'avoir reçu
des soins inadéquats ou trop tardifs. Les primes des assurances-santé ont cru
de façon astronomique et les factures d'hospitalisation ont augmenté cinq fois
plus vite que le coût global de la vie.
Pour beaucoup, le rêve américain est en train de tourner cauchemar. Il est de la plus haute importance que nous nous sentions concernés par le progrès collectif et par la suppression du pillage engendré par le marché libre. "People before profits" (les gens avant le profit) n'est pas seulement un slogan, c'est notre seul espoir.
Source : article politique-info ; US way of life
Débat sur le communisme
(Michael Parenti, professeur américain de sciences politiques)
Aux
Etats-Unis (et dans tout l'Occident, ndlr), le lobby de la pensée dominante
propage l'anticommunisme dans la population depuis plus de cent ans. Celui-ci a
fini par ressembler davantage à une orthodoxie religieuse qu'à une analyse
politique. Pendant la Guerre Froide, les thèses idéologiques de
l'anticommunisme ont manipulé toutes les données sur les sociétés
communistes existantes pour en faire des «témoins à charge». Quand les Soviétiques
refusaient de négocier, ils étaient implacables et fauteurs de guerre ; s'ils
faisaient des concessions, c'était une manœuvre de déstabilisation.
Si les églises russes étaient vides, c'était la preuve que la religion était réprimée ; si elles se remplissaient, c'était que les gens repoussaient l'idéologie athéiste du régime. Quand les travailleurs faisaient grève (ce qui était rare), c'était la preuve de l'aliénation du système collectiviste. S'ils ne faisaient pas grève, c'est parce qu'ils étaient intimidés et que la liberté d'action leur était enlevée. Une pénurie des biens de consommation était due à un système économique en faillite; un meilleur approvisionnement prouvait que les dirigeants voulaient renforcer leur pouvoir en apaisant le peuple récalcitrant. Si les communistes ont joué un rôle important aux Etats-Unis dans la lutte pour les droits des travailleurs, des pauvres, des Afro-américains, des femmes, c'était seulement pour gagner le soutien des groupes exclus et élargir ainsi leur pouvoir. Mais à la question «comment obtenir du pouvoir en défendant les droits de ceux qui n'en n'ont pas», personne ne répondait.
Une
génuflexion pour l'orthodoxie
Aux
Etats-Unis, beaucoup de gens de gauche ont développé des sentiments
anticommunistes et antisoviétiques qui, en matière d'hostilité et de grossièreté,
n'ont rien à envier à la droite. A propos des «intellectuels de gauche»,
Noam Chomsky dit qu'ils tentent de «prendre le pouvoir en abusant des grands
mouvements populaires» pour «opprimer ensuite le peuple par la violence»...1
()
Avec
d'autres, certaines personnes de gauche retombent sur le stéréotype vieilli
des velléités communistes du pouvoir qui recherchent le pouvoir pour le
pouvoir et n'accordent aucune importance à quelque fin sociale que ce soit. Si
c'est le cas, on peut se demander pourquoi les communistes choisissent chaque
fois le côté des pauvres et des sans-droits. Pourquoi se sacrifient-ils au
lieu de profiter des avantages qu'un engagement auprès des riches leur
rapporterait sans aucun doute ? Des décennies durant, de très nombreux écrivains
et orateurs de gauche ont essayé aux USA de renforcer leur crédibilité en prêtant
leur voix à l'anticommunisme et à la critique de l'Union Soviétique. Ils se
sentaient visiblement obligés de prendre position contre le communisme dans
chaque discours, critique ou article sur n'importe quel sujet politique. Le but
de cela était, et est encore, de se distancier de la gauche marxiste-léniniste.
Adam Hochschild, un éditeur et écrivain progressiste, a prévenu les auteurs de gauche que «cela nuirait à leur crédibilité» s'ils ne condamnaient pas les sociétés communistes existantes.2 () Ronald Radosh a imploré le mouvement pour la paix de s'épurer de tous les communistes, sous peine d'être accusé de sympathie communiste.3 Si je comprends bien Radosh, nous devons tous devenir des chasseurs de sorcières pour échapper à la chasse aux sorcières communistes.
Communistes chassés du syndicat : un
million et demi d'affiliés en moins
Préserver
la gauche du communisme est devenu une tradition, ce qui n'a pas manqué de
nuire à certains objectifs de la gauche. En 1949 par exemple, une douzaine de
syndicats ont été exclus du CIO (confédération syndicale américaine, ndlr)
car des communistes siégeaient dans leurs organes de gestion. Cette épuration
a brutalement fait chuter le nombre d'affiliés au CIO : 1,7 millions de membres
en moins. En outre, elle a eu des conséquences désastreuses pour le
recrutement de nouveaux membres et a clairement limité l'influence politique de
la confédération. ()
Même
dans leur lutte contre la droite, les critiques de gauche ne peuvent s'empêcher
de soumettre leurs lettres de créance anticommunistes. Ainsi Mark Green écrivait
dans une critique sur le président Ronald Reagan : «Lorsque son catéchisme
conservateur sera mis à l'épreuve, (Reagan) ne changera pas son point de vue
mais bien les faits, tel un inflexible marxiste-léniniste.»4
La
gauche chasseuse de communistes a renforcé le climat hostile qui a donné carte
blanche aux dirigeants US pour mener des guerres froides et chaudes contre les
pays communistes. C'est ainsi qu'elle a empêché jusqu'ici les idées
progressistes d'avoir ne fût-ce que l'ombre d'une chance. (...) La gauche américaine
manque totalement d'évaluation rationnelle de l'Union Soviétique. Ce pays a
connu, pendant les premières années de son existence, une longue guerre civile
et une agression étrangère multinationale. Deux décennies plus tard, il a défait
le monstre nazi, au prix de nombreuses vies. Après la révolution bolchevique,
les Soviétiques ont permis en trois décennies un progrès industriel que le
capitalisme avait mis un siècle à réaliser. Ils ont nourri et éduqué leurs
enfants au lieu de les faire travailler quatorze heures par jour comme le
faisaient, et le font encore, les capitalistes dans de grandes parties du monde.
(...)
La gauche anticommuniste est restée épouvantablement insensible aux progrès impressionnants réalisés par les masses de populations pauvres sous le communisme. Certains ont même affiché leur mépris envers ces réalisations. Je me souviens comment à Burlington, Vermont, en 1971, le célèbre anarchiste anticommuniste Murray Bookchin s'est moqué de mon souci pour «ces pauvres enfants qui ont enfin reçu à manger sous le communisme» (sic).
1 Z. Magazine, 10/95 ·2 Guardian, 23/05/84 · 3 Guardian, 16/03/83 · 4 Mark Green en Gail MacColl, New York, Pantheon Books, There He Goes Again: Ronald Reagan's Reign of Terror (1983), 12.
