notes ADDITIONNELLES sur l'impérialisme Contemporain
Cette page est complémentaire de l'étude Impérialisme et anti-impérialisme — V.G. — avril à décembre 2008
Les traits essentiels de l'impérialisme contemporain
1° Voici d’abord quels sont les traits essentiels de l’impérialisme que Lénine analyse dans son ouvrage L’impérialisme, stade suprême du capitalisme. L’impérialisme se caractérise d’abord par la formation et la consolidation des entreprises monopolistes (trusts), qui jouent un rôle déterminant dans la vie économique. Ces trusts sont une nécessité du développement du capitalisme : ils sont nés de la libre concurrence (différenciation des entreprises dans un contexte où les débouchés commerciaux sont de plus en plus étroits relativement aux capacités productives). La consommation des masses laborieuses étant insuffisante, les entreprises monopolistes se tournent toujours plus vers le marché extérieur et y conquérir des débouchés et s’assurer l’approvisionnement en matières premières. La concentration du Capital à un très haut degré sous la forme de sociétés par actions donne aux banques un rôle décisif dans la vie économique : elles centralisent le capital des trusts industriels, avec pour résultats 1° l’immixtion des banques dans les affaires touchant à la production et 2° le développement effréné de la spéculation.
L’exportation de capitaux, sans remplacer l’exportation de marchandises, devient un moyen pour les monopoles de renforcer leurs positions commerciales et financières face aux entreprises monopolistes concurrentes (car les monopoles ne suppriment pas la concurrence : ils ne font que la porter à un degré supérieur). Sous l’impérialisme, le pouvoir économique des monopoles influence directement la classe politique et la 'représentativité' parlementaire de la démocratie bourgeoise devient purement formelle : fusion (interchangeabilité) de la classe politique et des dirigeants des trusts (à travers les conseils d’administration, les commissions et… au besoin par la corruption). Les politiciens deviennent de ce fait les instruments directs du capital financier et se jettent à son secours en cas de crise : nationalisations d’entreprises privées aux frais de l’Etat bourgeois en vue de leur renflouement (socialisation des pertes d’entrepreneurs privés sous couvert 'd’assainissement'). Les monopoles font représenter leurs intérêts dans la sphère politique auprès duquel ils exercent un lobbying. Le fascisme, c’est quand le capital financier ne veut plus s’encombrer de cette pseudo-représentativité parlementaire, de cette démocratie de façade, et veut mettre en adéquation son monopole sur les affaires économiques avec un monopole sur les affaires politiques, sans s’encombrer des réticences des travailleurs et de la petite bourgeoisie.
Les Etats bourgeois étant directement aux ordres du Capital financier 'national', la rivalité économique entre les trusts se transforme ainsi en rivalité entre nations (et blocs) impérialistes ; ce qui conduit dans le cadre du changement du rapport de forces économique induit par le développement inégal et par bond à un (re-) partage (pacifique ou non) des zones d’influence où les monopoles étendent leurs débouchés et se procurent les matières premières à bon marché, d’où l’inéluctabilité de guerres coloniales et de guerres inter-impérialistes.
Outre ceci, l’impérialisme a un fort impact sur la lutte de classe : 1° au niveau des nations impérialistes l’exploitation des colonies provoque l’embourgeoisement d’une partie de la classe ouvrière, la corruption des chefs des syndicats et partis ouvriers d’où une flambée des tendances au réformisme, au socialisme d’état, au social-chauvinisme, au social-impérialisme et un renforcement de l’opportunisme au sein du mouvement ouvrier ; 2° au niveau des colonies, le joug de l’exploitation attise les luttes de libération nationale (contre lesquelles les social-chauvins et la bourgeoisie impérialiste se liguent). Dans l’ouvrage de Lénine on trouve également la critique des critiques petites-bourgeoises (réformistes) de l’impérialisme (aspect réactionnaire et utopique du retour à la 'libre' et 'saine' concurrence) ainsi que la critique serrée du kautskisme et de sa thèse de l’ultra-impérialisme (exploitation inter-impérialiste pacifique des colonies), et par là même la critique de l’opportunisme international en général.
2° Partant de ces enseignements, on peut noter qu’à l’époque actuelle les traits principaux de l’impérialisme sont toujours les mêmes. L’impérialisme, c’est toujours l’hégémonie commerciale et financière de quelques Etats bourgeois puissants qui via l’exportation de capitaux et aujourd’hui également via une nouvelle division internationale du travail — les pays ateliers semi-coloniaux fournissant les métropoles impérialistes en nombreux produits manufacturés —, vivent de l’exploitation des pays dépendants, ce qui aboutit au renforcement de l’importance économique des (semi)-colonies et de la sujétion de leur économie vis-à-vis de celle de leurs créanciers. En effet, la seule chose qui a ‘changé’ c’est le degré quantitatif de la putréfaction de l’économie des pays impérialistes : en délocalisant nombre d’industries de production de biens de consommation, la concurrence entre les entreprises monopolistes amène à aggraver les contradiction internes du capitalisme : on ferme des usines dans les métropoles impérialistes afin de produire dans des pays semi-coloniaux des marchandises au plus bas coût possible et destinées à être exportées vers les métropoles impérialistes. Cette nouvelle division internationale du travail renforce le caractère parasitaire du Capital financier et donne un caractère petit-bourgeois à l'ensemble de la vie économique, renforçant donc la base matérielle de l’opportunisme et du réformisme au sein du mouvement ouvrier des métropoles impérialistes. Ce mouvement est une nécessité économique internationale dès lors qu’il est enclenché du fait de la concurrence. Historiquement, ce mouvement fut amorcé par la restauration du capitalisme dans les ex-pays socialistes où les révisionnistes néo-bourgeois introduirent cette nouvelle division internationale du travail, qui fut finalement adoptée par les vieux pays impérialistes à partir du début des années 1970.
Tout irait 'pour le mieux dans le meilleur des mondes' si les délocalisations, tout en conservant ou en augmentant les forces productives existantes, ne ruinait pas le pouvoir d’achat des masses populaires dans les métropoles impérialistes, menaçant la viabilité des débouchés existants !!!
Tout irait 'pour le mieux dans le meilleur des mondes' si cette nouvelle division internationale du travail (pays ateliers semi-coloniaux fournissant les métropoles impérialistes conservant le monopole technique sur les industries de pointe) ne se fissurait pas…
Mais la révolution chinoise de 1949, en arrachant à la bourgeoisie compradore chinoise son pouvoir, a permis à une puissante bourgeoisie nationale chinoise d’émerger (protectionnisme durant la période 1949-1977). Fait sans précédent dans l’histoire ! Depuis la Chine possède une autonomie industrielle que la bourgeoisie nationale a su utiliser pour attirer les capitaux étrangers sans pour autant vendre son économie aux capitalistes étrangers. Ainsi la Chine a rejoint les vieux états-nations industrialisés occidentaux dans le club très restreint des pays impérialistes. Aujourd’hui, le renforcement rapide de la puissance commerciale et financière de l’impérialisme chinois (sans compter son dynamisme) fournit une illustration parfaite du développement inégal et par bond dont parlait Lénine.
Jamais l’impérialisme n’a été 'unipolaire', ni du temps de Lénine, ni aujourd’hui — sinon dans l'imagination des kautskistes et des trotskistes qui nient le développement inégal et par bonds et ne voient qu'un développement économique uniforme, 'moyen'. Le terme 'impérialisme' n’est en effet qu’un raccourci désignant le système mondial de l’impérialisme. Ce système comprend une poignée de nations capitalistes exploitant des pays coloniaux et semi-coloniaux. Dans ce système se côtoient coopération (par exemple l’impérialisme israélien aux ordres de l’impérialisme américain dont il défend les intérêts au Moyen-Orient) et rivalités. Ces dernières s’exacerbent quand le rapport de forces inter-impérialiste se transforme : déclin commercial et financier des uns, essor des autres.
