TRIBUNE DE LA JEUNESSE MARXISTE-LENINISTE

Les excellents articles qui suivent ont été rédigés par de jeunes camarades sympathisants et publiés pour la première fois sur le blog Progrès humain. Cette page est ouverte à tout camarade désireux de contribuer. Les articles proposés peuvent appartenir aussi bien au registre de la théorie, qu'à celui de l'histoire ou enfin à celui de l'actualité immédiate.

Sommaire :

A propos du révisionnisme du P"C"F - "ML"M (juin 2016)

L'éclaireur n°3 - Mars-avril 2016   --- L'éclaireur n°4 - Avril-mai 2016

L'éclaireur n°2 - Novembre 2015-mars 2016 (journal de la jeunesse communiste marxiste-léniniste ; c'est le "brise-glace qui va frayer la voie aux idée nouvelles")

Sortie de crise : le communisme la seule voie ? Réforme ou révolution ? (PH, 14/02/2015)

Prix Nobel de la Paix 2014 : « Seul le socialisme nous sauvera » (PH, 15 novembre 2014)

Le communisme et les fameux 100 millions de morts : une manipulation (PH, 15 novembre 2014)

La situation des « jeunes », révélateur de l’état général de la société (PH-AW1, 7 novembre 2014)

La guerre civile en Turquie et l’anniversaire d’Erdal Eren (PH, 24 septembre 2014)

Fascisme, guerres et impérialisme : la fin des méthodes "démocratiques" (PH-AW1, 28 août 2014)

Adam Smith : Méfiez-vous des capitalistes ! (PH, 28/04/2014)

Hitler n’était pas socialiste (PH, 08/07/2013)

 

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Sortie de crise : le communisme la seule voie ? Réforme ou révolution ?

« Vous voulez les misérables secourus, moi je veux la misère supprimée. » (Victor Hugo)

« Ce n’est pas une miette de pain, c’est la moisson du monde entier qu’il faut à la race humaine, sans exploiteur et sans exploité. » (Louise Michel)

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Réforme ou révolution ? En ces temps de crise et d’austérité la question mérite d’être posé, et j’y tenterai d’y répondre.

En régime capitaliste la crise systémique commence habituellement par la surproduction de marchandises. Pendant ce temps une quantité de personnes manquent de l’essentiel ou du minimum vital, mais par définition ils ne forment pas un marché : ils n’ont pas de pouvoir d’achat suffisant. Le marché solvable se rétrécit par les prélèvements de l’Etat (taxes, impôts…) et la baisse des dépenses publiques destinées aux désœuvrés, les entreprises parviennent de moins en moins à écouler leurs marchandises.

Le capitaliste s’engage à augmenter la productivité du travail seulement lorsqu’il s’agit de diminuer le coût du capital variable (masse salariale), produire plus, abaisser les coûts et espérer capter des parts de marché, mais le concurrent ne voulant pas se laisser dominer est obligé de faire pareil pour pouvoir rester sur pieds, les conséquences sont une baisse du taux du profit car les machines sont payés dans leur intégralité alors que les travailleurs ne sont rémunérés que partiellement par rapport à la valeur qu’ils créent, la plus-value que génère le travailleur et qui est appropriée par le capitaliste, source du profit, baisse et ce faisant une partie des ouvriers sont rendus superflus du fait de leur trop grande productivité, d’où les licenciements, et dans l’usine concurrente c’est au contraire la trop faible productivité de l’ouvrier qui le congédie. La hausse de la productivité du travail implique la hausse de la composition organique du capital, ce qui équivaut à une baisse du taux de profit. Au final on se retrouve avec une quantité globale de production accrue avec en face une demande réduite, ou dans le meilleur des cas qui n’a pas augmenté aussi rapidement, le travail étant perçu comme un coût à réduire plutôt que comme acheteur potentiel. On assiste à un effet amplificateur : les entreprises ne vendent plus, les profits chutent, les salaires baissent, les entreprises font faillite, le chômage augmente ce qui réduit à son tour la demande… C’est la crise de surproduction au milieu des privations et la loi de la baisse tendancielle du taux de profit. Le problème avec le capitalisme c’est qu’il a un fonctionnement anarchique, sans autorité planificatrice, guidé par la « main invisible » sensible au profit individuel, maximum et immédiat.

Pour tenter de dépasser ces problèmes de surproduction les entrepreneurs misent alors sur les exportations et la conquête des marchés extérieurs (par la guerre s’il le faut), la hausse de la demande liée à la consommation parasitaire des riches et les dépenses improductives telles que l’armement, utiles autant pour diminuer la proportion des biens de consommation en surproduction que pour dynamiser la demande car engage de la main d’oeuvre. Une part croissante du revenu national est ainsi consacré aux branches non-productives comme les services au détriment du volume d’accumulation sous-dimensionné par rapport aux besoins de la société.

Exemple du Japon, représentatif de l’ensemble des pays capitalistes occidentaux :

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Source : blog de Michael Roberts

Contrairement à ce que disent les médias la crise de 2008-2009 n’est pas née d’un simple « accident » financier sans lien avec l’économie « réelle », elle est fondamentalement liée au capitalisme. On a affaire à un capital ne parvenant plus à produire de la plus-value, du fait de la surproduction caractérisée par la forte hausse de la productivité, qui se transforme et se retrouve dans la sphère financière, improductive, et tente de se valoriser en s’appropriant une plus grande partie de la plus-value produite dans la sphère industrielle. Il était devenu bien plus rapide, simple et nécessaire de faire marcher la planche à billet que de démarrer un nouveau cycle économique à l’usine. Or, ce capital financier spéculatif n’est pas basé sur la création de richesses réelles (marchandises) et n’a pas de véritable valeur commerciale, ce qui est mis au goût du jour lors de l’éclatement de la bulle financière, une autre preuve que seul le travail crée la richesse. Ce n’est qu’un immense tas spéculatif qui est parti en fumée lors du dernier krach financier et qui partira également en fumée lors du prochain krach avec des dégâts dramatiques.

La financiarisation de l’économie s’est accompagnée d’une large augmentation de la masse monétaire en circulation au point qu’aujourd’hui l’argent produit l’argent sans passer par le circuit de production, ce qui n’est pas viable à terme. Trop d’argent se trouve à suivre (représenter) trop peu de marchandises réelles (qui sont en plus en état de surproduction) ce qui dévalue cette marchandise particulière qu’est l’argent. Au final ce qui nous attend c’est l’Allemagne des années 1920 et la fameuse brouette…

Si une telle méthode était payante à long terme on se demande pourquoi les capitalistes continueraient de produire des marchandises à vendre, il est infiniment plus facile de spéculer sur les marchés financiers que de faire produire des marchandises. Et c’est ce à quoi nous assistons aujourd’hui, ce qui prépare les conditions pour le prochain krach boursier car il n’y a aucune production de valeur supplémentaire en contrepartie et les économistes en herbe n’y peuvent rien.

Quand les banques centrales auront totalement submergé les marchés de monnaies fictives il sera temps de dévaluer plus fortement cette monnaie de singe voir d’émettre de nouvelles monnaies afin de recommencer ce cycle vicieux d’accumulation sans reproduction élargie du capital. Une partie des capitalistes auront déjà quitté nos pays avec leurs moyens de production et, le capital monnaie n’ayant plus de valeur, les travailleurs auront tout perdus. Le cycle reprendra jusqu’à ce que vous ayez décidé de renverser ce système qui fait son temps.

Nous sommes actuellement dans la phase impérialiste du capitalisme, c’est-à-dire l’économie capitaliste mondialisée et financiarisée, lorsque les banques s’approprient tout le tissu économique, Lénine avait déjà tout prévu il y a un siècle. Le capital se concentre dans les mains des capitalistes toujours moins nombreux ce qui ajoute une justification supplémentaire à sa collectivisation.

Il faut comprendre que l’objectif fondamental du capitalisme n’a jamais été de satisfaire des besoins mais d’accumuler du profit, peu importe les moyens et les conséquences.

L’économiste italien Domenico Moro s’est penché sur la question de la surproduction au moment de la crise, depuis les années 1980 les pays dits développés ont enregistré un déplacement des salaires vers le profit dans le partage de la « valeur ajoutée » et la productivité du travail s’est considérablement accru. L’automobile est un cas emblématique, dans lequel, selon les mots de l’administrateur délégué de Fiat « la surcapacité productive est un problème général ». En 2009 la production automobile américaine fonctionnait à à peine 45% de sa capacité productive… C’est aussi pour cette raison que l’Etat fédéral et la Fed avaient incité les ménages, mêmes les plus pauvres réputés non-solvables, à emprunter avec des taux d’intérêts très faibles, notamment pour l’acquisition de maisons car la propriété immobilière fournissait une garantie pour l’achat de biens de consommation comme l’automobile, et cela a effectivement dopé la demande de biens de consommation, mais n’a fait que déplacer temporairement le problème sans le régler.

Comprendre la source réelle de la crise que nous vivons permet de mieux appréhender la question de départ.

Dans une économie capitaliste les revenus des salariés n’augmentent jamais aussi vite que la productivité et le niveau de production. Au contraire, dans une société socialiste les niveaux de production et de consommation évoluent mécaniquement en harmonie.