Globalisation,
récession, régression sociale et économique durable et profonde en Europe de
l'Est, pourtant libérée de la «dictature communiste». Les interrogations et
la lutte contre ces fléaux annoncent la fin de la fin de l'histoire. Les gens
se mettent en mouvement, de Seattle à Göteborg, de Gênes à Bruxelles. Dans
ce contexte, le débat sur le passé prend toute son importance. Cette semaine,
nous publions une deuxième contribution du professeur américain en sciences
politiques Michael Parenti, dont EPO vient de publier l'ouvrage Zwarthemden
& Roden, (Chemises noires et rouges, le fascisme rationnel et le
renversement du communisme). Cette contribution est extraite du troisième
chapitre de son ouvrage.
Pour
les anticommunistes de gauche, chaque association avec des organisations
communistes est moralement inacceptable à cause des «méfaits du communisme».
Néanmoins, nombre d'entre eux entretiennent des contacts, en tant que membres
ou électeurs, avec le Parti Démocrate aux Etats-Unis. Visiblement, ils se
soucient peu des méfaits politiques moralement inacceptables que les dirigeants
de cette organisation ont commis. Sous la direction démocrate, 120 000 Américains
d'origine japonaise ont été emmenés et enfermés dans des camps ; on a jeté
des bombes sur Hiroshima et Nagasaki ; le FBI a reçu l'autorisation d'infiltrer
des organisations politiques ; sur base du Smith Act et à cause de leurs
convictions politiques, les dirigeants du Trotskyist Socialist Workers Party ont
été arrêtés, puis ce fut au tour des dirigeants communistes ; des camps
d'enfermement ont été mis sur pied pour interner les dissidents politiques en
cas d' «état d'urgence national» ; fin des années 40 et début des années
50, huit mille fonctionnaires fédéraux ont été licenciés à cause de leurs
idées ou de leurs liens politiques ; durant la chasse aux sorcières, des
milliers d'autres ont subi le même sort, toutes catégories professionnelles
confondues ; on a utilisé le Neutrality Act pour imposer à la République
espagnole un embargo qui arrangeait les légions fascistes de Franco ; dans différents
pays du tiers-monde, des programmes anti-émeutes meurtriers ont été mis en
place ; la guerre du Vietnam s'est intensifiée. Et pendant la majeure partie du
20ème siècle, le Parti Démocrate, qui avait la majorité au Congrès,
a défendu la séparation des races.
Il
a interdit toutes les propositions de loi contre les partis lyncheurs et pour
des conditions de travail équitables. Et pourtant, malgré tous ces méfaits
qui ont causé morts et désolations, les progressistes, les socio-démocrates
et les «démocrates socialistes» anticommunistes n'ont pas demandé la
condamnation du Parti Démocrate ou, en tout cas, pas avec la même intolérance
enflammée que celle que le communisme a dû endurer.
Beaucoup
de progressistes ne veulent pas être associés aux organisations communistes,
mais entretiennent des liens avec le Parti Démocrate aux Etats-Unis, qui a
commis de nombreux méfaits.
Points
de divergences
Selon
certains Américains de gauche, les bouleversements survenus en Europe de l'Est
n'ont pas signifié le déclin du socialisme, car le socialisme n'a jamais existé
dans ces pays. Ils prétendent que les Etats communistes n'offraient rien de
plus qu'un capitalisme d'Etat bureaucratique dans un système à un seul parti,
ou quelque chose du genre. Que nous appelions auparavant les pays communistes «socialistes»
n'est qu'une question de définition. Il suffit de dire qu'ils étaient différents
de ce qui se passait dans le monde capitaliste axé sur le profit comme les
capitalistes s'en sont eux-mêmes rapidement aperçus.
Au
tout début, il y a avait dans les pays communistes moins d'inégalité économique
que sous le gouvernement capitaliste. Le revenu personnel et le style de vie du
gouvernement et du parti dirigeant restaient modestes. Les dirigeants soviétiques
comme Youri Andropov et Léonide Brejnev n'habitaient pas dans des demeures
luxueusement aménagées comme la Maison Blanche, mais dans des appartements
relativement grands près du Kremlin, dans un projet de nouvelles constructions
destinées aux leaders du gouvernement. Il y avait des limousines à leur
disposition (comme c'est d'usage pour les chefs d'Etat) et ils avaient accès
aux grandes datchas où ils recevaient les dignitaires de haut rang. Mais il
leur manquait l'immense richesse personnelle dont disposaient la plupart des
dirigeants américains.
La
presse américaine parlait souvent du «luxe» dans lequel vivaient les
dirigeants de parti est-allemands. En réalité, ceux-ci touchaient une rémunération
d'environ 800 euros (32.000 FB) en espèces et une habitation dans un complexe
exclusif dans la périphérie de Berlin, avec un sauna commun, une piscine
couverte et un centre de fitness. Ils pouvaient faire des achats dans des
magasins où l'on vendait des produits occidentaux, comme des bananes, des jeans
et des appareils ménagers importés du Japon. Cette presse omettait cependant
de mentionner que les autres Est-allemands disposaient, eux aussi, de piscines
et de salles de gymnastique publiques, qu'ils pouvaient acheter des jeans et des
appareils ménagers (même s'ils étaient généralement de production
est-allemande). Et surtout, ce «luxe» des dirigeants est-allemands n'était
jamais comparé aux richesses exorbitantes de la ploutocratie occidentale.
En
deuxième lieu, les forces de production dans les pays communistes n'étaient
pas organisées sur base de la course au bénéficie ou de l'ambition de
s'enrichir. La propriété commune des moyens de production prédominait sur la
propriété privée. Les individus n'étaient pas autorisés à employer
d'autres individus dans le but d'accumuler des richesses. Par rapport à
l'Occident, les différences de revenus et d'économies restaient généralement
faibles. En Union soviétique, la catégorie de revenus la plus élevée gagnait
jusqu'à cinq fois le revenu de la catégorie de revenus la plus basse. Aux
Etats-Unis, le revenu annuel des multimilliardaires les plus riches s'élève
jusqu'à dix mille fois celui des salaires les plus faibles.
En
troisième lieu, le service social était prioritaire. Même si la vie sous le
communisme présentait de nombreuses carences, ces pays garantissaient à leurs
citoyens un niveau de vie et de sécurité économique minimal : enseignement,
emploi, logement et assistance médicale.
En
quatrième lieu, les pays communistes ne cherchaient pas à placer des
investissements rentables dans les pays étrangers. Ils ne s'appropriaient pas
les terres, la main d'oeuvre, les marchés et les matières premières des pays
plus faibles et ils ne se rendaient pas coupables d'impérialisme économique,
parce que la soif de bénéfice leur était étrangère et qu’ils ne
recherchaient pas sans cesse de nouvelles possibilités d'investissement. L'Union
soviétique observait des relations de commerce et d'assistance correctes dont
ont profité entre autres les pays de l'Est, la Mongolie, Cuba et l'Inde.