Or aujourd’hui, une étude de l’évolution de ce rapport de forces prouve que l’économie de l’ensemble des vieux pays impérialistes est en déclin, bien qu’à des degrés divers, parfois de manière relative (Allemagne, Japon), parfois de manière absolue (baisse de la production industrielle aux USA et spectre de la récession), et ce au profit quasi-exclusif de l’impérialisme chinois qui conquiert toujours davantage les débouchés de ses concurrents, tant les débouchés commerciaux (37 % de la production mondiale d’acier en 2007) que financiers — elle détient ainsi des centaines de milliards de dollars de bons au trésor américain et des dizaines de milliards d’investissements directs à l’étranger (IDE) notamment vers les pays semi-coloniaux riches en matières premières (à destination de 'l’atelier du monde impérialiste') —, tout en menaçant à court/moyen terme leur derniers domaines d’exclusivité (industries de hautes technologies : TGV, avions de ligne, voitures d’exportation, aérospatiale, etc., dans les quelques années à venir) ; d’où l’accroissement des contradictions socio-économiques au sein même des vieux pays impérialistes où la bourgeoisie est contrainte de remettre en cause les 'acquis sociaux' (flexibilité, retraites, éducation, sécurité sociale) provenant de l’exportation des capitaux, tout en préparant les guerres inter-impérialistes de demain. Aujourd’hui pour l’impérialisme français et ce depuis 2004, le solde de la balance courante des paiements — c’est-à-dire le solde du commerce international et de l'exportation de capitaux —, est négatif, d’où le triomphe de la ligne atlantiste prête à suivre l’impérialisme américain dans un repartage militaire des sphères d’influence. (Pour une analyse plus détaillée de l’évolution du rapport de forces inter-impérialiste, voir la partie 5 de l'étude Impérialisme et anti-impérialisme.) Même les pays ateliers semi-coloniaux concurrents ne sont pas épargnés. Ainsi, dans l’industrie textile dont le volume des ventes est resté à peu près stable, les importations chinoises se substituent de plus en plus à celle du Maghreb, de l’Europe de l’Est et de la péninsule indienne.
Il est donc 'naturel' que les pays impérialistes dont le déclin est le plus avancé, recourent aujourd’hui aux méthodes de repartage non pacifiques pour tenter de freiner (ou d’inverser) le repartage pacifique des sphères d’influence pour l’exportation de marchandises et de capitaux. Les marxistes-léninistes peuvent-ils faire autre chose que 'déclarer la guerre à cette guerre', c’est-à-dire ne soutenir aucun des blocs impérialistes concurrents (quand bien même ils usent des méthodes semi-coloniales pacifiques en arborant un masque pseudo-progressiste qui parvient à séduire les cliques bourgeoises-compradore de certains pays semi-coloniaux rêvant de non-alignement — chose aisée pour un pays impérialiste dynamique comme la Chine), et profiter de tout conflit inter-impérialiste pour réitérer les enseignements de la révolution socialiste d’Octobre 1917 ? (transformer la guerre inter-impérialiste de rapine en guerre civile contre les exploiteurs de l’intérieur). Toute autre ligne politique n’est-elle pas du kautskisme ?
On ne peut jamais combattre un impérialisme en s’appuyant sur un autre. L’impérialisme est plus que jamais le capitalisme pourrissant, la dernière étape précédent la révolution sociale.
Concernant certaines caractéristiques de l’impérialisme contemporain, et notamment l’importance relative de l’exportation de marchandises et de capitaux, voici quelques points complémentaires que l’on peut déduire de statistiques relatives au solde de la balance des biens (formée essentiellement par les importations et les exportations de marchandises), au solde de la balance des services, au solde des revenus des investissements (c’est-à-dire l’exportation de capitaux) et au solde de la balance du compte courant de la balance des paiements (faisant la synthèse de ces paramètres). Toutes les statistiques ci-après sont extraites du site www.unctad.org et sont exprimés en milliards de dollars américains.
| 1980 | USA | Royaume-Uni | Allemagne | Japon | France | Espagne | Suisse | Chine | Corée du Sud | Inde |
| Balance des biens | -25,5 | 3,4 | 7,4 | 2,1 | -14,1 | -11,7 | -5,3 | [?] | -4,6 | -5,6 |
| Balance des services | 6,6 | 8,5 | -12,3 | -12,1 | 11,4 | 5,9 | 2,0 | [?] | -0,7 | -0,0 |
| Revenus des investissements | 30,1 | -0,4 | 0,5 | 0,9 | 3,7 | -1,5 | 5,3 | [?] | -0,7 | 0,6 |
| Compte courant | 2,2 | 6,9 | -15,6 | -10,8 | -4,2 | -5,6 | -0,2 | 0,3 | -5,3 | -1,8 |
| 1990 | USA | Royaume-Uni | Allemagne | Japon | France | Espagne | Suisse | Chine | Corée du Sud | Inde |
| Balance des biens | -110,3 | -32,5 | 68,5 | 69,3 | -13,3 | -29,2 | -7,2 | 9,2 | -2,5 | -5,2 |
| Balance des services | 29,4 | 7,7 | -22,4 | -42,9 | 15,4 | 11,9 | 7,8 | 1,5 | -0,6 | -1,5 |
| Revenus des investissements | 30,9 | -5,0 | -0,8 | [23,0] | -2,9 | -3,8 | 13,1 | 1,1 | -0,6 | -3,2 |
| Compte courant | -79,0 | -38,8 | 46,7 | 44,1 | -9,9 | -18,0 | 6,1 | 12,0 | -2,0 | -7,0 |
| 2006 | USA | Royaume-Uni | Allemagne | Japon | France | Espagne | Suisse | Chine | Corée du Sud | Inde |
| Balance des biens | -834,6 | -153,9 | 197,3 | 93,0 | -37,7 | -100,7 | 4,6 | 217,8 | 29,2 | -61,2 |
| Balance des services | 76,0 | 53,8 | -44,9 | -24,0 | 10,5 | 27,9 | 23,0 | -8,8 | -18,8 | 29,2 |
| Revenus des investissements | 43,2 | 35,2 | 30,5 | 103,6 | 15,7 | -26,1 | 51,6 | 9,8 | -0,5 | [-3,9] |
| Compte courant | -811,5 | -88,1 | 147,8 | 165,8 | -28,3 | -106,3 | 63,5 | 249,9 | 6,1 | -10,4 |
[ ?] : absence de donnée. — [...] : absence de donnée précise : estimation basée sur la structure de la balance des revenus des autres années.
En 2006 le solde des revenus des IDE représentait 70 % du solde du total des revenus des investissements de la Suisse, 225 % de ceux du Royaume-Uni et 403 % de ceux des USA (le Royaume-Uni et les USA possédant un solde très négatif concernant d’autres types de revenus d’investissements incluant les emprunts et obligations d’Etat, avec respectivement -44 et -131 milliards de dollars en 2006). Le Japon est l’un des principaux bénéficiaires de ce type de revenus avec un solde positif de 92 milliards de dollars en 2006, soit 78 % du total du solde des revenus des investissements du Japon, le solde des IDE se montant à seulement 26 milliards de dollars. A un degré à peine moindre ceci vaut également pour l’impérialisme allemand, le solde des revenus tirés des IDE se montant à seulement 38 % du total des revenus des investissements. Durant la période 2002-2006, le solde des revenus de ce type d’investissements est passé de 3 à 35 milliards de dollars pour la Chine. Depuis 2005, le solde positif des revenus de ce type d’investissements est supérieur au solde négatif des revenus des IDE, faisant de la Chine un pays impérialiste puissant sur le plan commercial, mais aussi financier. Ainsi, en 2006, l’impérialisme chinois a retiré de l’exportation de capitaux des revenus équivalents à près des deux tiers de ceux de l’impérialisme français et près du quart de ceux de l’impérialisme américain.
Quand on parle de l’impérialisme, il faut donc d’abord rappeler que l’impérialisme, ce n’est pas seulement la politique coloniale agressive des puissances impérialistes en déclin. L’impérialisme n’est pas non plus réduit à l’exportation de capitaux, surtout depuis la transformation de nombreux pays semi-coloniaux et coloniaux en pays ateliers fournissant les métropoles impérialistes en biens de consommation courante, processus généralisé à l'échelle mondiale à partir des années 1970 dans la sphère d’influence des pays impérialistes concurrents du social-impérialisme soviétique. L’impérialisme, c’est aussi l’exportation de marchandises et de services — qui incluent les revenus des productions cinématographiques et du tourisme — ; les retombées de ces derniers renforçant encore le caractère petit-bourgeois des économies des pays impérialistes. Ainsi le déclin commercial de pays impérialistes comme les USA et le Royaume-Uni est un facteur majeur de leur affaiblissement économique général. Il suffit aussi de rappeler que pour un pays impérialiste comme l’Allemagne, l’exportation de marchandises a généré près de 6,5 fois plus de revenus que l’exportation de capitaux en 2006. Il faut également souligner que l’exportation de capitaux peut revêtir la forme d’IDE, mais pas seulement. En effet, pour certains pays impérialistes (comme le Japon, l’Allemagne et la Chine) qui se portent massivement acquéreurs d’emprunts et d’obligations d’Etat émises par les pays impérialistes les plus en déclin (comme les USA et le Royaume-Uni), afin de financer le déficit du compte courant de leur balance des paiements), les IDE représentent une faible part du total des revenus des investissements. Depuis 2005, le solde positif des revenus de ce type d’investissements est supérieur au solde négatif des revenus des IDE, faisant de la Chine un pays impérialiste puissant sur le plan commercial, mais aussi financier.