Des exemples contemporains il y en a à n’en pas compter, l’exemple de l’automobile est particulièrement frappant ; on rapportait en avril 2013 l’existence dans plusieurs pays du Nord d’énormes « cimetières » clairement visibles sur Google maps composées de millions de voitures presque neuves qui n’ont pas été vendus [1]. On peut aussi parler de la nécessaire coordination entre les différences unités de production interdépendantes dont le manque peut provoquer des instabilités locales ou des crises systémiques en régime capitaliste. L’essentiel des maux du capitalisme viennent de l’absence de planification et de coordination d’ensemble.

Avec la prise en considération de ces défauts évidents il est étonnant que les capitalistes accusent d’irrationnelle la production socialiste. Ce genre de déséquilibres n’ont plus lieu d’être dans une économie planifiée.

La portée de la social-démocratie

Aujourd’hui il est indéniable que les conditions de vie difficiles et précaires explosent dans les pays dits développés et que les travailleurs sont soumis à une paupérisation absolue tandis que de l’autre côté les riches ne finissent plus de s’enrichir. L’ont-ils mérité ? Absolument pas, tout est basé sur l’exploitation du travail salarié, véritable producteur de richesses, et les « profits » financiers tout aussi parasitaires. 10% de la population possède 86% des richesses mondiales, parmi ces sur-privilégiés quelques individus (85) qui rentreraient dans un bus à deux étages sont aussi riches que la moitié de la population mondiale et certains Etats, le chiffre d’affaire de la tristement célèbre firme de distribution Wal-mart est équivalent au PIB de la Norvège, et bien sûr seule la poignée d’actionnaires de cette entreprise profite du travail collectif qui l’a fait tourner, tout en versant des salaires de misère à ses esclaves-salariés. Qui oserait justifier cela sérieusement ? Aujourd’hui dans le pays du capitalisme, les Etats-Unis, des images de milliers de nord-américains sans issue faisant la queue pendant des heures pour avoir un peu de nourriture gratuite sans la garantie qu’il reste quelque chose pour les derniers n’étonneront plus (au moins 35% des américains sont sous aide sociale) [2]. Dans le pays du capitalisme le revenu médian a baissé de 5% entre 2010 et 2013 et 5% de sa population vit avec moins de deux dollars par jour [3], et une étude publiée en juin 2013 par l’Associated Press révélait que le chômage, la précarité et la dépendance aux indemnités sont des problèmes pour 80% des adultes des USA pendant au moins une partie de leur vie (naturellement les classes populaires, mais aussi une grande partie de la « classe moyenne » déclinante) [4], en France pour les 20% des ménages les plus pauvres les « dépenses contraintes » (logement, énergie, transport) représentent 75% du budget et selon un sondage de 2014 66% des français disent connaître au moins une personne en situation de pauvreté dans leur famille ou dans leurs connaissances, un chiffre en hausse de 10 points par rapport à 2007 [5]. Le chômage dépasse les 10% et il y en a toujours pour dire que « le capitalisme marche »… en attendant les inégalités sont spectaculaires et n’ont jamais été aussi élevées, à titre d’indication les revenus des PDG ont augmenté de près de 1000% depuis la fin des années 1970 et l’Etat-Providence s’est montré impuissant, les dividendes versés par les entreprises ont quasiment doublés entre 2000 et 2012, la crise n’existe pas pour tout le monde, on a récemment révélé que les surgelés Picard allaient augmenter leur dette de 88% pour payer un dividende de 600 millions d’euros. Le capitalisme marche sur la tête et ne permet pas une hausse durable du niveau de vie pour le grand nombre.

Les keynésiens et les libéraux ne sont qu’une fausse opposition, ce sont deux faces d’une même pièce. Denis Clerc, le fondateur de la revue très faussement nommée Alternatives économiques, écrit : « Depuis l’écroulement du socialisme, nous n’avons plus le choix, si tant est que nous l’avons jamais eu. Il nous faut vivre avec le capitalisme. Donc tenter de le rendre plus acceptable et plus juste, moins gaspilleur et moins pollueur ». Il s’agit « non pas de révolutionner le monde, mais de l’humaniser partout où c’est possible » [6].

Ce sont les fameuses « alternatives » que nous préparent nos keynésiens… Plus clairement formulé cela donne ni plus ni moins : « Contentez-vous du capitalisme et ne revendiquez pas la fin de l’exploitation » ! Les sociaux-démocrates ne peuvent aller au-delà du fameux TINA (« There is no alternative ») de Tchatcher : pas d’alternative à la loi du profit, au marché, au capitalisme… Même si on peut saluer le minimum d’honnêteté de Clerc à propos de sa nette volonté de conserver le capitalisme, car d’autres comme lui s’imaginent tant bien que mal œuvrer pour une « troisième voie » imaginaire entre capitalisme et socialisme (Hitler, Mussolini, De Gaulle…), qui n’est toujours qu’un trip de capitalistes qui ne s’assument pas, là où les sociaux-démocrates sont très critiquables c’est qu’ils réduisent le capitalisme à un simple problème de répartition des richesses (sans trop forcer sur la « répartition » non plus !) et qu’il est illusoire de prétendre « humaniser » la société sans en changer les bases sociales et toucher aux rapports de production capitalistes actuels, pour faire disparaître les inégalités et les instabilités du système capitaliste on agit à la source : on abolit la propriété privée des moyens de production. Sinon on entre dans l’idéalisme et les thèses des socialistes-utopiques du XIX° siècle comme Proudhon qui rêvait d’un « socialisme » d’artisans ! En 1982 les marxistes-léninistes français observaient :

« Dans une vieille société capitaliste comme la notre, la classe ouvrière a accumulé une riche expérience dans la lutte contre le capital et il n’est pas facile de la tromper sur la nature du système capitaliste. La propagande de la bourgeoisie sur les mérites et les bienfaits du capitalisme n’influence qu’une fraction insignifiante de la classe ouvrière. C’est la raison pour laquelle les efforts principaux des sycophantes du capital sont destinés à jeter le discrédit sur le socialisme, à convaincre le prolétariat que le système capitaliste, même s’il n’est pas bon, est pourtant le meilleur et qu’il est vain de lutter pour un système « encore pire », le socialisme. » [7]

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Pour les réformistes l’Etat tel que nous le connaissons peut se mettre au service des travailleurs et des capitalistes en même temps, sans distinction. Dire cela c’est d’abord ne pas connaître quels sont les véritables intérêts de la classe ouvrière mais c’est aussi ignorer les mécanismes même de l’Etat capitaliste, par exemple on sait que pendant les crises l’Etat met en oeuvre d’énormes subventions en tout genre pour essayer de sauver les banques et les grandes entreprises de la faillite, c’était le cas au début des années 1930 comme en 2009 et c’est bien sûr les travailleurs et les gens ordinaires qui payent l’addition, seuls les « libéraux » font mine de s’opposer à cette politique (tout en sachant qu’ils ne peuvent pas se permettre de ne pas agir dans la réalité). Mais heureusement les sociaux-démocrates sont là pour sauver l’honneur ; ce n’est pas un Etat de classe, bourgeois, c’est « l’Etat de tout le peuple » !

Les adoucissements à l’exploitation sont depuis un certain nombre d’années perçues comme inutiles par la bourgeoisie et son Etat, le danger communiste ayant disparu il n’y a plus de raisons de les conserver, ils ne « servent » désormais plus qu’à endommager la compétitivité et les précieux profits des capitalistes. Emmanuel Macron, le nouveau ministre de l’Economie et banquier d’affaires chez Rothschild, avait dit lors d’un entretien en octobre 2014 : « C’est le moment pour la France de repartir à l’offensive. L’Europe a besoin d’un New Deal : la France s’engage à poursuivre et même à intensifier ses réformes […]. Demandez aux entreprises si rien n’a changé ! Beaucoup de réformes ont été votées et engagées : le Cice (Crédit d’impôt compétitivité emploi, NDR), le pacte de responsabilité et de solidarité, l’accord de janvier 2013 sur la sécurisation de l’emploi. L’Etat, la sécurité sociale et les collectivités font des efforts considérables pour réduire nos dépenses publiques de 50 milliards en trois ans… C’est historique ! Faire changer les choses, c’est toujours prendre un risque. C’est comme rentrer dans la vallée de la Mort : jusqu’au dernier moment, on ne sait pas quand on va en sortir ; mais la pire des erreurs est de faire marche arrière. Nous avons six mois pour créer une nouvelle donne en France et en Europe. » [8]

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Macron en compagnie de Montebourg

C’est officiel, le gouvernement « socialiste » d’Hollande, qui était censé lutter contre les « riches » et le « monde de la finance », fait pire que son prédécesseur en matière d’écroulement social et de cadeaux au patronat et contribue à montrer que le classement gauche/droit n’a aucun sens. Un Etat impuissant face aux délocalisations de l’industrie (qui n’a jamais été « nationale » en régime capitaliste), un Etat qui préfère intensifier l’exploitation des travailleurs, baisser les indemnités, les adoucissements à l’exploitation, pointer du doigts les fraudes des individus aux prestations sociales alors que les fraudes des entreprises (fraude fiscale ou fraude aux cotisations sociales) représentent… 6 fois plus ! Mais ça il ne faut pas toucher !

Et bien vous l’avez votre « le changement c’est maintenant » tant promis ! Travailleurs, salariés, vous n’avez rien à attendre de ces « élus » corrompus qu’ils soient de gauche ou de droite, ils ne sont rien de plus que des employés des capitalistes faisant mine de vous représenter.