Voilà les principes organisationnels propres à pratiquement tout système communiste. Rien de tout cela dans les pays dominés par l'économie de marché, comme le Honduras, le Guatemala, la Thaïlande, la Corée du Sud, le Chili, l'Indonésie, le Zaïre de Mobutu, l'Allemagne, et les Etats-Unis...
La
centralisation et une industrialisation fortement dirigée étaient absolument
indispensables dans les années 30 pour pouvoir vaincre les nazis : la
construction des fondations du plus grand complexe sidérurgique au monde à
Magnitogorsk, en 1934. Un chantier mené à la hâte et à mains nues. Ce
complexe sidérurgique allait jouer un rôle décisif durant la guerre.
Pour
pouvoir survivre, une révolution populaire doit saisir et utiliser la puissance
de l'Etat pour (a) libérer la communauté du joug dans lequel la maintient la
classe qui possède les richesses et les institutions (b) offrir une résistance
à la contre-attaque réactionnaire qui peut arriver. Les dangers externes et
internes auxquels est confrontée une révolution rendent indispensable une
puissance étatique centralisée, bien que cela ne plaise à personne : ni en
Russie soviétique en 1917, ni dans le Nicaragua des Sandinistes en 1980.
Friedrich Engels donne un exemple frappant de cela. Après une révolte en Espagne en 1872-73, les anarchistes ont pris le pouvoir dans toute une série de communes à travers le pays. Initialement, la situation semblait prometteuse. Le roi avait abdiqué et la force armée dont le gouvernement bourgeois disposait se résumait à quelques milliers d'hommes mal entraînés. Pourtant, cette petite bande désordonnée a obtenu la victoire car elle était confrontée à une résistance très éparpillée. «Chaque village s'est proclamé canton indépendant et a mis sur pied un comité révolutionnaire (junta)», écrit Engels. «Chaque village était seul car on avait à l'esprit que ce n'était pas la collaboration avec les autres villages qui était le but essentiel mais seulement l'indépendance absolue. Ainsi, on a exclu d'avance la possibilité d'une attaque commune (contre les puissances bourgeoises).» Ce sont «la fragmentation et l'isolement des combattants révolutionnaires qui ont permis aux troupes du gouvernement de mater une révolte après l'autre.»1
La
division appelle une attaque de l'ennemi
Une
autonomie décentralisée à petite échelle est fatale pour une insurrection,
c'est même probablement une des raisons pour lesquelles chaque révolution
anarcho-syndicaliste a échoué jusqu'ici. Une participation ouvrière locale,
indépendante, avec une bureaucratie réduite au minimum, une force policière
et militaire limitée, ... tout cela serait effectivement très beau. Cela
pourrait constituer la base du socialisme ...si le socialisme avait la chance de
pouvoir se développer sans les attaques et le travail de sape contre-révolutionnaires.
En 1918-20, quatorze pays capitalistes, les Etats-Unis y compris, ont envahi
l'Union soviétique dans une tentative sanglante, mais vaine, de renverser le
gouvernement bolchevique. Les années d'invasions étrangères et de guerres
civiles ont en grande partie déterminé la mentalité d'assiégés des
Bolcheviques, pour qui la seule solution était dès lors l'unité du parti et
un appareil de sécurité répressif. Le même Lénine qui avait encouragé la démocratie
au sein du parti et, contrairement à Trotski, voulait donner une plus grande
autonomie aux syndicats, a appelé en mai 1921 à mettre fin à l'opposition
ouvrière et aux autres fractions existant dans le parti.
Trotski
était l'un des leaders bolcheviques les plus autoritaires et le moins enclin à
tolérer l'autonomie organisationnelle, certains points de vue et la démocratie
à l'intérieur du parti. Mais en automne 1923, ramené à une position
minoritaire et mis à l'écart par Staline et d'autres, Trotski s'est
soudainement déclaré ouvert à la transparence au sein du parti et à la démocratie
ouvrière. Depuis lors, il est encensé par certains partisans comme un démocrate
antistalinien.
«Il est temps», a dit Lénine devant l'assemblée enthousiaste et unanime du Dixième Congrès du parti, «de mettre fin à l'opposition, cela a assez duré : nous avons connu assez de résistance.» Les communistes ont décidé que les différends affirmés et les tendances contradictoires devaient cesser dans et hors du parti. Les signes de dissension et de faiblesse avaient continuellement favorisé l'attaque d'ennemis redoutables.
Le
destin de l'individu et celui du peuple
A la
fin des années 20, les Soviets avaient le choix (a) de mettre toutes leurs
forces en oeuvre pour une centralisation plus forte avec une économie dirigée,
une collectivisation agraire et une industrialisation forcées sous la direction
autocratique du parti, le choix de Staline, ou (b) d'emprunter la voie d'une libéralisation
qui permette plus de diversité politique, plus d'autonomie pour les syndicats
et les organisations, plus d'intervention et de critique ouvertes, plus
d'autonomie pour les différentes républiques soviétiques, un secteur de
petites entreprises en propriété privée, un développement agraire indépendant
par la population paysanne, plus d'accent sur les biens de consommation et moins
sur l'accumulation du capital, indispensable pour construire une bonne base
militaro-industrielle. La seconde voie aurait, selon moi, pu mener à une société
plus confortable, plus humaine et plus serviable. () Le seul problème est que
le pays aurait couru le risque de ne pas être prêt à combattre les attaques
nazies. Au lieu de cela, l'Union soviétique a commencé une industrialisation
rigoureuse, poussée. (..) Dix ans de construction ont fait naître le plus
grand complexe sidérurgique d'Europe, une énorme base industrielle totalement
neuve à l'est de l'Oural, au milieu des steppes arides, en attendant une
invasion de l'ouest. «On a dépensé des flots d'argent, les hommes ont
souffert de la faim et de la soif, mais la construction a continué sans se
soucier des individus et avec un héroïsme massif rarement égalé dans
l'histoire.»2
La prévision de Staline selon laquelle l'Union soviétique n'aurait que dix ans pour faire ce que les Britanniques ont fait en un siècle, fut exacte. Lorsque les nazis ont envahi l'Union soviétique en 1941, cette même base industrielle, en sécurité à des milliers de kilomètres du front, a fourni des armes de guerre qui ont finalement pu régler le conflit.
1 Marx, Engels, Lénine, Anarchism and Anarcho-Syndicalism: Selected Writings (New York, International Publishers, 1972) · 2 John Scott, Behind the Urals, an American Worker in Russia's City of Steel (Boston, Houghton Mifflin, 1942)
Sur
ordre d'Eltsine, les tanks russes prennent le Parlement d'assaut en 1993. Deux
mille personnes seront tuées. Peu après, Eltsine interdit aux syndicats toute
forme d'activité politique, supprime des dizaines de publications, met
hors-la-loi quinze partis politiques. Mais en Occident, beaucoup de gens de
gauche voient alors en lui toujours un démocrate.