En 2007, l'excédent commercial chinois a augmenté de près de 48 % par rapport à l'année précédente pour atteindre 262 milliards de dollars. Parallèlement, le déficit commercial des USA a légèrement diminué avec 'seulement' 712 milliards de dollars (soit 47 milliards de moins que l'année précédente), mais ce n'est que grâce à l'augmentation des exportations favorisée par le début de la baisse des salaires réels aux USA. Certes, cela a permis aux USA de réduire leur déficit commercial avec d'autres pays impérialistes comme l'Allemagne, le Royaume-Uni et le Canada, mais cela n'a pas empêché le déficit commercial vis-à-vis de la Chine de s'aggraver (+ 10 %) pour atteindre 256 milliards de dollars. Selon le puissant lobby d'industriels américains AMTAC, la moitié du déficit commercial américain dans les biens manufacturés est généré par la Chine. Selon ce lobby, ce déficit échappe « à tout contrôle » et il est impératif de mettre fin à la « subvention illégale » que constituerait la sous-évaluation du yuan... Pour sa part, le déficit commercial de la France a atteint un nouveau record avec 39 milliards d'euros (contre 28 milliards l'année précédente).
Crise du système économique mondial de l'impérialisme : le début de la fin...
« Durant la période 1980-2006, la production française d’acier a enregistré une baisse de près de 9 %, 23 millions de tonnes d’acier ayant été produites en 1980. En 1979, la production d’acier américaine se chiffrait à 127 millions de tonnes. En 2006, elle enregistrait donc une baisse de 22 % par rapport à son niveau de 1979. Mais la puissance de l’industrie chinoise ne se réduit pas aux biens de consommation courants et à la sidérurgie. La Chine investit de manière croissante des marchés aujourd’hui encore dominés par ses concurrents impérialistes les plus puissants, comme le Japon quelques décennies plus tôt. (...) Depuis un siècle, les « bonds » des vieux pays impérialistes prenaient racine sur des différentiels assez faibles au niveau de leur puissance économique et du coût de leur force de travail. Rien de tel aujourd’hui : l’intensité de la concurrence livrée par l’impérialisme chinois est démultipliée par le gigantesque différentiel existant au niveau de la productivité horaire du travail conférée par le coût défiant toute concurrence de la main d’œuvre chinoise et la haute technicité de l’outil productif, un différentiel qu’il est donc impossible pour les vieux pays impérialistes de combler sans réduire à néant les « adoucissements » matériels concédés pendant un siècle aux travailleurs des métropoles impérialistes. Ce n’est pas davantage dans le domaine des nouvelles technologies que les vieux pays impérialistes pourront encore très longtemps conserver leur avance sur l’impérialisme chinois, comme en témoignent les chiffres des dépenses en recherche et développement. Pour le prolétariat des pays impérialistes en déclin, cela signifie des attaques croissantes dans toutes les directions contre le niveau des salaires réels afin de réduire le différentiel, comme unique moyen d’essayer d’enrayer l’érosion industrielle et donc de la croissance économique dans le cadre de la production marchande internationale. (...) De plus en plus, avec la baisse des salaires réels des travailleurs des vieux pays impérialistes, pour tenter de lutter contre la concurrence chinoise, la menace d’une réduction des débouchés semble inévitable et augure de gigantesques crises économiques mondiales que le commerce et les investissements croissants vers les pays dépendants les moins industrialisés sera incapable de compenser. L’émergence de l’impérialisme chinois provoquera donc inévitablement à lui seul des séismes d’une magnitude jusque-là inconnue, du fait de son poids industriel et démographique, même si l’Inde n’arrive pas à s’arracher à la domination compradore. (...) Il est donc aujourd’hui ultra-réactionnaire, dans les conditions capitalistes mondiales, de prétendre « ré-industrialiser » les pays impérialistes en déclin. Ce serait comme prétendre pouvoir débarrasser le capitalisme des activités de spéculation au profit des investissements productifs, illusion kautskiste-réformiste combattue par Lénine. Ou bien alors il faut être logique et abaisser le coût de la force de travail pour rendre à nouveau compétitifs les investissements productifs ! C’est ce que souhaite le MEDEF ! Mais alors il faudrait réduire à néant les adoucissements matériels à l’exploitation (salaires et acquis sociaux) dont bénéficient beaucoup de travailleurs des vieux pays impérialistes ! La bourgeoisie ne pourrait obtenir ceci sans opter pour le fascisme. Cette « solution » ne serait d’ailleurs pas sans avoir un très fort impact sur les économies des pays ateliers dont la croissance est alimentée essentiellement par le marché extérieur. On imagine sans mal le chaos dans lequel sombrerait le système impérialiste mondial ! Il est évident que la « mondialisation » n’a rien réglé de la contradiction fondamentale entre Travail et Capital, mais qu’elle lui a fait prendre des proportions gigantesques. (...) Aujourd’hui, c’est le système impérialiste mondial dans son ensemble qui va à sa ruine : dans les pays abritant l’immense majorité de la population de la planète les conditions révolutionnaires objectives et subjectives les plus favorables existent : une base industrielle puissante et diversifiée, un prolétariat industriel nombreux, un niveau culturel relativement élevé. (...) L’impérialisme chinois, en diversifiant sa production, en remontant les filières marchandes de hautes technologies, évince toujours davantage ses concurrents les plus puissants dans un nombre croissant de domaines. En recherchant de nouvelles sources de matières premières, en conquérant de nouveaux débouchés d’exportation pour ses marchandises et ses capitaux, l’impérialisme chinois aggrave les rivalités inter-impérialistes à l’échelle internationale. En restreignant toujours davantage la part des vieilles puissances impérialistes dans l’économie mondiale, en maintenant une pression extrêmement forte sur le marché international de la vente de la force de travail humaine et des matières premières, non seulement l’impérialisme chinois pousse ses concurrents impérialistes à des actions toujours plus aventureuses et hasardeuses dans les pays dépendants, remettant au goût du jour le large recours aux méthodes de domination coloniales et accroissant donc la haine des peuples de ces pays contre l’impérialisme ; mais aussi aggrave-t-il les contradictions sociales au sein même des vieilles métropoles impérialistes, créant les condition objectives à un large et durable essor révolutionnaire dans ces pays où pendant près d’un siècle avait réussi à triompher l’opportunisme et le social-chauvinisme, nourris par les miettes de l’exploitation impérialiste. (...) Aujourd’hui, les pays dépendants ne sont plus les seuls « maillons faibles » de la chaîne du système impérialiste mondial : de plus en plus, les bonds de l’impérialisme chinois impliquent et impliqueront des reculs chez ses concurrents impérialistes dans le domaine commercial et des investissements. » (Impérialisme et anti-impérialisme, mai 2007, édition numérique, p. 154 - p. 174 - p. 175 - p. 202 - p. 229 - p. 235.)
Quand les grands capitaines du monde capitaliste s'affolent devant la réalité du déclin inéluctable de l'économie des vieux pays impérialistes :
"L'actuelle crise financière aux Etats-Unis va être vraisemblablement jugée comme la plus grave depuis la fin de la Seconde guerre mondiale", a affirmé l'ex-président de la banque centrale américaine (Fed) Alan Greenspan, dans un éditorial publié lundi dans le Financial Times." (Le président Bush déclare son soutien à la Fed qui a baissé son taux d'escompte, AFP, 17/03/2008.)
"La Bourse de Paris a chuté lundi de 3,51%, emportée par la crise de confiance dans le système bancaire provoquée par l'affaire Bear Stearns, cinquième banque d'investissement américaine, sauvée de la faillite par sa concurrente JP Morgan qui la rachète à prix cassé.(...) Les indicateurs américains du jour ont apporté leur contribution à la morosité ambiante avec une baisse de la production industrielle en février et un indice manufacturier de la Fed de New York tombé à un plus bas historique. " (La Bourse de Paris chute de 3,51%, les financières sinistrées, Reuters, 17/03/2008.)
"Les nouvelles prévisions intermédiaires publiées jeudi traduiront un ralentissement de la croissance aux Etats-Unis, en Europe" et en Chine, a-t-il dit." (Angel Gurria, secrétaire général de l'OCDE - cité dans - Le FMI salue l'action de la FED mais estime que la crise empire, Reuters, 17/03/2008.)