Dans les années de guerre froide les « lois sociales » et les « avantages » financés par l’exploitation coloniale de l’Afrique et faites sous l’aval du patronat n’ont jamais été contesté, le but était de garantir un niveau de vie plus attrayant qu’à l’Est. Ce n’est qu’à partir des années 1980, avec la décomposition de plus en plus visible des pays se réclamant du communisme, qu’elles ont été rejetées. Et une fois l’URSS officiellement liquidée, c’est le début de la dégringolade, l’exemple le plus frappant est l’Allemagne : 25 ans après la chute du mur de Berlin on a assisté à une baisse drastique des revenus à l’Ouest et la disparition des protections collectives à l’Est, notamment traduites par une baisse générale de l’espérance de vie. Mais les capitalistes sont conscients qu’il faut procéder le plus minutieusement possible. En 1996 un rapport de l’OCDE, au départ confidentiel, affirmait qu’il était effectivement temps pour les « pays développés » d’accélérer la libéralisation financière et la destruction des adoucissements à l’exploitation et soulignait qu’il fallait dans la mesure du possible privilégier les ajustements structurels (sur le long terme) aux mesures de stabilisation (brutales) afin de limiter le mécontentement social : « Cette distinction entre la stabilisation et l’ajustement structurel est politiquement importante. En effet, le programme de stabilisation a un caractère d’urgence et comporte nécessairement beaucoup de mesures impopulaires puisque l’on réduit brutalement les revenus et les consommations des ménages en diminuant les salaires des fonctionnaires, les subventions ou l’emploi dans le bâtiment. En revanche, les mesures d’ajustement structurel peuvent être étalées sur de nombreuses années et chaque mesure fait en même temps des gagnants et des perdants, de telle sorte que le gouvernement peut s’appuyer facilement sur une coalition des bénéficiaires pour défendre sa politique. » [9]

La loi de la baisse tendancielle du taux de profit décrite par Marx motive aussi ce processus. Les profits des entreprises ont baissé structurellement (effet amplifié par la crise), elles dépendent essentiellement des renflouements des banques, qui dépendent elles-mêmes des perfusions de l’Etat. On ne peut pas forcer les capitalistes à partager, cette politique n’est pas valable et ne l’a jamais été.

Aujourd’hui la masse salariale ne représente qu’une petite partie du coût de production total, il devient de plus en plus difficile d’accroître la plus-value relative (mécanisation) conformément à la loi de la productivité décroissante, il ne reste donc plus qu’à accroître la plus-value absolue (baisse des salaires, allongement du temps de travail, intensification du travail) mais celle-ci se heurterait à des problèmes sociaux.

Les faibles hausses de la productivité des dernières décennies, la baisse des taux de profit, la quasi-stagnation des salaires et l’inflation ont fait chuter les revenus de l’Etat bourgeois, d’où la nécessité de l’austérité pour suivre la baisse des revenus publics et restaurer les taux de profit mis à mal par la crise de surproduction.

L’austérité n’est pas la cause de la crise mais la conséquence, c’est le stade incontournable où le capitalisme contemporain devient encore plus dur avec les travailleurs et où l’Etat-Providence se transforme en Etat-Policier.

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Le nouveau visage de la Grèce. Tant de misères dans ce monde… 

Depuis la seconde moitié du XIX° siècle les actionnaires des grandes entreprises confient même leur tâche de gestion de l’entreprise à des salariés que sont les managers et prennent de moins en moins de « risques » (même si l’entreprise ne fait pas de profit et que les investissements sont en baisse les dividendes sont toujours versés, voir augmentés) et provoquent des effets négatifs pour la société (ainsi on délocalise, on licencie, on presse les salaires et les travailleurs comme des citrons). Les propriétaires du capital et les banquiers font littéralement de l’argent en respirant et les managers sont toujours plus grassement payés. Le plus « étonnant » est que, selon une étude américaine, les patrons les mieux rémunérés sont également les moins performants [10]. Pendant ce temps-là les ouvriers sont exploités et privés du droit au contrôle du fruit de leur labeur, mais cela n’intéresse pas les réformistes.

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Ce ne sont pas les sociaux-démocrates qui pourront s’occuper de cette situation déplorable et encore moins fournir une « alternative », ils n’ont pas les moyens (ni la volonté) de surmonter les contradictions du capitalisme, ils ne peuvent permettre une lutte efficace contre les inégalités de tous types. Ils se posent en défenseurs des travailleurs, ils cherchent en réalité à perpétuer leur asservissement en prônant la collaboration de classes, en souhaitant harmoniser des intérêts par nature contradictoires, le but est de faire croire que le capitalisme peut être « modéré » et « planifié », que les ouvriers privés du produit de leur travail ne sont plus exploités car ils ont reçu quelques miettes de plus. Les fascistes, en plus des méthodes social-démocrates classiques, ont également tenté de balayer la lutte des classes en mettant en avant la lutte des « races » (ou du moins des cultures) ainsi que le culte de la patrie et/ou de la religion afin de dresser les travailleurs les uns contre les autres et faire oublier leurs véritables ennemis communs, aujourd’hui c’est la théorie du choc des civilisations qui entre en jeu, entretenue par les élites et les mouvements d’extrême-droite.

Ils omettent le fait que la mondialisation et la financiarisation de l’économie capitaliste sont des processus intrinsèques du développement capitaliste et ne sont pas des inventions de quelques théoriciens. C’est pour évacuer les problèmes de surproduction, la recherche de profits accrus et plus simples, les difficultés structurelles accrues à valoriser le capital productif et à produire de la plus-value qui ont conduits à ces phénomènes. Comme le montre par exemple l’économiste marxiste québécois Robert Bibeau ces phénomènes, notamment la financiarisation, sont inscrits dans les gênes du capitalisme et le seul moyen de se débarrasser de leurs maux est une sortie pure et simple du capitalisme, dans son livre Le déclin de l’impérialisme contemporain (2014) il résume :

« Contrairement à ce que prétend la pseudo-gauche réformiste, cet aboutissement n’est pas voulu ni souhaité par les banquiers. Ce résultat inespéré est la conséquence des lois de fonctionnement obligées de l’économie capitaliste tétanisée – la loi de la propriété privée des moyens de production – la loi de la recherche du profit maximum – la loi de la dégradation de la composition organique du capital – la loi de la baisse du taux social moyen de profit – et la loi de l’enrayement du processus de valorisation du capital et de sa reproduction élargie. Nul économiste, ni chef politique, ni capitaliste, ni pseudo-socialiste ne peut empêcher ces lois d’orienter l’économie capitaliste-impérialiste vers la crise dont les capitalistes chercheront un jour à s’extirper en engageant la destruction de forces productives et de moyens de production par une crise systémique qu’ils ne maîtriseront pas, ou pire, par une guerre génocidaire. »

Il est important de s’en rendre compte : il n’y a pas de « bon » et de « mauvais » capitalisme, c’est se voiler la face que de parler de « capitalisme financier » (donc sous-entendre qu’il y aurait un capitalisme qui ne le serait pas). Le capitalisme en est arrivé là naturellement et il est impossible de faire marche arrière.

Comme l’a bien résumé le KKE à propos de Syriza, « en limitant sa critique au soi-disant « capitalisme néolibéral », SYRIZA encourage la création des illusions parmi les travailleurs qu’il peut y avoir un autre « bon » capitalisme » [11] et ainsi sauver le capitalisme en général. Son « voisin » turc du Front Populaire (Halk Cephesi) commentait sa victoire récente comme-ci : « Le réformisme, c’est ce qu’on appelle intégrer les masses travailleuses au système en jouant avec leurs espoirs et en sapant leurs rêves » [12], c’est rendre inoffensive la colère populaire.

Contrairement aux idées reçues ce n’est pas le CNR qui a introduit les « acquis sociaux » mais cela a clairement commencé sous le régime de Pétain dans l’optique fidèle aux fascistes de réconciliation des travailleurs et des patrons pour briser la lutte des classes. Ces « acquis sociaux » ont été décrété par l’oligarchie elle-même comme l’a fait Bismarck en son temps pour contrer la montée du mouvement ouvrier en Allemagne, selon ses propres mots : « Mon idée était de persuader – ou devrais-je dire de corrompre – la classe prolétarienne pour qu’elle voie en l’État une institution sociale érigée pour elle et veillant à son bien-être. » [13]. La social-démocratie a été un produit de la bourgeoisie libérale pour continuer à dominer la classe laborieuse, pour l’empêcher d’aller vers le communisme et la libération sociale, en leur distribuant des aides diverses comme on donne le sucre à son chien. Les capitalistes pouvaient ainsi continuer à faire fructifier leur capital et leurs privilèges en toute tranquillité, en achetant le calme des pauvres. Lloyd Blankfein, le PDG de Goldman Sachs, l’a compris lorsqu’il appelait à réduire les inégalités qu’il juge « responsables des divisions dans le pays » (comprenez intensification de la lutte des classes !)… ou quand les grands capitalistes appellent explicitement la « vraie gauche » (les marionnettes de type Montebourg ou Mélenchon) afin d’affermir l’ordre capitaliste en calmant les tensions sociales et embrouiller les travailleurs [14]. Blankfein adopte ici la méthode prudente et subtile, qui est loin d’être partagé par tous les capitalistes, qui ont au contraire une tendance de plus en plus poussée à favoriser la répression d’Etat pour éviter à devoir faire quelques compromis, le traité de Lisbonne (2007), par exemple, intervient à cet égard en légalisant le meurtre des manifestants [15].