Avec la chute des gouvernements communistes, la gauche américaine allait être libérée d'un beau sujet d'irritation. «Libérée du spectre de l'Union soviétique et du cauchemar de la Chine communiste», comme l'a exprimé le théoricien de gauche, Richard Lichtman. En réalité, la restauration du capitalisme en Europe de l'Est signifiera un affaiblissement considérable pour maintes luttes de libération dans le tiers monde. Le soutien soviétique est supprimé, une collection de nouveaux gouvernements de droite voit le jour et les derniers obstacles barrant encore la route aux intérêts des entreprises occidentales sont levés. Dorénavant, elles peuvent se mettre à exploiter comme bon leur semble. Les industriels n'ayant plus à convaincre leurs travailleurs qu'ils étaient mieux lotis que leurs collègues russes, ils ne tardent pas à mettre le holà aux nombreux avantages que la classe ouvrière occidentale a acquis au cours des années. Maintenant que le libre marché, dans sa forme la plus vile, fait une entrée triomphale à l'Est, il va également triompher en Occident. «Le capitalisme à visage humain» est remplacé par «le capitalisme haïssant l'humain». L'anticommunisme de gauche n'a jamais vu venir ces pertes parce qu'il n'a jamais compris quel rôle les puissances communistes en place jouaient lorsqu'en fait, elles tempéraient les impulsions les plus graves du capitalisme et de l'impérialisme occidentaux. Et parce que cet anticommunisme de gauche a toujours considéré le communisme comme un authentique fléau. Même à ce jour, ils sont encore nombreux à ne pas l'avoir compris.
La
contradiction entre marché libre et démocratie
Les
anticommunistes s'emparent du pouvoir en Europe de l'Est et en Union soviétique
dans les années 1989-1991. Ils commencent par imposer leur idéologie bourgeoise
à la vie politique et culturelle : les communistes sont écartés du
gouvernement, de la presse, des universités, de certaines professions et des
tribunaux. Bien que ces anticommunistes se soient fait passer pour des réformateurs
démocrates, ils perdent bien vite patience avec les expressions démocratiques
de la résistance populaire qui les empêchent d'introduire un capitalisme effréné
de libre marché. En Russie, les alliés du président Boris Eltsine évoquent
le «danger de la démocratie». Ils se plaignent de ce que «la plupart des
organes de représentation sont devenus une entrave à leurs réformes (du marché)».
Manifestement, le libre marché qui selon les «réformateurs» constitue
la véritable base de la démocratie politique ne peut pas être introduit
par des moyens démocratiques. En 1992, les présidents de la Pologne, de la Tchécoslovaquie
et de la Russie demandent la suspension de leurs parlements et le droit de
gouverner par décret présidentiel. Ils proposent des mesures répressives
contre les «nostalgiques» et tous ceux qui refusent de se soumettre aux «réformes»
du libre marché. Ils ne sont pas là pour donner le pouvoir au peuple, mais
pour assurer un maximum de profit aux privilégiés.
Cette démocratisation par l'oppression a déjà débuté avant le renversement du communisme, à vrai dire. En 1991, Mikhaïl Gorbatchev, met le Parti communiste de l'Union soviétique hors-la-loi. Les fonds et bâtiments du parti sont saisis. Les travailleurs n'ont plus le droit de mener la moindre activité politique sur leur lieu de travail. Six journaux de gauche sont interdits. Les médias américains, et même de nombreux progressistes américains, accueillent cette oppression comme «un pas en avant en matière de réformes démocratiques». A l'époque, Gorbatchev demande que le Congrès russe se dissolve de lui-même : celui-ci s'oppose aux changements avec trop d'opiniâtreté. En fait, le Congrès ne s'oppose pas à la concertation démocratique ni aux élections ouvertes à plusieurs partis d'ailleurs, celles-ci ont déjà eu lieu. Le Congrès doit se dissoudre parce qu'il s'oppose à un capitalisme effréné de libre marché. Durant les débats, Gorbatchev coupe les micros à plusieurs reprises et menace le Congrès de le dissoudre lui-même via un décret d'urgence. Il fait revoter à trois reprises jusqu'à ce que la liquidation souhaitée soit acquise.
Attaque
contre le Parlement, les syndicats, les partis d'opposition
Fin
1993, Eltsine recourt à la violence pour dissoudre le Parlement russe et toutes
sortes d'autres organes élus, y compris les conseils communaux et régionaux.
Il supprime également la Cour constitutionnelle russe et lance une attaque armée
contre le siège du Parlement, opération au cours de laquelle quelque deux
mille opposants et manifestants perdent la vie. Des milliers d'autres sont
incarcérés sans le chef d'accusation ni procès. Eltsine interdit aux
syndicats toute forme d'activité politique, supprime des dizaines de
publications, contrôle toutes les stations de radio et de télévision, met définitivement
hors-la-loi quinze partis politiques. Il supprime unilatéralement la
Constitution et en impose une nouvelle qui confère au président un pouvoir
quasiment absolu. Pour ces méfaits, les dirigeants et les médias américains
le louent en tant que défenseur de la démocratie. Ce qui leur plait le plus,
chez Eltsine, c'est qu'il «n'hésite jamais à accorder son soutien à la
privatisation» (San Francisco Chronicle, 6 juillet 1994).
A deux reprises, le «démocrate» Eltsine interdit la parution de la Pravda, le journal du Parti communiste. Il impose au journal des prix de location inhabituels pour l'insertion de son propre matériel. En mars 1992, il fait saisir les presses et le bâtiment de douze étages et en cède la propriété à la Rossiiskaia Gazeta, un journal gouvernemental, entièrement pro-Eltsine, donc. Les troupes de choc qui constituent l'«élite» d'Eltsine attaquent régulièrement les manifestants de gauche et les piquets à Moscou et dans les autres villes russes. Andrei Aidzedzhis, un député indépendant, et Valentin Martemianov, un communiste, tous deux virulents opposants au gouvernement Eltsine, sont assassinés pour motifs politiques. En 1994, Dmitri Cholodov, un journaliste qui enquête sur la corruption dans les hautes sphères, perd la vie lui aussi.
Les réformes
en faveur de «l'économie de marché», mot magique lors de la réintroduction
du capitalisme (en Europe de l'Est, ndlr), prévalaient sur le caractère démocratique
du régime. Tant que la démocratie pouvait servir à déstabiliser le système
communiste à parti unique, elle était défendue par les forces réactionnaires.
Mais dès l'instant où la démocratie nuisait à l'instauration de l'économie
de marché, elle était beaucoup moins tolérée. (...)