"Nous avons clairement devant nous une situation dans laquelle les risques sur la croissance économique sont de plus en plus sérieux." (Dominique Strauss-Kahn, directeur général du FMI - cité dans - Le FMI salue l'action de la FED mais estime que la crise empire, Reuters, 17/03/2008.)
"On préfère ne pas parler de 'krach' parce que ce n'est pas une crise boursière, mais plutôt une crise économique et financière qui a un impact boursier très fort" (Romain Boscher, responsable de la gestion actions chez Groupama Asset Management - cité dans - La Bourse de Paris accélère sa baisse après un indice US décevant, AFP, 17/03/2008.)
"Ce qui est très important, ce n'est pas que le prix du pétrole plombe effectivement la balance commerciale mais c'est qu'aujourd'hui nous soyons dans l'incapacité avec notre solde industriel de compenser la balance énergétique." (Hervé Novelli, secrétaire d'Etat chargé du Commerce extérieur - cité dans - France : déficit commercial 2007 de "35 à 40 mds d'euros", un nouveau record, AFP, 06/02/2008.)
"La Banque centrale européenne (BCE) s'est montrée jeudi plus inquiète concernant l'impact de la crise financière sur l'économie de la zone euro, s'ouvrant l'option de baisser ses taux directeurs dans les mois à venir si nécessaire." (La BCE s'inquiète pour l'économie et s'ouvre l'option d'une baisse de taux, AFP, 08/02/2008)
""Nous ne profitons plus du climat économique dynamique des deux dernières années" (...), "le bon temps économique est terminé". (...) Pour lui [Joaquin Almunia, Commissaire européen aux affaires économiques], ce contexte difficile est une raison de plus pour l'Europe d'engager des réformes structurelles, pour se préparer à "une économie fondée sur la connaissance plus que sur l'industrie", à "une population en diminution et vieillissante", et à une "scène mondiale très intégrée et concurrentielle". De telles réformes structurelles du marché du travail, du secteur des services notamment, "font partie des meilleurs outils dont nous disposons pour faire face à la tourmente actuelle", a-t-il conclu, insistant aussi sur la nécessité pour les pays de l'UE, de l'eurozone en particulier, de se coordonner dans leurs efforts de réforme." (Joaquin Almunia - cité dans - Almunia : les Etats-Unis sont "peut-être en récession" mais pas l'Europe, AFP, 17/03/2008.)
Sur le social-impérialisme soviétique
Dans tout ce qui suit (sauf la production d’acier), les données statistiques sont extraites du site www.unctad.org. Le PIB de l’URSS social-impérialiste est passé de 1501,9 à 775,6 milliards de dollars entre 1989 et 1990. Pourtant, les difficultés économiques ne datent pas de 1989, elles sont très antérieures. Le capitalisme restauré dans les ex-pays socialistes dès la prise de pouvoir par les révisionnistes, dans le courant des années 1950, a été 'camouflé' aussi longtemps que la nouvelle classe exploiteuse constituée en bourgeoisie monopoliste d’Etat a bénéficié de conditions économiques favorables sur le marché international, jusqu’au début des années 1970 (cf. Impérialisme et anti-impérialisme). La fin des années 1980 est seulement synonyme d’éclatement de la sphère d’influence de l’URSS social-impérialiste, suite à un renversement du rapport de forces inter-impérialiste (consécutif à l’introduction dans la sphère d’influence des pays impérialistes occidentaux de la division internationale du travail adoptée par les révisionnistes soviétiques dans les pays du COMECON dès les années 1950). En 1974, le PIB de l’URSS social-impérialiste avait baissé de 0,2 % par rapport à 1973. En 1981, il avait baissé de 3,6 % par rapport à 1980. De même durant la période 1983-1985, il baissa de 8 %. Durant la période 1979-1985, le PIB de l’URSS social-impérialiste stagna littéralement : il n’augmenta que de 1,4 % ! Durant la période 1973-1989, le rapport de forces inter-impérialiste se modifia au net désavantage de l’URSS social-impérialiste. Ainsi, alors que sa production d’acier augmenta de 45 à 132 millions de tonnes durant la période 1955-1972, elle stagna autour de 150 millions de tonnes à partir de la seconde moitié des années 1970 jusqu’à 1989 (en 1995, suite à la liquidation d’une grande partie du tissu industriel, elle n’était plus que de 79 millions de tonnes).
La comparaison de la croissance du PIB de divers pays impérialistes ou semi-coloniaux (durant la période 1973-1989) illustre le déclin du social-impérialisme soviétique et des pays inclus dans sa sphère d'influence, relativement aux pays impérialistes concurrents et aux pays dépendants inclus dans leur sphère d'influence :
| Facteur de multiplication du PIB durant la période 1973-1989 | |||||||||||||||||||
| URSS | Tchécoslovaquie | Roumanie | Pologne | Corée du Nord | Cuba | USA | Japon | Royaume-Uni | RFA | France | Italie | Espagne | Brésil | Mexique | Thaïlande | Indonésie | Corée du Sud | Inde | Chine |
| 2,43 | 2,53 | 2,80 | 2,07 | 2,39 | 2,70 | 3,97 | 7,13 | 4,65 | 3,51 | 4,69 | 5,29 | 5,27 | 5,35 | 3,60 | 6,63 | 6,23 | 16,82 | 3,52 | 3,36 |
Renforcement des liens entre l’impérialisme chinois et l’impérialisme russe
Nous avons ici pour but d’examiner un aspect particulier des rivalités inter-impérialistes contemporaines. A l’instar de l’étude Impérialisme et anti-impérialisme, il ne s’agit aucunement de nier l’existence d’autres puissants pays impérialistes (comme les USA, le Japon, l’Allemagne, le Royaume-Uni, la France, l’Espagne, l’Italie, etc.), mais d’insister sur l’émergence de nouvelles puissances impérialistes (au premier chef de la Chine), ainsi que sur leurs alliances avec d’autres puissances impérialistes 'secondaires' disposant de sphères d’influence commerciales et financières beaucoup moins étendues (comme la Russie).
Parmi ceux se réclamant de la pensée communiste, et même du marxisme-léninisme, il existe encore aujourd’hui encore beaucoup d’illusions non seulement sur le processus de restauration du capitalisme dans les ex-pays socialistes, mais aussi tout simplement sur l’analyse de l’évolution du rapport de force inter-impérialiste contemporain. Beaucoup continuent de perpétuer (plus ou moins ouvertement) les vieux schémas révisionnistes qui leur ont hier fait apporter aveuglément leur soutien à l’URSS social-impérialiste. Pour ceux-là, le principe simpliste selon lequel 'les ennemis de nos ennemis sont nos amis' se substitue en effet la plupart du temps à toute analyse matérialiste.
A l’heure où le prolétariat mondial est entouré de toutes parts de régimes bourgeois dont le dénominateur commun est l’hostilité à la révolution socialiste, les ennemis de nos ennemis ne sont donc pas forcément nos amis ! Ne pas voir les ambitions impérialistes de la bourgeoisie russe et surtout de la bourgeoisie chinoise, découvrir dans leurs frictions avec les autres puissances impérialistes — et en premier lieu l’impérialisme américain exerçant soi-disant son 'hégémonie' sur un 'monde unipolaire' — ne serait-ce qu’une parcelle 'd’anti-impérialisme', c’est renier l’analyse léniniste de l’impérialisme et se poser en néo-kautskistes.
On ne peut pas s’appuyer sur des puissances impérialistes montantes comme la Chine (et à un degré moindre la Russie) que l’on fait passer pour des facteurs de 'progrès' et de 'paix' pour lutter contre d’autres puissances impérialistes réputées agressives comme l’impérialisme américain dont la débâcle économique est chaque jour plus évidente.
En quoi l’impérialisme chinois est-il un facteur de progrès social ou de paix ? Voyons l’appréciation portée par des politiciens bourgeois chevronnés sur la situation de la Chine dans un rapport sénatorial de la délégation de la mission d’information (comptant 11 sénateurs délégués par la commission des Affaires économiques du Sénat en septembre 2005, n°307, présenté et approuvé le 11 avril 2006.). Ce rapport souligne d’abord le « paradoxe politique surprenant » « de la croissance chinoise » : « la Chine est un des pays les plus libéraux du monde sur le plan économique mais il est aussi un de ceux comptant parmi les plus autoritaires sur le plan politique ». Les politiciens bourgeois, peuvent bien feindre de trouver ‘paradoxal’ le lien entre le capitalisme et la réaction politique, ils n’en révèlent pas moins eux-mêmes le caractère de classe de la dictature exercée par l’Etat chinois : en effet le rapport remarque que « les chefs d’entreprise » sont « intégrés dans le Parti ». C’est pourquoi « le PCC ne paraît plus guère être qualifié de communiste » : « l’un des plus importants milliardaires de Hong Kong fait maintenant partie du Comité central ».