L’étatisation de l’économie de marché n’a jamais eu pour but de l’affaiblir mais de la renforcer, dans le modèle social-démocrate les entreprises d’Etat sont subordonnés aux entreprises privées, elles ont pour but de catalyser le commerce privé, par exemple en France EDF distribue sa production à un prix inférieur aux trusts. Il n’y a pas d’entreprises et de sociétés « mixtes » à moitié socialiste à moitié capitaliste, ce qui fait d’une entreprise son caractère socialiste ou capitaliste c’est l’environnement sociétal dans lequel elle est, s’il s’agit d’une dictature du prolétariat ou pas…

Une nationalisation bourgeoise n’a évidemment rien à voir avec une nationalisation socialiste, les revenus de la première vont à cet Etat qu’est l’organe exécutif des capitalistes endetté auprès du capital privé, donc à la bourgeoisie, elles sont opérées pour deux raisons principales ; premièrement lorsque les entreprises capitalistes sont en difficulté, il s’agit alors pour l’Etat de les nationaliser (avec de grasses indemnisations), les réorganiser, les désendetter et les rentabiliser aux frais du contribuable et ensuite les rendre aux capitalistes (reprivatisation), c’est ce qui s’est passé, par exemple, en Allemagne dans les années 1930 ou aux Etats-Unis avec la nationalisation de General Motors en 2009 pour éviter sa faillite, et puis, une fois restructurée, sa reprivatisation progressive en cédant des millions de dollars de parts de capital aux acteurs privés ; la deuxième raison est de calmer les tensions de classes et faire plaisir aux influents partis « communistes » et « socialistes » réformistes, c’est ce qui s’est passé dans les pays capitalistes au cours des années 1940, particulièrement en France et en Italie. Au contraire, ce qui caractérise l’émergence du nouveau modèle économique et la nationalisation socialiste c’est son caractère général, immédiat et sans indemnisations par le prolétariat en la personne de son Etat, comme c’était le cas en Albanie entre les années 1945-1947. La nationalisation socialiste se fait dans l’intérêt de la construction du communisme, vers une socialisation toujours accrue.

Le millionnaire Keynes disait lui-même qu’il proposait les interventions étatiques pour la raison que cela constituait le « seul moyen d’éviter la complète destruction des institutions économiques actuelles » et la « condition nécessaire d’un fructueux exercice de l’initiative individuelle » [16], l’interventionnisme devait donc servir de béquille au capital. En un peu plus direct, en parlant d’un parti socialiste : « C’est un parti de classe, et cette classe n’est pas ma classe [la classe ouvrière]. Si je dois revendiquer des avantages pour une fraction de la société, ce sera pour celle à laquelle j’appartiens. […] Je peux être sensible à ce que je crois être la justice et le bon sens ; mais la lutte des classes me trouvera du côté de la bourgeoisie cultivée » [17]. Keynes, revendiqué par tous les mouvements de gauche, était un aristocrate anticommuniste viscéral qui, on ne le répétera jamais assez aux gauchistes qui se croient contestataires, n’a jamais eu d’autre objectif que d’assurer la pérennité de la domination capitaliste, il était parti du libéralisme pour finir dans l’étatisme avec la crise systémique, une évolution tout à fait naturelle. Malgré ses sérieuses lacunes Keynes avait remarqué que le capitalisme était instable et qu’il provoquait des crises, c’est donc pour sauver les profits que l’Etat devait intervenir et s’endetter.

Pour Keynes « les salaires réels et le niveau de la production (et donc de l’emploi) [étant] inversement corrélés » en économie de marché, il préconisait la montée générale des prix (l’inflation) afin de faire baisser les salaires et les taux d’intérêts réels, car il savait qu’il est plus difficile pour les ouvriers de résister à une hausse des prix qu’à une baisse des salaires nominaux, cela devait permettre d’équilibrer l’épargne et l’investissement et d’accroître la « rentabilité du capital » afin d’augmenter le niveau d’emploi et de créer les conditions pour le développement « normal » du capital, l’Etat devait aussi étatiser des branches économiques entières (comprenant bien que les interventions de l’Etat capitaliste servent les intérêts privés), mettre en oeuvre d’importantes subventions et investissements publics, qu’ils soient utiles ou pas (armement…) afin de soutenir l’économie. Occultant les causes réelles des crises et le mécanisme pervers du capitalisme, pour Keynes l’insuffisance de la demande était due à des raisons « psychologiques », en réalité cela était due à la paupérisation relative (si ce n’est pas absolue) des travailleurs, et cette baisse des salaires réels allait encore plus appauvrir la demande intérieure des classes populaires.

Même un keynésien comme Denis Clerc avait admis : « Partout où elles étaient tentées (sauf aux Etats-Unis), les politiques keynésiennes de relance ont échoué, ou n’ont réussi qu’en provoquant des déséquilibres intolérables à terme (déficit commercial extérieur, inflation) » [18]. On notera que le New Deal américain a également échoué à retrouver le niveau de 1929, il est à l’origine de la récession de 1937 et ce n’est que la Seconde guerre mondiale qui a vraiment sortie le pays de la crise. Entre 1939 et 1944 le PIB des USA a connu un bond de 154% ! On comprend désormais le goût des capitalistes pour la guerre, que les politiques keynésiennes alimentent.

Les keynésiens d’aujourd’hui estiment que la hausse des dépenses publiques et des salaires suffiraient à régler les maux du capitalisme et à « relancer la croissance », des décennies d’endettement public et privé délirant pour pas grand chose n’ont pas réussi à enterrer ce refrain.

Aujourd’hui le contexte n’est plus le même qu’après la Seconde guerre mondiale, le mythe des « 30 glorieuses » était le fruit de circonstances exceptionnelles qui n’aurait sans doute pas pu voir le jour sans les immenses dépenses en armement et en reconstructions due à la plus dévastatrice des guerres (qui marque ainsi la fin de la crise des années 1930), une tentative de remake de son aspect « social » engendrerait une fuite massive de capitaux ou des grèves de l’investissement car la peur permanente du communisme (à l’extérieur aussi bien qu’à l’intérieur) n’est plus là pour justifier la générosité de la bourgeoisie, et constatant leur échec les réformistes devront faire lamentablement marche arrière comme ce fut le cas avec le « Tournant de la rigueur » de Mitterrand en 1983… et même avec Hollande de nos jours qui avait, avant son élection, promis une taxe sur les riches suffisamment « forte » pour susciter l’indignation du MEDEF… Une fois élu il a proposé une forme très atténuée de cette taxe devant la Cour constitutionnel pour finalement se coucher totalement devant les exigences des capitalistes, Forbes titrait à ce propos : « Hollande converti, propose l’austérité et une baisse des taxes pour renforcer la croissance en France » [19], le capitalisme ne peut pas être réformé, la pseudo-« révolution bolivarienne » au Venezuela nous le montre d’ailleurs tous les jours. Et de toute façon les Etats sont massivement endettés, ruinés par le capitalisme, en France la moitié des recettes publiques servent à rembourser la dette et les intérêts. Les travailleurs et les capitalistes ne supporteraient de nouvelles hausses d’impôts, les uns devront resserrer leur consommation, les autres réagiront par des grèves de l’investissements ou pire. Intensifier l’austérité réduirait la consommation intérieure mais creuser davantage la dette nous ferait plonger dans le même marasme que la Grèce. Que ce soit l’austérité ou la relance keynésienne on fonce vers le même désastre économique, la solution se trouve définitivement hors-système. « Nous savons où se trouvent les ressources matérielles dont nous avons besoin. Les travailleurs les produisent, mais ce sont les capitalistes qui les possèdent. L’expropriation des capitalistes doit retrouver sa place au cœur de nos revendications. Et s’il faut rattacher un nom au programme dont nous avons besoin, ce ne doit pas être Keynes, mais Marx. » [20]

En France la social-démocratie est puissante depuis qu’au sein des forces socialistes les réformistes conduits par Jaurès sont sortis vainqueur de la lutte interne contre les révolutionnaires représentés par Sorel. La lutte pour le changement de société a progressivement laissé place à l’amélioration des conditions d’esclavage et du pouvoir d’achat. Mais, comme le disait Marx, le salaire peut augmenter en terme absolu dans les conditions favorables du capitalisme mais cela suppose une polarisation accrue des richesses et sera accompagné d’une paupérisation relative des travailleurs : « Lorsque le capital s’accroît rapidement, le salaire peut augmenter, mais le profit du capital s’accroît incomparablement plus vite. La situation matérielle de l’ouvrier s’est améliorée, mais aux dépens de sa situation sociale. L’abîme social qui le sépare du capitaliste s’est élargi [21] ». Au contraire, dans les conditions défavorables, Marx montre que le capitalisme conduit à la paupérisation absolue des travailleurs et des plus pauvres, comme on le constate de nos jours. Time Magazine a publié un long article de Michael Schuman le 25 mars 2013 dans lequel il écrit : « Marx a théorisé le fait que le système capitaliste appauvrissait les masses et concentrait les richesses entre les mains de quelques-uns, provoquant des conflits sociaux et des crises économiques. Il avait raison. C’est si facile de trouver des statistiques qui montrent que les riches s’enrichissent et les pauvres s’appauvrissent. » [22]

« Le marxisme est mort » dit-on… Bien sûr, c’est ce qu’on disait également au moment de la révolution bolchevique et de la crise des années 1930. En réalité Marx est plus que jamais d’actualité aujourd’hui, et le fait qu’on continue à s’acharner sur lui malgré la prétendue « fin du communisme » est un bon signe. Autant le dire d’emblée : le capitalisme n’est pas naturel, il suppose des comportements et un système politique spécifiques, il a existé autrefois des sociétés qui ont vécu sans marché et sans marchandises, il a existé des peuples qui ont remarquablement entrepris la construction d’une autre société, supérieure, contre vents et marées. Le capitalisme a été un progrès évident pour l’humanité, aujourd’hui il joue le rôle contraire, comme d’autres modes de production avant lui le capitaliste disparaîtra, ce n’est qu’un point passager de l’histoire de l’humanité.