Des
groupements ouvertement antisémites, des partis néo-fascistes et des campagnes
de haine ont vu le jour en Russie, Pologne, Hongrie, Ukraine, Biélorussie, Tchécoslovaquie
et Roumanie. Les musées commémorant la résistance héroïque contre le
fascisme ont été fermés et les monuments de la lutte contre le nazisme ont été
démolis. Dans les pays tels que la Lituanie, d'anciens criminels de guerre
nazis ont été réhabilités. Certains ont même été dédommagés pour les
années passées en prison. Les cimetières juifs ont été profanés et les
attaques contre les étrangers se sont multipliées. Les communistes ayant
disparu, les mauvaises moissons, l'inflation, la violence et autres calamités
sociales étaient tout à coup imputées aux Juifs et aux étrangers. Le 11 juin
1995, le prêtre Henryk Jankowski, confesseur de Lech Walesa, déclarait pendant
un office religieux à Varsovie que «l'étoile de David est enchevêtrée
aussi bien dans la croix gammée que dans le marteau et la faucille» et
(...) que les Polonais ne devaient pas accepter de gouvernements liés à
l'argent juif. Walesa a affirmé que son ami Jankowski n'était pas un antisémite
mais qu'on l'avait «mal compris». (...) Durant la même période, lors d'une réunion
de Solidarnosc avec 10 000 participants, on pouvait lire sur des
pancartes des slogans comme «Envoyez les juifs aux chambres à gaz» et «A bas
le complot judéo-communiste». Les autorités ecclésiastiques et
publiques n'ont pas jugé nécessaire d'émettre des critiques.1
(...)
En 1996, le président biélorusse Alexander Loukachenko a interdit les journaux et les radios indépendants et renvoyé le parlement. Il admirait le talent organisateur d'Hitler. Après un référendum à participation massive, Loukachenko s'est investi d'un pouvoir absolu. Mais personne n'a jamais su combien de bulletins de vote avaient été imprimés, ni comment ils ont été comptés. Certains dirigeants de l'opposition ont fui, pour leur vie. «La Biélorussie, jadis une république soviétique prospère qui produisait des tracteurs et des téléviseurs, est aujourd'hui au bord du désespoir», avec un tiers de la population qui vit dans «la misère noire».2
Faut-il
admirer Vaclav Havel ?
Aucun
restaurateur du capitalisme en Europe de l'Est n'a reçu autant d'éloges des
dirigeants américains, experts médiatiques et académiciens que Vaclav Havel,
l'auteur dramatique devenu premier président de la Tchécoslovaquie
post-communiste et, plus tard, de la République tchèque. Les nombreux
progressistes qui partagent cette admiration pour Havel semblent ne pas voir
certains éléments concernant ce personnage: son obscurantisme religieux, la répression
de ses opposants de gauche et son dévouement pour l'inégalité économique et
le capitalisme débridé. Havel est né dans une famille riche et foncièrement
anticommuniste. (...) Il aspirait à un nouveau type de dirigeants politiques
qui, plutôt que de se fier au «rationnel et au cognitif», fassent preuve d'«humilité
devant l'ordre mystérieux de Dieu».3 (...) Havel
s'est empressé de participer à la guerre du Golfe de George Bush senior, une
guerre qui a coûté la vie à 100 000 civils irakiens. En 91, comme les autres
dirigeants pro-capitalistes dans les pays de l'Est, et comme les Etats-Unis,
Havel a condamné les violations des droits de l'homme à Cuba. Mais il n'a
jamais soufflé mot sur les violations des droits de l'homme au Salvador, en
Colombie, en Indonésie ou dans d'autres pays-satellites des Etats-Unis.
En 92, ce «grand démocrate» a exigé la dissolution du parlement tchèque. Il gouvernerait dorénavant par décrets afin de faciliter l'instauration de «l'économie de marché». La même année, il a signé une loi condamnant la défense du communisme comme un délit passible d'une peine de prison de huit ans. (...) En 95, il a soutenu et signé d'autres lois antidémocratiques interdisant l'accès aux fonctions publiques pour les communistes et les anciens communistes. Pour Havel, la diffusion de l'anticommunisme restait une des priorités. Il a mené une campagne internationale acharnée4 pour maintenir Radio Free Europe et Radio Liberty, deux radios du temps de la Guerre froide, pour qu'elles puissent continuer à diffuser leur propagande anticommuniste dans les pays de l'Est.
Havel
: les syndicats n'ont pas à s'occuper de politique
Le
gouvernement Havel a voté une loi interdisant de propager la haine sur base de
la nationalité, de la religion ou de la classe. En réalité, cette loi permet
de poursuivre comme illégale toute critique contre les classes fortunées, ces
critiques étant considérées à tort comme intolérance ethnique et
religieuse. Le gouvernement Havel a également sommé les syndicats de ne pas
s'occuper de politique. Les biens de certains syndicats combatifs ont été
saisis et transférés à des syndicats dociles.
En 1995, Havel a déclaré que la «révolution» contre le communisme ne serait achevée que lorsque tout serait privatisé. Son gouvernement a liquidé les biens de la Fédération des jeunesses socialistes. Les terrains de camping, salles de récréation, infrastructures culturelles et scientifiques ont tous été transférés à cinq sociétés anonymes privatisées. Il ne restait aux jeunes qu'à flâner dans les rues. Durant les programmes de privatisation et de «redressement», des usines, des magasins, des immeubles et beaucoup d'autres biens publics ont été vendus pour un morceau de pain à des capitalistes tchèques ou étrangers. Dans les républiques tchèque et slovaque, les anciens aristocrates ou leurs héritiers ont récupéré les terres que leurs familles avaient possédées avant 1918, dans l'ancien empire austro-hongrois. Les propriétaires actuels ont été expropriés et beaucoup d'entre eux sont tombés dans la pauvreté. Havel lui-même s'est approprié une série de propriétés publiques ayant appartenu à sa famille 40 ans auparavant. Celui qui prétendait aider les autres n'a pas oublié de se servir. Pour toutes ces raisons, nous avons peu d'admiration pour Vaclav Havel.
1 Nation, 7 août 1995 · 2 San Francisco Bay Guardian, 4 décembre 1996 · 3 Voir l'article stupide publié par Havel dans le New York Times du 3 janvier 1992. Aux Etats-Unis, ses admirateurs ont observé un silence gêné après cette publication · 4 San Francisco Chronicle, 17 février 1995.
Quand
les capitalistes se sont emparés du pouvoir en Europe de l'Est et en Union soviétique,
(...) ils ont démantelé la propriété publique des moyens de production et
tous les progrès sociaux dont jouissait le peuple. Ils ont intégré les
anciens pays communistes dans le système global capitaliste en vendant leur
pays, leur travail, leurs richesses naturelles et leurs marchés. Ces pays sont
ainsi rapidement devenus des pays appauvris du tiers-monde.
La
grande presse US a décrit cela comme un formidable progrès pour l'humanité.
(...)
Maintenant,
des multinationales contrôlent la plus grande partie de leur commerce extérieur.