Pour les auteurs du rapport, bien que des inégalités sociales considérables se creusent, « toutes les couches de la population paraissent bénéficier des retombées du développement », et de ce fait la contestation politique est dans l’ensemble faible, malgré la répression quotidienne de centaines de mouvements sociaux de protestation ruraux et urbains (ouvriers en grève pour leurs conditions de travail, travailleurs licenciés, pression fiscale, spéculation immobilière, etc.). En bref, « le régime en place apparaît solidement établi », d’autant plus que le PCC cherche à mobiliser les masses et à exacerber les sentiments nationalistes, non seulement à travers le rayonnement économique, mais aussi spirituel (question du rattachement de Taiwan, Jeux Olympiques de Pékin, conquête de l’espace, etc.).
Le rapport note ensuite que cette croissance « s’est construite essentiellement sur les exportations et les investissements liés aux exportations ». Ce « formidable élan économique est alimenté par un coût très faible de la main d’œuvre » — 300 heures mensuelles pour 100 euros. Et effectivement en 2004, les entreprises à capitaux étrangers assuraient 30 % de la production industrielle et 55 % des exportations. Le stock des IDE entrants se montait alors à 500 milliards de dollars. Le rapport souligne que de nombreux secteurs dits « stratégiques » sont interdits aux investisseurs étrangers.
En outre, aucun contrat important ne peut être signé sans transfert de technologie. Aussi, pour la direction d’Alstom, il s’agit de « bien séquencer » ce transfert afin de « conserver une avance technologique » en utilisant l’argent gagné avec ces transferts « pour la recherche ». Cette nécessité stratégique mise en avant par l’impérialisme français est soulignée par le rapport d’autant plus au regard de l’importance des réserves financières chinoises « estimées à plus de 700 milliards de dollars US », qui donne les moyens à l’impérialisme chinois de « conquérir des parts de marché par l’acquisition d’entreprises étrangères ».
Le rapport souligne qu’un « gigantesque marché intérieur » est « en voie de constitution » : Outre une grande bourgeoisie disposant de revenus très importants et consommant des produits de luxe, se constitue une « classe moyenne » comptant environ 150 millions de personnes disposant d’un revenu annuel entre 3000 et 6000 dollars. Seuls 40 millions de ménages chinois ont un revenu annuel supérieur à 6000 dollars (la Chine comptait un parc de 30 millions d’automobiles en 2005). Le revenu par tête rural est trois fois moindre que le revenu urbain. Les sept régions côtières comptant moins de 30 % de la population contribuaient à près de 50 % du PIB et à 80 % des exportations.
Durant la période 1990-1999, le revenu des 1 % les plus riches a progressé annuellement de 11 % contre moins de 5 % pour les 50 % les plus pauvres, et 3 % pour les 1 % les plus pauvres. Selon les chiffres officiels, la croissance n’a pas suffit à empêcher la hausse du chômage urbain qui est passé de 2,5 à 4,3 % durant la période 1990-2003. Ce taux ne prend pas en compte le chômage et le sous emploi massif dans les campagnes, ni les dizaines de millions d’emplois urbains informels.
Voici quelques éléments illustrant les beautés du « socialisme à la chinoise ».
Le cas de la Russie est également intéressant. Etudions les statistiques relatives au solde de la balance des biens (formée essentiellement par les importations et les exportations de marchandises), au solde de la balance des services, au solde des revenus des investissements (c’est-à-dire l’exportation de capitaux) et au solde de la balance du compte courant de la balance des paiements (faisant la synthèse de ces paramètres).
| Soldes | 1992 | 1993 | 1994 | 1995 | 1996 | 1997 | 1998 | 1999 | 2000 | 2001 | 2002 | 2003 | 2004 | 2005 | 2006 |
| Balance des biens | [?] | [?] | 16,9 | 19,8 | 21,6 | 14,9 | 16,4 | 36,0 | 60,2 | 48,1 | 46,3 | 59,9 | 85,8 | 118,4 | 139,2 |
| Balance des services | [?] | [?] | -7,0 | -9,6 | -5,4 | -5,9 | -4,1 | -4,3 | -6,7 | -9,1 | -9,9 | -10,9 | -12,7 | -13,9 | -13,8 |
| Revenus des investissements | [?] | [?] | -1,7 | -3,1 | -5,0 | -8,3 | -11,6 | -7,9 | -7,0 | -4,4 | -6,8 | -13,0 | -12,5 | -17,8 | -24,2 |
| Revenus des IDE | [?] | [?] | 0,0 | -0,1 | -0,1 | -0,9 | -0,8 | -0,6 | -0,8 | -0,9 | -2,3 | -6,2 | -4,0 | -11,4 | -21,2 |
| Compte courant | -1,2 | 2,6 | 7,8 | 7,0 | 10,8 | -0,1 | 0,2 | 24,6 | 46,8 | 33,9 | 29,1 | 35,4 | 59,5 | 84,4 | 95,3 |
Les IDE constituent ici la partie majeure des investissements. Durant la période 2000-2006 le stock d’IDE de la Russie (entrées) est passé de 32,2 à 197,7 milliards de dollars tandis que son stock d’IDE (sorties) est passé de 20,1 à 156,8 milliards de dollars. L’impérialisme russe est donc relativement faible sur le plan des investissements puisque l’exportation de capitaux ne lui permet pas de compenser les intérêts payés au Capital étranger pour le stock des IDE entrants.
Comme on le voit, l’impérialisme russe s’appuie essentiellement sur sa puissance commerciale. La part des matières premières (notamment minières) et des produits énergétiques (pétrole, gaz) dans la structure des exportations russes était de 75 % en janvier 2008. Depuis 1999, le solde positif de la balance des biens ne cesse de se renforcer au point d’aboutir à un solde largement positif du compte courant de la balance des paiements. Le confortable excédent commercial des années 1999-2006 a bien sur des répercussions importantes sur l’économie russe dont les dirigeants politiques remarquent avec bonheur que sa croissance dépend bien plus des marchés pétroliers que de la conjoncture de récession des marchés boursiers. Ainsi dès 2007 a été instaurée une prime de maternité de plus de 7000 euros par naissance indexée sur l’inflation, afin d’essayer de ralentir la catastrophique érosion démographique.
L’Agence internationale de l’énergie estime les réserves de pétrole de la Russie à environ 15 % des réserves mondiales. La production de pétrole russe a augmenté de 6,2 à 7,6 millions de barils par jour durant la période 1998-2002. En 2002, la Russie était déjà le deuxième exportateur mondial de pétrole derrière l’Arabie Saoudite. En 2007, elle restait le deuxième exportateur avec 7,0 millions de barils par jour derrière l’Arabie Saoudite (7,9) mais largement devant les Emirats Arabe Unis (2,5).
En 2005, la Chine était le deuxième consommateur mondial de pétrole, mais elle n’a produit que 60 % du pétrole qu’elle a consommé. La Chine a importé près de 13 millions de tonnes de pétrole russe, soit plus de 10 % de ses importations.
Durant la période 2003-2007, les exportations chinoises sont passées de 5,8 à 12,2 % des importations russes, tandis que les exportations russes sont passées de 6,2 à 4,5 % des importations chinoises. Malgré la hausse quantitative des échanges bilatéraux, il n’y a pas eu de modification qualitative de la structure de ces échanges. Bien au contraire la part des matières premières et des produits énergétiques dans la structure des exportations russes n’a fait qu’augmenter. Ainsi l’exportation d’équipement russes à destination de la Chine est passée de 29 à 1 % de la production russe exportée. A l’inverse, durant la période 2001-2007 l’exportation des biens d’équipement est passée de 11 à 30 % dans la structure des exportations chinoises vers la Russie.
Le solde du commerce extérieur est désormais positif en faveur de Pékin. Cependant rien d’inquiétant pour l’impérialisme russe qui dispose encore d’un excédent commercial confortable : en janvier 2008, le solde du commerce extérieur russe a été positif à hauteur de 19,9 milliards de dollars, contre 11,5 milliards de dollars en janvier 2007.