Il s’agit en premier lieu d’abolir la contradiction intrinsèque au capitalisme entre les rapports sociaux de production (privés, bourgeois) et le caractère de la force de travail (collectif), ce qui explique également les déséquilibres de l’économie capitaliste ; le contrôle collectif des richesses générées par la collectivité et notamment la classe ouvrière, c’est la base du socialisme. Leur travail n’est plus le symbole de son asservissement mais devient la condition de sa libération économique, sociale et politique. Il n’y a plus d’exploitation car la moitié de son temps de travail effectué n’est plus donné « gratis » à son patron mais lui revient sous une forme ou une autre ainsi qu’à la collectivité entière ; il n’y a plus de bourgeoisie mais seulement des producteurs socialistes associés dans l’État et les coopératives. Le capital du monde est soit un don de la nature, soit le fruit du travail collectif de nombreuses générations, dans tous les cas il est utile à tous, pourquoi certains auraient le droit d’en détenir la propriété exclusive ? Ce capital revient de droit à la collectivité et particulièrement aux ouvriers dont la force produit tout.

Débarrassée des contradictions du capitalisme une société socialiste peut développer largement la production et diffuser plus amplement le progrès technique, de nombreux emplois inutiles dans les services seront supprimés (finance, marketing…) au profit des emplois réellement productifs dans les usines, ce qui aura également pour conséquence de faire baisser le temps de travail individuel. Il arrivera peut-être un jour où le progrès technique et scientifique aura tellement avancé que les machines et les robots pourraient travailler pour nous. Au fur et à mesure du développement socialiste des forces productives on profitera d’une production énorme, qui pourra finalement être écoulée gratuitement, avec un temps de travail minime. Dans le système capitaliste le progrès technique maximal ne serait pas souhaitable et possible étant donné que le taux de profit serait érodé et que tout le monde serait simplement au chômage. Seul le communisme peut désormais faire de ce monde un jardin.

Par la diffusion du progrès technique le temps de travail sera réduit en proportion. Au début des années 1950 Staline avait proposé la journée de travail de 5 heures [23], rendue possible par un nombre croissant d’ouvriers et le progrès technique dans la « patrie du socialisme », en tant que base pour effacer les différences entre le travail manuel et le travail intellectuel et pour développer le temps de loisirs, dans la société socialiste la reproduction simple et élargie provoque la baisse du temps de travail individuel ou le transfert de la main d’oeuvre rendue superflue directement dans d’autres branches dans le besoin sans connaître le chômage. Comme le disait Staline (âmes sensibles s’abstenir), « nulle part les machines ne sont employées aussi volontiers qu’en URSS, puisqu’elles économisent le travail à la société et facilitent la peine des hommes. Et comme le chômage n’existe pas en URSS, les ouvriers emploient très volontiers les machines dans l’économie nationale » [24]. Au contraire dans l’économie capitaliste cela se traduit par les licenciements… ou par l’augmentation du temps de travail (pour faire marcher les machines plus longtemps), c’était le cas pendant une partie de la révolution industrielle avant que l’Etat ne décide d’imposer progressivement un certain plafond pour éviter de pousser les ouvriers à la révolte. De nos jours le chômage augmente, le temps de travail augmente, l’âge de départ à la retraite augmente, la pauvreté augmente alors que dans une société fonctionnant correctement, socialiste, la tendance devrait être le contraire, le mécanisme inhérent au capitalisme l’en empêche.

Le socialisme ce n’est pas « travailler pour les autres », cet adage irait d’ailleurs bien mieux au capitalisme, ni l’assistanat, ce n’est pas non plus l’égalité en soi, c’est avant tout le prolétariat au pouvoir. Il n’y rien d’utopique là-dedans, il suffirait d’y croire.

Ce que doivent chercher les communistes ce n’est pas l’augmentation des salaires dans le cadre du capitalisme, ce n’est pas pleurnicher sur l’austérité, mais l’abolition du salariat comme l’a affirmé Marx à propos du rôle conservateur, voir réactionnaire, de certains syndicats qui ont tendance à répandre cette mentalité de réformistes parmi les ouvriers :

« Au lieu du mot d’ordre conservateur : «Un salaire équitable pour une journée de travail équitable», ils doivent inscrire sur leur drapeau le mot d’ordre révolutionnaire : «Abolition du salariat». […] Les syndicats agissent utilement en tant que centres de résistance aux empiétements du capital. […] Ils manquent entièrement leur but dès qu’ils se bornent à une guerre d’escarmouches contre les effets du régime existant, au lieu de travailler en même temps à sa transformation et de se servir de leur force organisée comme d’un levier pour l’émancipation définitive de la classe travailleuse, c’est-à-dire pour l’abolition définitive du salariat. » [25]

Les communistes russes ont pris le pouvoir dans un pays arriéré, encore féodal, avec une industrie absente ou détruite par la guerre, une population essentiellement paysanne et culturellement arriérée. Le prolétariat industriel était minuscule et n’avait pas d’expertise dans la mécanisation et l’industrie lourde. Sans oublier l’hostilité du monde capitaliste agressif qui n’a pas hésité à envoyer 165 000 soldats dans la Russie socialiste et à décréter le blocus. Il fallait d’abord industrialiser le pays le plus rapidement possible, à n’importe quel prix, et améliorer le niveau culturel de la population avant de pouvoir développer plus largement les rapports de production socialistes et la démocratie populaire. Aujourd’hui la grande majorité des pays du monde disposent d’une certaine base industrielle, le cours des événements ne saurait donc pas être tout à fait le même, surtout dans des pays dits développés comme le nôtre où les rapports de production socialistes peuvent être aisément instaurés.

Le socialisme se chargerait d’améliorer largement le bien-être culturel des travailleurs afin de leur donner l’envie et la capacité de participer directement aux affaires d’Etat et à la direction de toute l’économie. C’était le plan de Staline lorsqu’il voulait former une classe ouvrière très hautement qualifiée capable de s’affranchir des différences entre le travail manuel et le travail intellectuel. Cette participation générale à la politique du pays est facilité aujourd’hui par l’existence d’Internet, en plus des conseils populaires (soviets).

Mais malgré tout ce qu’on peut reprocher à l’URSS, l’expérience soviétique a le mérite de montrer de quoi une économie planifiée est capable. Aujourd’hui la propagande accélérée en faveur du système capitaliste colonise les esprits, largement facilitée par la sous-information de ce qu’est réellement le communisme et l’URSS, malheureusement prépondérant de nos jours. Des économistes orthodoxes de l’époque reconnaissaient ainsi la rationalité de l’économie planifiée, par exemple l’économiste américain J. Berliner déclarait devant une commission du Congrès en 1959 : « Je tiens pour démontré que l’économie socialiste est suffisamment efficace, et le problème se résume à mesurer cette efficacité » [26] ou Arthur Cecil Pigou, autrefois sceptique, qui dans Capitalism versus socialism (Londres, 1954), admettait remarquablement des arguments puissants en faveur de l’économie planifiée.

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Deux mondes, deux résultats, Affiche soviétique, 1955

Par exemple, en 1960 un rapport pour le Congrès américain constatait dans la conclusion : « Il semble clairement établi que l’output industriel soviétique ait augmenté au moins deux fois plus que le taux US moyen pendant la dernière décennie » [27]. Et aucune comparaison de périodes n’est possible, même par rapport à l’industrialisation rapide qui a suivie la Guerre de Sécession le taux de croissance soviétique demeurait supérieur. C’est un phénomène historique, entre les années 1918-1960 le taux de croissance annuel moyen en URSS a été de 10,1% (et encore plus dans les années 1930), contre 3,3% pour les USA, si l’on prend pour ces derniers la période plus favorable de 1870-1913 le chiffre ne monte qu’à 5% [28]. Bien entendu ce développement n’a pas été entrecoupé de crises comme ce fut le cas pour tous les pays capitalistes.