Comme les pays du tiers-monde, ces pays ont de moins en moins accès aux marchés
des uns et des autres. Leur économie s'empêtre dans les rouages de
l'investissement et de l'exploitation du capitalisme mondial. Leur commerce réciproque,
jadis important et avantageux pour chacun, est presque anéanti. Au lieu d'un développement
mutuel, ils connaissent aujourd'hui le sous-développement, imposé par le
monopole du capitalisme mondial. (...)
Malgré de nombreuses protestations d'activistes russes et américains de l'environnement, le secteur américain du bois se prépare à abattre la forêt de Sibérie, avec le soutien financier d'un fonds spéculatif sponsorisé par le Pentagone. Cette région représente un tiers des terrains boisés du monde et constitue l'habitat de très nombreuses espèces animales.1
«Un
système qui s'intéressait à ses ouvriers»
Avec
l'arrivée des investissements privés en Europe de l'Est, la production n'a pas
augmenté comme prévu. Au contraire, elle a rapidement chuté. Des centaines
d'entreprises d'Etat parmi les plus intéressantes et les plus solvables ont été
privatisées et souvent offertes pour un prix dérisoire à des investisseurs étrangers.
D'autres entreprises d'Etat ont été financièrement saignées à blanc ou menées
à la faillite.
Entre
1989 et 1995, dans l'actuelle République de Tchéquie, 80 % des entreprises ont
été privatisées et la production industrielle a chuté à deux tiers. En
Pologne, à cause de la privatisation, la production a chuté à un tiers entre
1989 et 1992. De gigantesques complexes est-allemands d'électronique et de
haute technologie, dans lesquels travaillaient des dizaines de milliers
d'ouvriers, ont été repris par de très grandes firmes ouest-allemandes avant
d'être fermées.
En
Union soviétique, la privatisation a conduit à la perte d'une grande partie de
l'infrastructure scientifique et de ses établissements. Depuis la privatisation
de ZiL, la plus grande succursale de Moscou, la production de camions est tombée
de 150 000 à 13 000 par an. 40% des travailleurs ont été licenciés. En avril
1996, les travailleurs restants ont demandé au gouvernement russe de reprendre
leur usine. Dans le passé, ces travailleurs et leurs familles avaient une «sécurité
d'emploi inébranlable». Ils vivaient dans les appartements de ZiL et allaient
dans les écoles de l'usine. Les bébés allaient dans le centre de jour ZiL et
étaient soignés par des docteurs de ZiL.
«J'ai
grandi dans un système qui s'intéressait à ses ouvriers»,
a déclaré un machiniste regrettant de s'être un jour opposé au régime.2
Une
partie importante de la production d'Allemagne de l'Est a été bridée pour
restreindre la compétition avec les firmes ouest-allemandes. Cela a surtout été
clair avec le démantèlement de l'agriculture collective, qui devait protéger
les fermes privées fortement subsidiées et moins productives en Allemagne de
l'Ouest.3
Sans aucune indemnisation, les capitalistes ouest-allemands ont mis la main sur presque toutes les propriétés de l'Etat en RDA : les usines, industries, fermes, appartements et autres biens immobiliers ainsi que les soins de santé. Le tout pour environ deux mille milliards d'euros. Il s'agit de la plus grande expropriation des biens de l'Etat par un capital privé de toute l'histoire européenne.
Le
montant des loyers est passé de 5% à 60% des revenus
Cette
privatisation du marché libre en Allemagne de l'Est a eu pour conséquence que
le montant des loyers est passé de 5% à 60% des revenus. Les transports, la puériculture,
les soins de santé et l'enseignement supérieur sont devenus inabordables pour
beaucoup. Les Allemands de l'Est de divers courants politiques se plaignent de
nombreuses choses : (a) le flux monétaire est passé de l'Est à l'Ouest à
cause de la colonisation de l'Est. (b)Le marché libre est un mythe : l'économie
ouest-allemande est fortement subsidiée et fonctionne selon des règles
strictes qui vont à l'encontre des intérêts des régions de l'Est. (c) La
police ouest-allemande est plus brutale que la police est-allemande. (d) Si
l'Allemagne de l'Ouest s'était donné autant de mal pour combattre les nazis
que pour désocialiser l'Est, le pays aurait été très différent.4
Pour
ce qui est du dernier point, il faut mentionner que des personnalités
allemandes ont traîné devant la justice tous ceux qui, de par leur fonction
officielle, ont «collaboré» avec la RDA, même des professeurs et de simples
fonctionnaires.5
Les
émigrants des pays communistes sont étonnés de la bureaucratie qui règne à
l'Ouest. Deux émigrants soviétiques, indépendants l'un de l'autre, ont déclaré
: «la bureaucratie est pire ici que chez nous».6
Des
Allemands de l'Est ne s'en sortaient pas avec tous les formulaires à remplir
pour les impôts, l'assurance maladie, l'assurance vie, le chômage, les
formations, les aides au logement et les comptes en banque. Plus encore, «par
les informations personnelles qu'ils devaient donner, ils se sentaient encore
plus observés et espionnés qu'au temps de la Stasi, la police secrète de RDA».
7
Les
Juifs soviétiques qui ont émigré en Israël durant la guerre froide ont connu
les mêmes désillusions sur les difficultés de la vie et le manque d'idéalisme.
Les lettres découragées qu'ils envoyaient chez eux sont considérées comme un
facteur important dans la diminution de l'émigration de l'URSS vers Israël.
Pendant les jours fastes de la restauration capitaliste, les habitants des anciens pays communistes ont eu toutes les occasions d'expérimenter la vie telle qu'elle était vraiment au paradis du libre marché.
1 New York Times, 30/01/96 · 2 New York Times, 08/05/94 · 3 Robert McIntyre in Monthly Review, décembre 93 · 4 Z Magazine, juillet 92 · 5 Des milliers d'anciens responsables de RDA, juges et autres ont été emprisonnés ou risquent des peines d'emprisonnement pour «trahison» · 6 Monthly Review, mai 88 · 7 Z Magazine, juillet 92.
Selon
les apôtres du marché libre dans les anciens pays socialistes, la
privatisation et l'accumulation du capital dans quelques mains stimulent la
production et apportent la prospérité : il faut seulement passer d'abord par
une période un peu difficile. Mais cette période est bien plus dure et bien
plus longue qu'annoncée.
En
1990, alors que l'Union Soviétique est en train de passer au paradis du marché
libre, Bruce Gelb, chef de la United States Information Agency, fait
remarquer à un journaliste que la formation commerciale américaine ferait
beaucoup de bien à l'économie soviétique. Car «En Union Soviétique, il
faut réhabiliter les serpents venimeux, les sangsues et les intermédiaires.
C'est la formule de la réussite de pays comme le nôtre !»1
Aujourd'hui les serpents venimeux et les sangsues sont bien présents dans les anciens pays socialistes. Des milliers de luxueuses autos circulent dans les rues de Moscou et Prague. Le prix des locations et des ventes immobilières a fortement augmenté. Une nouvelle classe d'investisseurs, de spéculateurs et de maîtres chanteurs nage dans le luxe. Le but affiché n'est plus l'amélioration de la vie des citoyens mais l'accumulation du capital individuel.