Les hydrocarbures d’abord, les armes ensuite, voilà à quoi on peut résumer la structure des exportations russes. Les exportations d’armement russes (chasseurs, hélicoptères, tanks, camions lance-missiles, défense anti-aérienne, construction navale, etc.) sont passées de 5 et 6 milliards de dollars entre 2006 et 2007. Les deux premiers clients sont l’Inde et la Chine. D’autres pays comme l’Algérie, le Venezuela ou la Malaisie comptent parmi les bons clients. L’industrie russe de l’armement part aujourd’hui à la (re-)conquête du marché mondial et conquiert de nouveaux clients : l’Indonésie, la Syrie et même l’Arabie Saoudite, jusqu’alors client inconditionnel des USA.
Fin mai 2008, durant le passage de Medvedev à Pékin, les deux parties ont communiqué sur la signature d’un accord nucléaire prévoyant la livraison d’uranium russe et la poursuite de la construction d’une usine d’enrichissement d’uranium en Chine pour un coût de plus d’un milliard et demi de dollars. En septembre 2007, la première tranche de la centrale nucléaire de Tianwan, construite en partenariat avec la Russie, avait été mise en service. « L’énergie est la composante clé du dialogue russo-chinois », a indiqué la partie russe. La Russie s’est également prononcée en faveur de l'intensification de la coopération en matière d'investissement avec la Chine. De son côté, en 2006, le ministère chinois du commerce avait affiché comme objectif d’investir 12 milliards de dollars en Russie d’ici 2020 dans le secteur énergétique. En 2007, les IDE chinois en Russie se sont montés à 1,4 milliards de dollars, contre seulement 0,6 milliards de dollars pour les IDE russes en Chine.) A la même occasion, l’avionneur russe Sukhoï a affirmé vouloir coopérer avec la Chine dans la construction d’avions civils en vue de « créer un produit qui soit compétitif sur le marché mondial ».
En avril 2006 a débuté la construction de l’oléoduc Sibérie orientale/Pacifique dont une branche doit approvisionner la Chine. Les sociétés pétrolières russe Transneft et chinoise CNPC coopèrent à la construction de cette branche qui aura une capacité initiale de 15 millions de tonnes par an, capacité qui sera doublée quand le système fonctionnera à plein rendement.
Durant la période 1999-2006, le volume du commerce russo-chinois a augmenté annuellement de près de 29 %. En 2007, la Chine était le troisième partenaire commercial de la Russie, et cette dernière le septième partenaire commercial de la Chine. Ce n’est pas pour rien si la Chine a été la première destination de la tournée du nouveau président russe. L’essentiel des exportations chinoises vers la Russie est constitué par les biens d’équipements (vêtements) ainsi que les machines et les produits électroniques, tandis que l’essentiel des importations chinoises provenant de Russie est constitué par le pétrole, les minerais, les métaux (aluminium), le bois.
En août 2007, le ministère chinois du commerce a fait savoir au cours d’un forum russo-chinois sur la coopération automobile à Harbin, que le commerce bilatéral russo-chinois se monterait certainement à au moins 40 milliards de dollars pour l’année 2007. Il prévoyait de porter ce chiffre à 60-80 milliards de dollars d’ici 2010. Quelques mois plus tard, à l’heure des comptes, le volume du commerce bilatéral s’est monté à 48 milliards de dollars en 2007, contre un peu plus de 28 milliards de dollars l’année précédente.
Le principal facteur de l’augmentation du volume des échanges a été l’accroissement des importations russes en provenance de Chine qui se sont montées à 28,5 milliards de dollars, (soit une augmentation de 80 % par rapport à 2006), contre seulement 19,7 milliards de dollars pour les exportations russes vers la Chine (soit une augmentation de 12 % par rapport à 2006).
Au premier semestre 2007, la Chine exportait ses voitures vers 177 pays. Son premier client était la Russie avec près de 40 000 voitures exportées pour un montant de près d’un demi milliard de dollars.
Les relations sino-russes sont au beau fixe, ainsi en mars 2008, le ministre chinois des affaires étrangères a félicité Medvedev pour son élection, non sans saluer la contribution « éminente » de Poutine à l’essor des échanges bilatéraux, avant de conclure que la Russie et la Chine devraient renforcer leur coopération sur la scène internationale. Il est hors de doute que l’impérialisme russe a largement bénéficié du gargantuesque appétit énergétique induit par la croissance de l’économie chinoise. Les besoins énergétiques croissants de l’impérialisme chinois contribuent en effet à sécuriser les revenus pétroliers dont les bas cours des années 1986-1999 — 20 dollars le baril en 1986 contre plus de 40 dollars en général pour les années 1973-1985 —, avaient précipité l’effondrement du social-impérialisme soviétique (alors que le coût de production d’un baril est proche d’un dollar dans certains gisements du Moyen-Orient, il est de l’ordre de 14 dollars en Russie). Pour l’impérialisme russe, la naissance d’un nouvel ordre impérialiste contemporain est donc plutôt vue d’un bon œil.
Rien d’étonnant donc à ce qu’en mars 2008, les ministres de la défense russe et chinois aient fait connaître leur volonté de renforcer leur coopération militaire, qui avait déjà débouché en 2007 à des manœuvres 'anti-terroristes' conjointes dans l’Oural. De même, en février 2008, la Russie et la Chine ont présenté à l’ONU un projet de traité international interdisant le déploiement de tout type d’armes dans l’espace extra-atmosphérique. Ce projet a évidemment été rejeté par les USA qui ont relancé leur projet de bouclier anti-missile national.
Si le 9 juin 2008, le ministre russe des Affaires étrangères s’est opposé aux déclarations du vice-premier ministre israélien qui estimait inévitable et imminente une frappe militaire contre l’Iran, il ne faut pas se laisser tromper par le caractère de cette opposition : l’Iran est dotée de très importantes réserves pétrolières (10 % des réserves mondiales) et il est hors de question pour de nombreux concurrents de l’impérialisme américain, que ce dernier puisse s’approprier ce gâteau par la force ! C’est pourquoi l’impérialisme russe en a appelé au respect de la charte de l’ONU, reformulant le rêve kautskiste de la possibilité du règlement pacifique « des problèmes internationaux » sous l’impérialisme… Le 31 mai 2008, Poutine avait affirmé être « contre » la possibilité que l’Iran se dote de l’arme nucléaire. Et s’il a admis parfaitement justifié le développement de la filière nucléaire civile dans les « pays émergents », c’est à la condition que ces pays ne maîtrisent pas les processus technologiques permettant de développer le nucléaire à des fins militaires : pour lui, la solution est donc que « l'enrichissement de l’uranium se fasse dans des pays au-dessus de tout soupçon », possédant déjà l’arme nucléaire… Ainsi les pays impérialistes fourniront l’uranium enrichi destiné aux centrales et retraiteront le combustible usagé ! Beaux débouchés en perspective !
Si l’on observe de manière évidente un rapprochement étroit de Moscou et Pékin, il ne faut pas cependant perdre de vue que ce rapprochement dépend de la marche des affaires, et que les alliances se noueront et se dénoueront en conséquence. Moscou tend la main à tous ceux qui font les yeux doux à son pétrole.
Ainsi, depuis quelques années la question des îles Kouriles n'envenime plus les relations économiques et commerciales entre le Japon et la Russie, le Japon convoitant le pétrole russe. En février 2007, le stock des IDE japonais en Russie se montait à 2,5 milliards de dollars. Durant la période 2003-2006 le volume des échanges bilatéraux est passé de 6 à près de 14 milliards de dollars.
A la fin mai 2008, durant leur visite à Berlin, les délégués de l’impérialisme russe ont exposé aux dirigeants de l’impérialisme allemand leurs ambitions dans le secteur de l’aéronautique civile. La Corporation aéronautique unifiée russe, qui réunit une vingtaine de grandes sociétés (dont Suhkoï, MiG, Tupolev et Iliouchine), s'est fixée pour objectif de concurrencer Boeing et Airbus d’ici une décennie. Le consortium russe comptait alors déjà 73 commandes fermes de son nouveau moyen courrier Superjet-100 dont il espère doubler les commandes cette année. L’impérialisme russe, mangeant à tous les râteliers et profitant du boom des revenus des exportations pétrolières, semble ainsi reprendre du poil de la bête et prétend à nouveau jouer un rôle international de premier plan, ce dont témoignent également les événements récents dans les balkans.
Bref, entre la Russie et surtout la Chine, que l’avenir s’annonce difficile pour les pays impérialistes occidentaux !