Au total la planification soviétique a produit des résultats tels que même Hitler, l’ennemi mortel du bolchevisme, a été obligé d’applaudir (en privé), en 1942 :

« Si Staline avait eu 10 ou 15 ans de plus, la Russie serait devenu le plus puissant pays du monde, et deux ou trois siècles auraient été nécessaires pour faire changer cela. C’est un phénomène unique ! Il a augmenté le niveau de vie — cela ne fait aucun doute. Plus personne ne meurt de faim en Russie. Ils ont construit des usines là où il y a deux ou trois ans il n’y avait que des villages inconnus — et des usines, tenez-vous bien, aussi grandes que les Hermann Göring Works. Ils ont construit des lignes de chemin de fer qui ne sont même pas encore sur nos cartes. En Allemagne nous nous disputons sur la fixation du prix des billets avant même de commencer à construire la ligne ! J’ai lu un livre sur Staline ; je dois admettre que c’est une personnalité immense, un ascète qui a pris l’ensemble de ce pays gigantesque fermement dans sa poigne de fer. » [29]

En mettant l’accent sur le développement prioritaire de l’industrie lourde (industrie mécanique, sidérurgie, production de moyens de production), impossible sous le capitalisme car le profit y est plus faible que dans l’industrie légère, cela signifie certes arrêter la croissance de la production de biens de consommation, voir la réduire, à court terme mais c’est l’accroître largement à moyen-long terme, c’est appliquer ce qu’on a appelé le principe des chaînons décisifs, car c’est de l’industrie lourde que dépend le développement économique général. Mais cela ne suffit pas, il faut aussi que les ouvriers, sources de toute richesse, soient motivés et ils le seraient beaucoup plus s’ils avaient conscience qu’ils travaillaient, directement ou indirectement, pour eux-mêmes et pour la future société communiste.

Aujourd’hui les moyens de la planification, malgré un plus grand nombre de produits à maîtriser, sont largement supérieurs grâce à l’informatique moderne comme l’ont montré les chercheurs britanniques Paul Cockshott et Allin Cottrell dès les années 1990, ce qui affiche toute l’actualité de l’économie planifiée.

Mais si les capitalistes ont finalement vaincu la Guerre froide, c’est que le capitalisme n’avait pas encore dit son dernier mot, or cette situation ne peut pas être éternelle. Aujourd’hui le capitalisme est plus instable que jamais.

Quand les riches volent les pauvres ...

Les travailleurs ne doivent pas se laisser endormir par la démagogie sociale-démocrate et fasciste. De Bernstein et Keynes à Mélenchon, les sociaux-démocrates de tous genres doivent être considérés comme des ennemis des communistes et de la classe ouvrière. Ceux qui les identifient comme des « amis politiques » comme le PRCF ou le PCOF ne sont tout simplement pas communistes.

L’écrivain marxiste français Vincent Gouysse écrit à juste titre :

« Jamais donc, la nécessité du renversement du capitalisme n’a été aussi aigüe. Et pourtant, jamais les forces sociales capables de s’acquitter de cette mission n’ont paru aussi réduites ou pour le moins divisées. Forte de sa domination économique et idéologique, la bourgeoisie parvient pour le moment à anéantir et à empêcher l’émergence de toute opposition organisée à sa domination. » [30]

Face à ce capitalisme sauvage et instable il n’y a pas plusieurs solutions : il faut le renverser et construire l’avenir communiste, encore inconnu, sous la direction du prolétariat ! Socialisme ou barbarie ! Abolition du salariat !

 

Notes :

[1] : Express.be, Un cimetière de voitures « presque neuves », 30 avril 2013 • [2] : CBS. Miami, 22/08/2014, vidéo publiée par Dailymotion le 23/08/2014 • [3] : Vivre avec deux dollars par jour aux États-Unis, Argent.canoe.ca, 27/08/2014 • [4] : Press TV, 80% of US adults face near-poverty, no jobs, 28/06/2013 • [5] : http://www.ipsos.fr/decrypter-societe/2014-09-11-pauvrete-plus-qu-crainte-realite-pour-nombreux-francais • [6] : Denis Clerc, Déchiffrer l’économie, éd. La découverte (17°), 2011, pp. 420-422 • [7] : L’Emancipation, n° 1-8 (1979-1983), édition numérique, p. 151 [8] : E. Macron, entretien avec Le JDD, 11/10/2014 [9] : Cahier de politique économique n° 13, « La faisabilité politique de l’ajustement », par Christian Morrisson, 1996 [10] : Forbes, The Highest-Paid CEOs Are The Worst Performers, New Study Says, 16/06/2014 [11] : http://inter.kke.gr/fr/articles/SYRIZA-la-force-de-reserve-de-gauche-du-capitalisme/ [12] : Yürüyüs (La Marche, revue du Front Populaire), n° 455 du 8 février 2015, p. 20 [13] : O. von Bismarck, Gesammelte Werke 1924/1935, volume 9, pp. 195-196 [14] : CBS News, Goldman Sachs CEO: Income inequality is « destabilizing », 10/06/2014 [15] : Nicolas Bourgoin, Rémi Fraisse, tué pour l’exemple ?, 29/10/2014 [16] : Cité par Paul Mattick dans Marx et Keynes, éd. Gallimard, 1972, p. 13 [17] : Keynes, Suis-je un libéral ? (1928), cité par Mattick, op. cit, p. 33 [18] : Denis Clerc, Déchiffrer l’économie, La Découverte, édition de 1994, p. 358. Ce passage a disparu des nouvelles éditions du livre cité. [19] : Site du CIO ivoirien, Thomas Piketty : le nouveau Marx ?, 09/07/2014 [20] : La Riposte, Qui était John Maynard Keynes ?, 14/02/2012 [21] : Karl Marx, Travail salarié et capital (1849), édition numérique, p.16 [22] : http://www.legrandsoir.info/la-revanche-de-karl-marx.html [23] : Staline, Les problèmes économiques du socialisme en URSS, 1952, édition numérique, p. 32 [24] : Idem, p. 21 • [25] : Karl Marx, Salaire, prix et profit, 1865, édition numérique, p. 31 • [26] : « A comparison of United States and Soviet Union economics », novembre 1959, cité par Bronislaw Minc, L’économie politique du socialisme [1963], éd. Maspero, 1974, p. 321 • [27] : Cité par Minc, op. cit, p. 187 • [28] : Minc, op. cit, p. 187-188 • [29] : Hitler, cité dans Hugh Trevor-Roper, Hitler’s Table Talk 1941-1944. His Private Conversations, éd. Enigma Books, 2000, p. 661-662 • [30] : Vincent Gouysse, Contre-offensive idéologique, 2014, édition numérique, p. 218

 

 

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Prix Nobel de la Paix 2014 : « Seul le socialisme nous sauvera »

Publié le par Progrès Humain

La jeune pakistanaise Malala Yousafzai a obtenu le prix Nobel de la paix cette année avec son homologue indien Kailash Satyarthi « pour leur combat contre l’oppression des enfants et des jeunes et pour le droit de tous les enfants à l’éducation ». « Les enfants doivent aller à l’école et ne pas être financièrement exploités » explique le président du comité Nobel norvégien, Thorbjoern Jagland.

Malala a également lutté pour les droits des femmes et contre les talibans, ce qui lui a valu une sérieuse tentative d’assassinat en octobre 2012. Elle a ainsi bénéficié d’une notoriété internationale croissante, surtout après la publication de son livre Moi, Malala, je lutte pour l’éducation et je résiste aux talibans (octobre 2013). Sans grande surprise au vue de ses combats Malala a exprimé sa sympathie pour les idées socialistes. « J’essaye d’élever ma voix pour ceux qui ne peuvent pas se faire entendre »…

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Des messages que la prix Nobel de la paix 2014 a partagés :

« Je pense que le socialisme est la seule solution et j’encourage tous les camarades à trouver une issue victorieuse à cette lutte. Seul lui pourra nous délivrer de l’arriération et des chaines de l’exploitation. J’affirme avec fierté que je suis une révolutionnaire et une marxiste. Tous nos ennemis et nos amis doivent observer nos succès ».

Ce n’est pas la première fois qu’un prix Nobel affiche son soutien au communisme, c’était également le cas pour Einstein (prix Nobel de physique) ou les Joliot-Curie (prix Nobel de chimie), pour ne citer que ceux-là.

Source : http://ilerihaber.org/dis-haberler/malala-yousafzai/870/

 

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Le communisme et les fameux 100 millions de morts : une manipulation

Il ne s’agit pas ici de contester directement les énoncés du « Livre noir du communisme », des livres et des articles ont déjà été écrit à ce sujet et sont évidemment passés inaperçus, mais de faire parler les historiens eux-mêmes, et il n’est pas nécessaire d’aller au-delà des propres coauteurs de ce livre qui a fait couler beaucoup d’encre.

Nicolas Werth a occupé une place importante dans l’élaboration du livre en tant que spécialiste de l’URSS. Mais sa position ne l’a pas empêché d’émettre de sérieuses critiques et doutes sur les méthodes du directeur d’ouvrage, Stéphane Courtois. Il écrit par exemple : « Le Livre noir du communisme a suscité deux réactions dans les colonnes du Monde (de Lily Marcou le 14 novembre et d’Alain Blum le 18 novembre). Je ne m’attarderai pas sur la première. Avant de me calomnier, Lily Marcou aurait dû commencer tout simplement par lire ma contribution. Elle n’y aurait trouvé ni le chiffre mythique de 20 millions de victimes du communisme en URSS (chiffre avancé p. 14 de l’ouvrage par Stéphane Courtois, de sa propre initiative, et que j’ai, à plusieurs reprises, contesté), ni les prétendues « contradictions » avec les données que j’ai rapportées dans mes ouvrages… [1] ».