Etat
de santé catastrophique
En
Russie et en Europe de l'Est, la dérégulation des prix due à l'arrivée du
paradis du libre marché n'a pas créé des prix compétitifs mais des prix déterminés
par les monopoles privés. Cela a stimulé l'inflation galopante. Pour les
magouilleurs, les maquereaux, les trafiquants de drogue et autres escrocs, les
affaires n'ont jamais été meilleures. Le chômage, le nombre de sans-abri, la
pollution de l'air et de l'eau, la prostitution, les mauvais traitements
conjugaux, la maltraitance enfantine et toutes les autres formes de misère
sociale ont dramatiquement augmenté.2
En
Russie et en Hongrie, le nombre de suicides a augmenté de moitié en quelques
années. Pendant les longs hivers, le nombre de décès ou de maladies graves
chez les pauvres et les personnes âgées a fortement augmenté : l'augmentation
des prix et les factures impayées ont entraîné la fermeture des robinets de
gaz.
Dans
les hôpitaux publics russes, les docteurs et les infirmières sont honteusement
sous-payés. Désormais, les hôpitaux prodiguant des soins gratuits ferment.
D'autres doivent combattre de gros problèmes d'hygiène. Et l'on manque de
seringues jetables, d'aiguilles, de vaccins et d'appareillage moderne. De
nombreux hôpitaux ne disposent pas d'eau chaude, certains n'ont même pas d'eau
du tout.3
Des
maladies comme la polio, la tuberculose, le choléra, la diphtérie, la
dysenterie et les maladies sexuellement transmissibles réapparaissent à cause
de la dégradation des programmes de vaccination et du recul des normes
sanitaires. Le nombre de drogués croît aussi terriblement. Les hôpitaux
russes essaient de soigner les toxicomanes le mieux possible, même si le
financement se réduit. La qualité de la nourriture est de moins en moins
bonne. Le stress et les maladies augmentent.
Et
pourtant, le prix de la consultation médicale a augmenté de moitié car les
honoraires du nouveau système de santé privatisé sont très élevés. Ainsi,
de nombreuses maladies non diagnostiquées et non traitées évoluent jusqu'à
mettre des vies en danger. Les instances militaires russes qualifient l'état de
santé des nouvelles recrues de catastrophique. Le nombre de suicides dans l'armée
a dramatiquement augmenté et le nombre de morts par overdose a crû de 80% ces
dernières années.4
Pour
la première fois depuis la Deuxième guerre mondiale, le taux de natalité en
Russie est inférieur au taux de mortalité. En 1992 et 1993, les Allemands de
l'Est enterraient deux personnes pour un enfant qui naissait. Pour les femmes de
presque quarante ans, le taux de mortalité a augmenté de 20% et pour les
hommes de la même catégorie d'âge, ce chiffre a augmenté de trente pour
cent.5
Maintenant
que les loyers ne sont plus subsidiés, les estimations du nombre de sans-abri
à Moscou seulement atteignent trois cent mille. Dans de très nombreuses
villes, beaucoup d'entre eux meurent en rue, de froid et de faim. En Roumanie,
des milliers d'enfants sans abri vivent dans les gares et les égouts. Ils
sniffent de la colle pour ne pas sentir la faim, mendient et sont la proie de
toutes sortes d'exploitateurs.6
Dans les pays où le communisme offrait un travail à chacun, les chiffres du chômage ont augmenté de 30%. Un ouvrier polonais témoigne que si l'on est chômeur, il est presque impossible de retrouver du travail après quarante ans. Les femmes polonaises connaissent cette mort économique encore plus vite. Pour obtenir un emploi, dit une femme, «il faut être jeune, ne pas avoir d'enfants mais quand même une grosse poitrine.»7 On ne peut plus que rêver de sécurité d'emploi et le nombre de blessures et d'accidents de travail a augmenté de manière drastique.
Du
travail ? Allez chez les flics !
Dans
toute l'Europe de l'Est, les syndicats ont été liquidés. Congé de maladie,
de maternité, congés payés et autres avantages qui allaient de soi sous le
socialisme sont supprimés ou démantelés. Il ne reste presque plus rien des
sanatoriums pour ouvriers, des villages de vacances, des centres de santé, des
centres sportifs et culturels, des plaines pour enfants, des centres de jour et
de tous les autres aspects qui faisaient qu'une entreprise communiste était
plus qu'un lieu de travail.
Les
maisons de repos auparavant uniquement destinées aux ouvriers sont aujourd'hui
privatisées ou transformées en casino, night-club ou restaurant pour les
nouveaux riches. Les services de gardiennage pour les entreprises ou les milices
privées sont des marchés florissants.
Rien
que pour l'ex-Union Soviétique, on parle de 800 000 hommes. Une alternative
pour la jeune classe ouvrière est l'immense appareil répressif de l'Etat,
beaucoup plus terrifiant que sous la période soviétique. Aujourd'hui,
l'effectif de cet appareil est plus important, mieux payé et mieux équipé que
celui de l'armée. L'ennemi du régime est dans le système même !8
Dans les anciens pays communistes, les revenus réels ont chuté de 30 à 40%. Pour 1992 seulement, les dépenses des consommateurs ont chuté de 38%. En comparaison : les dépenses des consommateurs américains pendant la Grande Dépression des années 30 ont reculé de 21% sur quatre ans. Tant en Pologne qu'en Hongrie, selon les statistiques, 70% de la population vit sous ou juste au niveau du seuil de la pauvreté. En Russie, cette limite se situe entre 75 et 80%.
1. Washington Post, 11 juin 1990 · 2. Monthly Review, 11/96, pp 1-12 · 3. Eleanor Randolph, Waking the Tempest: Ordinary Life in the New Russia, Simon & Schuster New York 1996 · 4. Toronto Star, 5 novembre 1995 · 5. New York Times, 6 avril 1994 · 6. National Public Radio News, 20 juillet 1996 · 7. Nation, 7 décembre 1992 · 8. Monthly Review, 11/96, p.7.
«Bien
que de nombreux intellectuels d'Europe de l'Est persistent à défendre
ardemment le paradis du libre marché, la plupart des ouvriers et des paysans
n'idéalisent plus le capitalisme. Ils ont en effet reçu les coups les plus
impitoyables. «Nous ne réalisions pas ce que nous avions», est devenu une célèbre
rengaine.» C'est ce qu'écrit le professeur marxiste américain Michael Parenti
dans son livre Blackshirts & Reds.