Les Jeux Olympiques de Pékin, le Tibet et… la 'crise des subprimes' aux USA
Au premier abord, ces questions semblent n’avoir aucun rapport direct, du moins telles qu’elles sont traitées dans les médias (petit-) bourgeois. En fait, elles sont étroitement rattachées l’une à l’autre. La 'crise des subprimes' n’est que la partie émergée de l’iceberg, de l’endettement faramineux des ménages américains, de la stagnation de l’économie américaine, de son abyssal déficit commercial (qui grossit chaque année de centaines de milliards de dollars). A la mi-mars, suite à la socialisation des pertes des banques Northern Rock (GB) et Bear Stearns (USA) jugée nécessaire pour éviter l’effondrement du système financier mondial, A. Gurria et D. Strauss-Kahn, respectivement patrons de l’OCDE et du FMI, ont reconnu que la crise du système financier allait durer « longtemps » et avoir des « conséquences graves ». Selon A. Greenspan (ex-président de la banque centrale américaine) cette crise sera « vraisemblablement jugée comme la plus grave depuis la fin de la Seconde guerre mondiale » (AFP, 17/03). Effectivement, cette crise (dont le coût avait d’ores et déjà été chiffré à 945 milliards de dollars par le FMI le 8 avril) n’est pas la cause mais le produit de la stagnation de l’économie américaine. Pour R. Boscher, responsable de la gestion actions chez Groupama Asset Management, « on préfère ne pas parler de 'krach' parce que ce n'est pas une crise boursière, mais plutôt une crise économique et financière qui a un impact boursier très fort » (AFP, 17/03). Et effectivement, comme l’a reconnu G. W. Bush le 29 avril jugeant « très lente » la croissance de l’économie américaine au premier trimestre 2008, le risque de récession économique est très grand : les analystes tablent d’ailleurs sur un accroissement annuel de 0,5 % du PIB pour l’année 2008. En février, l’indice de la production industrielle de la région de New York avait baissé de 0,5 % par rapport à janvier.
Chez d’autres pays impérialistes, le constat est de plus en plus proche de celui des USA : l’endettement des ménages s’aggrave, la production industrielle et les salaires stagnent, alors il faut reprendre aux masses travailleuses les miettes « d’acquis sociaux » et les augmentations salariales qui leur avaient été accordées quelques décennies plus tôt pour acheter la paix sociale avec la complicité des partis ouvriers bourgeois (en France le P'C'F et les trotskistes) et conjurer la menace de la révolution socialiste. Ainsi la balance commerciale de la Grande-Bretagne est depuis longtemps dans le rouge, celle de l’impérialisme français l’est depuis trois ans, tandis que le Japon et l’Allemagne sont en sursis, mais subissent de plein fouet, sur un nombre croissant de marchés, la concurrence chinoise. En mars, la consommation des ménages français en produits manufacturés a baissé de 1,7 % par rapport à février. Fin avril le PDG de la chaîne de cafés américains Starbucks, fondée il y a une trentaine d'années, constatait un recul de 5 % des ventes, les consommateurs américains faisant de plus en plus attention à leurs dépenses alors que s’intensifie la crise économique : « L'environnement économique actuel est le plus faible dans l'histoire de notre compagnie ». A la mi-mars, J. Almunia, commissaire européen aux affaires économiques, a affirmé qu’il fallait « accélérer les réformes structurelles » nécessaires à une « économie mondiale très intégrée et concurrentielle » : « le bon temps économique est terminé ». Autrement dit, il faut amener les travailleurs à se serrer la ceinture afin de diminuer le coût de la force de travail pour regagner en compétitivité et freiner le déclin économique (dans le cadre national), tentative vaine dans la mesure où la bourgeoisie précipite ainsi la crise à l’échelle internationale en aggravant le problème des débouchés pour l’ensemble des pays bourgeois, car une baisse de la consommation dans les vieux pays impérialistes aura forcément un lourd impact sur l’économie des pays impérialistes eux-mêmes comme sur celle des pays dépendants et au premier chef des pays ateliers (ce n’est pas pour rien si on a observé un ralentissement de la croissance de la production mondiale d’acier au deuxième semestre 2007…).
Pour le moment dans beaucoup de vieux pays impérialistes, la production industrielle stagne, quand elle ne diminue pas tout simplement (- 1,4 % pour la production d’acier des USA en 2007 par rapport à 2006). A l’opposé, en 2007, la Chine a produit près de 16 % d’acier de plus par rapport à l’année 2006, soit 489 millions de tonnes (près de 37 % du total mondial et davantage que la production cumulée de ses 6 plus gros concurrents). Elle domine largement la plupart des secteurs de production de biens de consommation courante et s’attaque toujours plus aux secteurs d’industries de hautes technologies longtemps restés le terrain de chasse gardée de ses principaux concurrents impérialistes : automobile, aéronautique, informatique, aérospatiale, etc. Rien ne lui échappe ! Elle produit déjà ses propres microprocesseurs et réorganise son industrie automobile afin de créer un groupe « de classe mondiale » capable de commencer à concurrencer d’ici à 5 ans les plus gros monopoles étrangers (General Motors, Toyota, Volkswagen, etc.) Elle vient de construire son premier avion commercial moyen courrier qui concurrencera dès 2009 le brésilien Embraer et le canadien Bombardier et doit construire son premier prototype d’avion de ligne long courrier d’ici deux ans (destiné à concurrencer Airbus et Boeing). D’ici l’ouverture des Jeux Olympiques de Pékin, elle promet de faire rouler son premier TGV national de conception ultramoderne, rejoignant sur ce marché le club très restreint formé par le Japon, la France et l’Allemagne. Dans l’aérospatiale, elle a déjà lancé plus de 60 fusées et prévoit d’envoyer une mission sur la Lune dans les années à venir. Si aujourd’hui les concurrents de l’impérialisme chinois hurlent tout à coup en chœur pour faire « respecter les droits de l’homme au Tibet », c’est qu’ils y voient la dernière chance de déstabiliser leur puissant concurrent, à un moment où même la clique bourgeoise-compradore de Taïwan, sentant le vent tourner, donne des signes de détente à Pékin. Autant le dire clairement, cette tentative désespérée est vouée à l’échec, malgré l’oppression nationale inévitable qui sévit dans tout pays bourgeois multinational, la prospérité économique aidant l’impérialisme chinois à reléguer ces contradictions au second plan.
Dans les pays impérialistes dont les économies souffrent toujours davantage de la concurrence des marchandises 'made in China', là où est passée la flamme olympique, que ce soit à San Francisco, à Londres, à Paris, à Séoul, ou encore à Nagano, on a assisté à des manifestations anti-chinoises favorables à la clique bourgeoise-compradore en exil du Dalaï-lama. A Nagano, des centaines de militants nationalistes fiers du passé colonial du Japon ont donné leur soutien au Dalaï-lama aux cris de 'chinois dehors' en brandissant le drapeau impérial. Alors qu’à Paris une partie du PS (dont certains dirigeants comme S. Royal se disaient il y a peu encore favorables à un renforcement de la coopération avec la Chine) consacrait le Dalaï-lama 'citoyen d’honneur' de la ville, des manifestations anti-françaises éclataient en Chine, appelant au boycott de l’enseigne française Carrefour implantée en Chine. A l’inverse, dans les pays dépendants inclus dans la sphère semi-coloniale chinoise, le passage de la flamme s’est déroulé sans incident, comme à Hô-Chi-Minh ville ou à Pyongyang. Ainsi les bourgeoisies impérialistes ont commencé à monter à grande échelle les peuples les uns contre les autres, préparant les esprits à soutenir les guerres inter-impérialistes futures, car les dirigeants du monde impérialistes savent déjà que ces conflits sont inévitables dans une perspective proche : d’abord pour essayer de freiner la pénétration des capitaux chinois dans beaucoup de pays semi-coloniaux, ensuite pour tenter d’anéantir par la force militaire l’industrie de ce puissant et dynamique concurrent. C’est pourquoi on assiste déjà à des intimidations mutuelles de l’impérialisme chinois et américain concernant leur capacité à détruire les satellites adverses, c’est pourquoi l’impérialisme américain cherche à renforcer son contrôle exclusif sur les pays exportateurs de pétrole (au moyen des méthodes coloniales) tandis que l’impérialisme chinois, deuxième consommateur de pétrole, renforce son 'centre de gestion des réserves pétrolières', ayant pour but de faire passer ses réserves stratégiques de 12 millions de tonnes d’ici 2010 (1 mois d’importations) à 3 mois d’importations d’ici 2020.