L’auteur de la partie soviétique du Livre noir conteste lui-même le fameux chiffre de 20 millions, qu’il estime « mythique », qu’auraient commis Staline en Union Soviétique et avance aujourd’hui pour sa part le chiffre d’« une dizaine de millions » [2], bien moins que le chiffre officiel.

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85 millions de victimes scande le bandeau publicitaire du livre à sa publication ci-dessus, aujourd’hui on est monté définitivement à 100 millions (94 millions pour être exact), cela fait plus vendeur ! Werth et Jean-Louis Margolin avaient effectivement reproché à Courtois son « obsession d’arriver aux 100 millions de morts » [3].

De même le coauteur Jean-Louis Margolin, spécialiste de l’Asie, conteste les comptes de Courtois, pour le Vietnam il écrit qu’il « n’a jamais fait état d’un millions de morts au Vietnam » contrairement aux affirmations du directeur d’ouvrage (Le Monde, 31/10/1997).

Antoinette Wieviorka, directeur de recherche au CNRS, résume : « Deux auteurs du Livre noir du communisme, Jean-Louis Margolin et Nicolas Werth, dont les contributions donnent la véritable substance à l’ouvrage, ont formellement désapprouvé le texte introductif rédigé par Stéphane Courtois. Ce texte est difficilement admissible, et du point de vue « scientifique », et du point de vue moral » [4]. C’est dans ce texte qu’il faisait un « bilan » des régimes communistes et assimilait le communisme au fascisme. Elle continue : « Pour étayer son propos, il dresse une comparaison de la prise de conscience du génocide juif et de celle du communisme qui n’est qu’un tissu de contrevérités et d’approximations ». Evidemment, comme le souligne Wieviorka, l’objectif était de remplacer la barbarie nazie par le « totalitarisme communiste » dans les mémoires. Et les milliers de victimes de Mussolini – les communistes et les antifascistes italiens assassinés, les Ethiopiens massacrés par l’armée coloniale italienne et les républicains espagnols ne pourront pas répondre à Courtois qui affirme que « le fascisme italien est rarement allé jusqu’au meurtre ». Il s’agit évidemment de décriminaliser le fascisme, mussolinien ou hitlérien, pour que le socialisme, la seule alternative, puisse être érigé en grand mal du siècle.

Dans ce contexte on ne peut résister à reciter Thomas Mann, pourtant tout le contraire d’un communiste : « Placer sur le même plan moral le communisme russe et le nazi-fascisme, en tant que tous les deux seraient totalitaires, est dans le meilleur des cas de la superficialité, dans le pire c’est du fascisme. Ceux qui insistent sur cette équivalence peuvent bien se targuer d’être démocrates, en vérité, et au fond de leur cœur, ils sont déjà fascistes ; et à coup sûr ils ne combattront le fascisme qu’en apparence et de façon non sincère, mais réserveront toute leur haine au communisme ».

Une personne ne connaissant rien du communisme, comme c’est certainement le cas de la plupart des gens de nos jours, en lisant ce livre, penserait que Lénine n’était qu’un méchant terroriste et un tyran assoiffé de pouvoir qui n’avait comme seul but que de tuer le plus de monde possible. Du fait de son manque flagrant d’analyses, Alain Blum, spécialiste de l’URSS, qualifie le livre de « cadre réducteur » et même « d’ouvrage qui devient une négation de l’Histoire » (Le Monde, 18/11/1997). Face à cela, Nicolas Werth répond… par l’affirmatif ! En effet il écrit dans Le Monde du 27 novembre 1997 : « La critique de fond que fait Alain Blum du Livre noir pose les véritables enjeux. Sur bien des points – manipulations des chiffres de morts, emploi de formules choc, juxtaposition des histoires pour affirmer le comparatisme, puis l’identité – je souscris entièrement aux critiques formulées par Alain Blum [5] ». C’est également la position de Claude Pennetier, responsable du magistral ouvrage Maitron et coauteur du Siècle des communismes (2000), livre qui se veut plus objectif : « Le Livre noir ne permet pas de comprendre comment fonctionne le système stalinien, il est focalisé sur la dimension criminelle, il a du mal à être dans l’interprétation ou dans l’analyse » (Le Monde, 21/09/2001). Il n’y a aucune remise en contexte, pas d’explications sur le fait que les partis communistes ont presque toujours pris le pouvoir dans des pays très pauvres, avec une industrie absente ou détruite dans un environnement international très hostile (notamment la jeune URSS), et qu’ils ont du construire leur nouvelle société dans ces conditions extrêmement difficiles. C’est pourtant essentiel pour comprendre la suite.

En réalité, et malgré « l’extrême médiatisation » (Werth, 27/11/1997) qui a entouré ce livre, celui-ci n’était pas aussi original et révélateur que l’on dit, l’essentiel des thèses exposées dans le livre ont été tout simplement reprises de recherches passées, en effet comme l’écrivait Wieviorka dans son article déjà cité, par exemple : « Le travail de Jean-Louis Margolin [sur l’Asie] se présente comme une synthèse qui n’est pas fondée sur des archives mais reprend des travaux antérieurs ». Et les « travaux antérieurs » sont bien souvent peu soupçonnables d’objectivité, par exemple sur la partie consacrée à la Chine 130 références de bas de pages indiquent les sources, parmi ceux-là Jean Pasqualini vétéran « prisonnier de Mao » (le titre d’un de ses livres), cité à 30 reprises, ou encore Jean-Marie Domenach, « spécialiste en anti-chinoiserie à Sciences-po de Paris » [6] (40 fois)…

Dans un article du Monde daté du 14 novembre 1997, Nicolas Werth et Jean-Louis Margolin résument les principaux points mis en cause du chapitre introductif de Courtois par la moitié des co-auteurs : « la centralité du crime de masse dans les pratiques répressives des communismes au pouvoir ; l’assimilation entre doctrine communiste et mise en application de celle-ci, ce qui fait remonter le crime jusqu’au cœur même de l’idéologie communiste ; l’affirmation qui en découle de la grande similitude du nazisme et du communisme, tous deux intrinsèquement criminels dans leur fondement même ; un chiffrage des victimes du communisme abusif, non clarifié (85 millions ? 95 ? 100 ?), non justifié, et contredisant formellement les résultats des coauteurs [du Livre noir] sur l’URSS, l’Asie et l’Europe de l’Est (de leurs études, on peut tirer une « fourchette » globale allant de 65 à 93 millions ; la moyenne 79 millions n’a de valeur que purement indicative) ».

La moyenne estimée par ces historiens du Livre noir du communisme, non-pris en compte par Courtois qui a préféré manipulé les chiffres à des fins de propagande, serait de « 79 millions », en réalité le chiffrage exact est assez difficile à réaliser, il a pour but de masquer les faits réels et d’asseoir une comparaison totalement minable avec le nazisme, ainsi il n’y aurait plus d’alternative à ce système de cynisme et de guerres qui conduit chaque jour un peu plus à l’écroulement social, aux problèmes écologiques et aux instabilités économiques. Mais si « par malheur » il y en aurait une, alors ce serait la Terreur, le goulag, le totalitarisme ! Voilà où veut en venir le Livre noir du communisme.

En effet Courtois insiste sur le « lien direct » entre la doctrine marxiste et le crime, hors pour démonter cette absurdité il est inutile d’aller plus loin que ses propres collaborateurs : « le lien entre doctrine et pratique n’est pas évident, contrairement à ce que dit Stéphane Courtois » (Margolin, Le Monde, 31/10/1997).

Même les méthode de compte sont erronés, abusifs, sans esprit critique. La guerre civile russe, la famine de 1921 et celle du début des années 1930, la guerre en Afghanistan sont des « crimes du communisme », ce qui est trop simpliste ou faux. Plus largement la plupart des morts comptabilisés sont dus à la disette/famine, pour des raisons diverses, et ne constituent pas des victimes directes. Comme l’écrit le grand historien britannique Eric Hobsbawm The Age of Revolution: 1789-1848 (1962) presque toute réforme agraire, progressiste ou pas, entraîne d’abord le désastre. Il cite de nombreux cas en Europe et quelques uns en Asie. Une ou deux années de bouleversements politiques et économiques entraînent discontinuité et dysfonctionnement, facteur de rupture d’approvisionnement de biens, alimentaires et autres. Pourquoi le Grand tournant en 1929 (URSS) et le Grand bond en avant seraient des exceptions ? D’autant plus que les objectifs étaient valables : il s’agissait d’accélérer le développement économique. Plus particulièrement concernant la Chine : il ne faut pas négliger les facteurs ayant contribué à la famine (sans être leur cause intégrale) : les catastrophes naturelles bien réelles (en mars 1959 la région du Hunan était intégralement inondée, en juillet 1959 le débordement du fleuve Jaune est l’une des catastrophes naturelles les plus criminelles du XX° siècle et affecte sévèrement les récoltes et en 1960 60% des récoltes n’avaient pas reçu d’eau de pluie du tout, par exemple [7]) et la « campagne des 4 nuisibles » qui consistait à liquider un certain nombre d’espèces animales comme les moineaux réputés détruire les récoltes, or ces animaux se nourrissaient d’insectes qui ont pu proliférer et attaquer les récoltes avec encore plus d’intensité. Il n’y a aucun rapport avec l’idéologie communiste, le deuxième est au plus une « simple » erreur de Mao.