En
Europe de l'Est et dans l'ancienne URSS, de nombreuses personnes ont admis à
contrecur que les conditions de vie étaient meilleures sous le communisme.1
Angela Stent de l'université de Georgetown et adepte du capitalisme admet que «la
majorité des gens va plus mal que sous le communisme La qualité de vie est
moins bonne à cause de l'augmentation de la criminalité et de la disparition
du réseau de la sécurité sociale».2
Une
vieille femme polonaise qui devait survivre avec un repas de la Croix-Rouge par
jour : «Je ne suis pas communiste mais je dois bien avouer que, pour les
pauvres, la vie était meilleure avant maintenant, tout va bien pour le monde
des affaires, mais pas pour nous, les pauvres.»3 Une
Allemande de l'Est a dit que le mouvement féministe ouest-allemand vient
seulement de commencer à se battre pour «ce que nous avions déjà ici.
Nous trouvions cela tout à fait normal dans le système socialiste. Maintenant,
nous réalisons ce que nous avons perdu».4 Des dissidents
anticommunistes, qui avaient fait de leur mieux pour renverser la RDA, ont
rapidement manifesté leur déception face à la réunification allemande.
Un
pasteur luthérien a déclaré : «Nous, les Allemands de l'Est, n'avions pas
d'image réaliste de la vie à l'Ouest. Nous ne savions pas que tout était
orienté vers le résultat. La cupidité sans-gêne et la puissance économique
sont les leviers de cette société. Les valeurs spirituelles qui sont nécessaires
au bonheur des hommes se perdent ou sont banalisées. Tout tourne autour
d'acheter, de vendre et de gagner de l'argent.»5
L'ancien
ministre de la défense de la RDA a dit dans le même esprit : «Bien sûr,
j'entends parler des nouvelles libertés dont jouissent les gens en Europe de
l'Est. Mais comment définir la liberté ? Des millions de gens en Europe de
l'Est sont maintenant libérés de travail, de rues sûres, de soins de santé
et de sécurité sociale.»6 Dans les anciens pays
socialistes, 30% de la population est au chômage.
Les
gens d'Europe de l'Est veulent-ils de ce libre marché ?
Des
sondages d'opinion effectués fin 1993 montrent que seulement 27% des personnes
interrogées étaient favorables à l'économie de marché. La grande majorité
trouvait que le contrôle de l'Etat sur les prix et les entreprises privées était
«utile» et que «l'état devait prévoir un emploi pour chacun et ne devait
pas laisser le chômage exister». En Pologne, 92% des gens voulaient
conserver le système de garanties sociales de l'Etat. Presque tout le monde se
disait partisan de logements et de nourriture subsidiés et réclamait le retour
au plein emploi.7
Un
correspondant du New York Times8 déclarait depuis
Moscou que «la plupart des gens ici se montrent méfiants envers la propriété
privée et se demandent ce qu'avait de si mauvais un système qui garantissait
de la naissance à la mort des soins de santé bon marché. Et ils espèrent que
le gouvernement va de nouveau faire pression sur les prix.» ()
Le
socialisme d'Etat, «le système qui ne marchait pas» a donné à chacun la sécurité.
Le capitalisme du libre marché, «le système qui fonctionne» a mis l'économie
en pièces, a apporté des pillages financiers, un recul social et un calvaire
pour la majorité de la population.
En réaction, les Européens de l'Est ont remis des communistes au pouvoir pour régner sur les ruines et les décombres de pays disloqués. En 1996, les anciens communistes et leurs alliés ont gagné d'importantes élections en Russie, Bulgarie, Pologne, Hongrie, Lituanie et Estonie. Certains ont même formé la fraction la plus puissante de leurs parlements respectifs. Ils ont pourtant été confrontés aux mêmes handicaps que les partis de gauche dans les pays «démocratiques capitalistes» : intimidations, violations policières, manque d'argent, accès restreint aux tribunes électorales, manque d'attention médiatique et comptages frauduleux.
Le
rêve n'est plus permis
Lorsque
les premiers bouleversements anticommunistes ont commencé en 1989 en Europe de
l'Est, certains penseurs de gauche disaient que, si les Européens de l'Est découvraient
que le système du libre marché ne leur convenait pas, ils pourraient toujours
revenir à l'une ou l'autre forme de socialisme. Comme je l'ai déjà montré,
cette vision n'était pas réaliste. Le capitalisme ne se limite pas à un système
économique, c'est un ordre social de A à Z.
Une
fois mis en oeuvre, on ne peut pas le démanteler en votant pour des socialistes
ou des communistes. Ils peuvent toujours siéger au gouvernement mais la
richesse du pays, la structure des rapports de propriété, le droit
constitutionnel, le système financier et la structure des dettes, les médias
nationaux, la police et les autres institutions de l'Etat sont tous
fondamentalement restructurés. Les moyens pour les programmes sociaux et le
plein emploi sont pillés ou disparaissent complètement, tout comme les réserves
d'argent, les marchés et les matières premières. Après plusieurs années de
pillage impuni par le libre marché, ces pays sont arrivés à un point où un
retour en arrière appartient au domaine du rêve.
Il semble donc que les anciens pays communistes à l'instar des pays du tiers monde doivent subir cette misère pour de longues années, pour que quelques privilégiés puissent jouir d'une prospérité toujours plus grande sur le dos des masses. Et pour garantir sa «sécurité», la classe des entrepreneurs aura recours à toutes les formes de manipulation et de répression contre les velléités démocratiques. Et recevra en cela le soutien des experts du capital international, de la CIA et autres agents de la domination capitaliste d'Etat.
Pas
de chantilly
La chute des pays communistes a signifié une énorme victoire pour le capitalisme mondial et l'impérialisme. Cette victoire a réveillé la misère humaine et a causé partout dans le monde une régression historique des mouvements révolutionnaires de libération. Même des gouvernements nationaux légèrement réformistes auront à en souffrir, regardez par exemple, l'Irak ou Panama. Cette chute représente aussi une énorme perte pour le pluralisme mondial et provoque l'augmentation de l'inégalité socio-économique dans le monde. Les habitants d'Europe de l'Est avaient pensé qu'ils conserveraient les avantages sociaux du communisme avec en plus la chantilly de la consommation occidentale. Beaucoup de leurs plaintes à propos du socialisme réel étaient correctes mais leur image romantique de l'Ouest capitaliste ne l'était pas. Le rêve s'est brisé. Ils pensaient passer du Deuxième au Premier Monde, mais ils ont été expédiés dans le tiers monde.
1
New York Times, 30 mars 1995 · 2
New York Times, 20 décembre 1993 · 3
New York Times, 17 mars 1991 · 4
Los Angeles Times, 6 août 1991 · 5
New York Times, 26 mai 1996 · 6
New York Times, 20 juillet 1996 · 7
Monthly Review, décembre 1994 · 8
NYT, 23 juin 1996 ·
PTB, août 2002
FAQ
1 - Le communisme : c'est quoi ?
·
D'abord il faut définir ce que nous entendons par capitalisme.
· La caractéristique la plus importante de notre société est le fait qu'une petite classe ou groupe, les capitalistes, possède les moyens de production de la société. Du fait qu'elle possède tous les moyens de production, elle détermine comment l'économie doit tourner en fonction de son