La tâche des marxistes-léninistes est de ne soutenir aucun des blocs impérialistes rivaux en constitution, de dénoncer tous ceux qui préparent les peuples à se faire la guerre pour défendre les intérêts de 'leur' bourgeoisie impérialiste, et d’affirmer qu’il faudra déclarer la guerre à la guerre, c’est-à-dire avant tout à notre propre bourgeoisie, comme les bolchéviks le firent victorieusement pendant de la première guerre inter-impérialiste de 1914-1918, brisant le front de l’impérialisme mondial et ouvrant l’ère des révolutions socialistes et de la libération des travailleurs du joug du Capital.
Crise alimentaire mondiale : causes et effets
Le constat
Entre septembre 2006 et février 2008, en Europe, les prix du blé et des produits laitiers ont augmenté respectivement de 96 et 30 %. Selon la FAO, le cours mondial des céréales a évolué comme suit durant la période janvier 2007-mars 2008 : le prix de la tonne de riz est passé de 318 à 577 dollars, celui du blé de 209 à 382 dollars et celui du maïs de 166 à 233 dollars. Cette hausse spectaculaire a cependant eu un impact limité sur l’inflation et le coût de la vie de la majeure partie de la population des vieux pays impérialistes, malgré la paupérisation croissante des masses populaires. Il en va tout autrement dans les pays dépendants les plus tributaires des marchés internationaux quant à leur approvisionnement alimentaire, d’autant que dans ces couches de la population mondiale, le budget alimentaire représente la plus grande part des dépenses. L’indice des prix mondiaux du riz, inférieur à 100 durant la période 2000-2004, a augmenté ensuite pour frôler 250 en mars 2008, soit une multiplication de prix par 2,5 en quatre ans. Rappelons que le riz est l’aliment de base pour la moitié la plus pauvre de la population mondiale, population qui consacre plus de la moitié de son budget à l’alimentation (parfois 80 %).
Selon la FAO, 36 pays sont aujourd'hui confrontés à des crises alimentaires dont la gravité est proportionnelle à leur degré de dépendance vis-à-vis de marchés internationaux où les prix s'envolent. Ces prix s’envolent d’autant plus que la marge de manœuvre est étroite : l’année passée, seuls 16 % de la production mondiale de blé ont été échangés sur le marché mondial, 7 % pour celle de riz et 8 % pour celle de produits laitiers. En Egypte, les importations représentent 30 % de la consommation céréalière, 50 % au Sénégal, 70 % en Mauritanie, etc... Tous les pays déficitaires ont vu leur facture alimentaire exploser ces deux dernières années. Ainsi, selon la FAO, après avoir augmenté de 37 % durant la période 2006-2007, la facture d’importation des céréales des pays les plus pauvres devrait augmenter de 56 % en 2007-2008.
Marx remarquait déjà dans son ouvrage Misère de la philosophie que la production capitaliste aboutissait à la substitution de produits toujours plus misérables dont la production demande le moins de temps de travail possible : la pomme de terre remplaçait par exemple de plus en plus le pain : « l’économie prévalut, elle dicta ses ordres à la consommation », ceci « parce que, dans une société fondée sur la misère, les produits les plus misérables ont la prérogative fatale de servir à l’usage du plus grand nombre ». En effet, sous le capitalisme l’usage des marchandises n’est pas déterminé par l’utilité sociale, mais par la course au profit maximal, par la nécessité de ramener les salaires au niveau physiologique minimal. Ces considérations de la production capitaliste, on les retrouve appliquées de la manière la plus explicite dans les pays dépendants coloniaux et semi-coloniaux où les produits les plus misérables remplissent cet office. Par exemple, la farine de blé comporte en moyenne 12 % de protéines, la farine de maïs 10 % et la farine de riz seulement 8 % (à titre de comparaison, les flocons déshydratés de pomme de terre en comportent également 8 %). Ces différences ne sont pas de peu d’importance dans une alimentation principalement basée sur la consommation de céréales. Si l’on peut à la rigueur admettre que le continent asiatique soit le berceau de la culture et de la consommation du riz (encore que le développement du capitalisme ait bouleversé de nombreuses traditions, culinaires incluses), on ne peut nier que le riz importé (qui constitue la base de l’alimentation des populations africaines) ait pendant longtemps répondu parfaitement à cette fonction sociale si bien décrite par Marx… En effet, dans nombre de pays dépendants et notamment africains, sa consommation s’est substituée à celle des céréales locales (notamment le mil et le sorgho) qui étaient pourtant d’un bien meilleur apport nutritionnel. Le recul rapide de la culture de ces céréales à partir des années 1960 a été provoqué par le choix les choix économiques des cliques bourgeoises-compradore de ces pays (qui ont tout misé sur les cultures d’exportations) ainsi que par la stratégie de dumping des pays impérialistes (subventionnement massif de leur agriculture) qui ont entraîné le déclin des cultures vivrières et la dépendance alimentaire croissante de nombreux pays dépendants. Or aujourd’hui, dans les pays dépendants où l’immense majorité de la population constitue l’armée de réserve du Capital international, les produits d’importation les plus misérables deviennent eux-mêmes des produits de luxe. La soumission des économies de ces pays (calquées sur le modèle économique colonial où les pays dépendants fournissent à l’économie des métropoles des matières premières) est telle que pour l’immense majorité de la population, deux repas quotidiens de riz doivent désormais de plus en plus laisser la place à un unique repas de riz ! Telle est la valeur de la vie humaine quand l’entretien minimal du réservoir de forces de travail n’est même plus assuré !
Les causes
Il faut d’abord distinguer les facteurs structurels jouant de manière permanente, de ceux conjoncturels et temporaires venant renforcer l’action des premiers.
Parmi les facteurs structurels, le plus important est la croissance rapide de l’impérialisme chinois. En effet la forte demande de celui-ci en matières premières industrielles et agricoles tend à augmenter la pression sur les marchés d’échanges internationaux en les maintenant en état d’instabilité et de flux tendu. La hausse importante du prix de l’énergie, des minerais et des métaux est directement imputable à ce mouvement. La hausse du prix des denrées alimentaires, elle, est déterminée seulement en partie par ce mouvement : depuis 2000, sept des huit récoltes mondiales de blé se sont révélées déficitaires. Il faut dire que la consommation des céréales a fortement augmenté en Inde et surtout en Chine, où l’émergence d’une 'classe moyenne' dope la consommation de viande dont la production nécessite de grandes quantités de céréales. Durant la période 1990-2007, la consommation chinoise de viande de porc est passée de 23 à 45 millions de tonnes, celle de poulet de 2 à près de 12 millions de tonnes et celle de bœuf de 1 à 7 millions de tonnes. Or depuis plus de dix ans, la production céréalière chinoise stagne. Dans de nombreux pays, l’agriculture intensive bourgeoise appauvrit et détruit annuellement les sols de millions d’hectares de surfaces cultivées, les surfaces et les rendements ont donc tendance à stagner quand ils ne se réduisent pas. Selon les chiffres publiés par la FAO en avril 2008, la production dernière récolte mondiale de céréales s’est montée à 2,11 milliards de tonnes (dont la moitié est constituée par le blé et le riz), alors que la demande mondiale était estimée à 2,13 milliards de tonnes. Les stocks de blé des USA sont au plus bas depuis 60 ans tandis que selon la FAO les stocks mondiaux de céréales pour la campagne 2007-2008 devraient se monter à seulement 405 millions de tonnes, leur niveau le plus bas depuis 25 ans. Cependant, il est également évident que la légère inadéquation entre l’offre et la demande n’est pas le seul facteur provoquant la hausse importante du prix des denrées agricoles. En effet, la hausse des prix de nombreux facteurs de production rentrant dans le processus de production des marchandises agricoles a un effet amplificateur : la hausse des cours du pétrole détermine la hausse du prix de toutes les marchandises entrant dans le processus de production (intrants) et de distribution utilisant cette énergie. Ainsi, le prix des engrais azotés a augmenté de 350 % depuis 1999. Le prix du baril de pétrole sur le marché mondial qui est passé de 25 dollars en 2002 à près de 140 dollars ces dernières semaines. Rappelons qu’après avoir été assez stable durant la période 1947-1972 à moins de 20 dollars le baril, le prix du baril avait atteint son pic en 1981 (70 dollars) avant de redescendre à une moyenne de moins de 25 dollars le baril durant les années 1986-2002. La hausse historique et sans précédent des cours du pétrole des dernières années suit comme une ombre l’essor économique fulgurant de l’impérialisme chinois.
Parmi les facteurs structurels, on peut également compter la substitution croissante de cultures destinées à la filière des « biocarburants » aux assolements destinés aux cultures vivrières. Ainsi, le 24 mars 2008, le patron de Ne