La guerre de Corée est également un « crime du communisme » car elle a été déclenché par le Nord. Par contre pas un mot sur les bombardements américains qui ont fait des millions de morts et les centaines de milliers de sud-coréens exécutés juste avant au Sud (notamment les massacres de la ligue Bodo et de Jeju), accusés d’être des communistes, ce qui a contribué à la volonté d’envahir le Sud. Pas un mot non plus sur le fait que ce sont les Etats-Unis qui ont cherché à maintenir artificiellement divisé deux pays unis depuis des lustres. On serait alors en droit de se demander quel est le rapport avec l’idéologie communiste ? De l’autre côté on ne met bien évidemment jamais les interventions militaires et les guerres menées par les pays occidentaux sur le compte du capitalisme et de l’idéologie libérale…

Alexandre Soljenitsyne, célèbre dissident soviétique qui avait passé de longues années au goulag, parlait en son temps de 66 millions de morts rien que pour le « stalinisme » [8]. Aujourd’hui ce chiffre peut faire sourire mais cela montre bien que la bêtise anticommuniste n’a pas de limite…

Mais il est vrai que ce chiffre de « 100 millions » que nos ados anticommunistes idiots utiles du système utilisent comme un slogan, et c’est justement ce que voulait Courtois, est très pratique pour eux qui ont vivement besoin de propagandistes professionnels pour « penser » et répandre leur haine viscérale du socialisme à travers quelques chiffres derrière lesquels ils ne cessent de se cacher, bien qu’au fond ils s’en fichent totalement, tout simplement car ils n’ont pas d’arguments viables à donner. Ceux qui utilisent cette rhétorique sont d’ailleurs souvent des sympathisants néo-fascistes, rien d’étonnant. Laissons les faire, il arrivera un moment on l’on en rigolera…


On reproche sans arrêt aux communistes les « crimes du passé » mais qui, par exemple, reproche aux catholiques l’Inquisition, tous les crimes des monarchies chrétiennes ? Qui reproche aux américains les centaines de milliers de morts à Nagasaki et à Hiroshima en 1945, contre un pays déjà à genoux ? Pas autant de monde. Deux poids deux mesures.

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Si on ne peut s’empêcher de reprocher aux communistes « leurs crimes historiques », qu’attend-on pour reprocher au FN nationaliste les millions de morts du nationalisme hitlérien et mussolinien, qu’attend-on pour reprocher aux partis « de droite » et à la classe dominante d’avoir massivement soutenu ces derniers ? Qu’attend-on pour demander des comptes au PS et à la droite pour leur collaboration active avec l’occupant nazi ? Alors qu’on nous casse les pieds avec la « collaboration » du PCF, LE parti de la résistance, des premiers mois d’occupation pour légaliser l’Humanité (donc rien de concret ou d’idéologique)… Reproche-t-on à la gauche et à la droite d’avoir soutenu et œuvré pour la colonisation ? Au PS d’avoir mené la guerre coloniale en Algérie et le meurtre de centaines de milliers d’algériens ? Reproche-t-on aux Etats capitalistes les guerres qu’ils ont provoqué ? Reproche-t-on à tous les capitalistes le bon million de morts de Suharto, les milliers de Pinochet ou d’Evren, tous commis au nom de l’anticommunisme ? Reproche-t-on aux capitalistes la famine et la malnutrition faisant 35 millions de morts chaque année (Jean Ziegler) alors que l’on a assez pour nourrir tout le monde, la misère et la famine dans un monde de surproduction portant bien la marque du capitalisme ? En 2003 l’ONU écrivait dans un rapport qu’éradiquer la faim dans le monde ne coûterait pas plus qu’un mois d’occupation d’Irak [9], comme l’a dit Jean Ziegler : « Un enfant qui meurt de faim est un enfant assassiné » [10]. Reproche-t-on au capitalisme ses 100 millions de morts du siècle dernier dénombrés par les auteurs du Livre noir du capitalisme ? Non bien sûr, cela ne marche que pour le vilain communisme ! La vérité est que même si les communistes avaient tué 100 millions de personnes, il est navrant de constater qu’ils seraient encore loin du capitalisme.

Il arrivera un moment où l’Histoire se réveillera et imposera sa justice.

 

Aller plus loin :

L’excellent site de réinformation communisme-bolchevisme.net ? Ludo Martens, Un autre regard sur Staline, 1993 ? Mikhaïl Kilev, Khrouchtchev et la désagrégation de l’URSS, 2005 ? Grover Furr, Khrouchtchev a menti, 2014

Notes :

[1] : Nicolas Werth, Le Monde, 27 novembre 1997. Cité par Daniel Bensaïd dans Qui est le Juge : Pour en finir avec le tribunal de l’Histoire (1999). Et disponible en intégralité ici • [2] Nicolas Werth, interviewé dans le documentaire L’Atlantide, une histoire du communisme diffusé sur France 2 en mars 2011 et disponible en intégralité sur Dailymotion • [3] : Cité dans l’Humanité, 07/11/1997 • [4] : Antoinette Wieviorka, Le Monde, 27 novembre 1997, disponible ici[5] : Nicolas Werth, Le Monde, 27 novembre 1997, disponible ici[6] : http://editions-proletariennes.fr/page44.htm[7] : http://www.disastercenter.com/disaster/TOP100K.html Mao and Lincoln, Part 2: The Great Leap Forward not all badHenry C. K Liu, 1er avril 2004, Asiatimes.com[8] : Alain de Benoist, Communisme et nazisme, édition du Labyrinthe, 1998, p. 16[9] : http://www.deboutcongolais.info/international-10.html[10] : http://www.spiritisme.com/2012/05/entretien-avec-jean-ziegler-par-jacques-peccatte/ • Mise à jour : 14/02/2015

 

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La situation des « jeunes », révélateur de l’état général de la société

Publié le par Progrès Humain

Comme chacun sait nous sommes en crise, et n’est pas rare d’entendre que les jeunes sont
« les plus touchés par la crise ». En fait nous assistons à un changement radical de société, les derniers arrivés nés dans le courant des années 2000 ne connaîtront que cette fameuse crise pendant encore longtemps. Nous sommes en transition, la génération de ceux qui aujourd’hui ont autour de 20 ans sera la dernière d’une époque révolue, celle qui subit aujourd’hui la transition vers l’ère de la crise à perpétuité. Dans notre contexte de déclin général, c’est la dernière génération qui est en train de subir les dégradations de niveau de vie les plus importantes jamais imposées jusque là. Mais quand commencent réellement les problèmes ? Une fois la période du lycée terminée le plus souvent, car l’entrée dans le monde des études ou du travail est le lot de la majorité. Pour ce qui est des études supérieures, elle est souvent la voie logique. Et même si un grand nombre d’étudiants décroche le baccalauréat sans trop de difficulté, la suite est moins drôle…

Il est dans l’air du temps de dire que « sans diplôme on ne peut pas trouver de travail ». En fait « sans diplôme » on devient un prolétaire. Et c’est que va devenir qu’elle le veuille ou non la majeure partie de la classe « moyenne ». La génération actuelle a vu ses parents entrer facilement dans le monde adulte, vu le bon contexte économique des années 1950-1970. Qui plus est la génération précédente a eu un niveau de nie incomparable, a pu vivre confortablement bien au-dessus de la condition des travailleurs des premiers âges du capitalisme. Beaucoup sont même devenus propriétaires de leur appartement, de leur maison, voire sont carrément devenus petits rentiers. Sans diplôme on pouvait commencer sa vie en travaillant à l’usine, et finir propriétaire de sa maison, de sa voiture, payer des études privées à ses enfants… Et si le prolétariat pauvre n’a jamais disparu, il est toujours resté très largement atomisé et a pu vivre jusque là tant bien que mal, sans être à la rue ou mourir de faim. Mais face au déclassement généralisé, le prolétaire pauvre tombe dans la misère, le prolétaire embourgeoisé, devenu petit propriétaire, a du mal à se maintenir, quant à ses enfants, ils connaîtront pour beaucoup le niveau d’existence des prolétaires pauvres. Et ils perdent ainsi leurs belles illusions sur le mythe de l’ascension sociale, des idéologues libéraux bourgeois tout en réclamant en vain la tenue des belles promesses républicaines et sociales que l’Etat a jusque-là fait croire qu’il pourrait appliquer. La réaction logique est le gauchisme, ramper pour espérer un compromis social dont le capital ne veut plus ; ou bien sa variante chauvine, qui insiste sur la nécessité de se débarrasser d’éléments superflus de la société (les soi-disant « assistés », les immigrés, ou que sais-je encore).  Insistons sur le fait que dans les années à venir, les courants qui agiteront ces solutions politiques ne peuvent qu’avoir le vent en poupe.

Et dans la tempête, seule la bourgeoisie et la moyenne bourgeoisie arrivent ou bien à profiter de la crise, ou bien s’en protègent grâce à leurs moyens financiers, partent à l’étranger, cachent leur argent dans des comptes loin d’ici et s’échappent doucement, pour laisser nos pays devenir des grands espaces sauvages à ciel ouvert dont ils confient les clés à quelques politiciens, managers ou policiers… De plus en plaçant très tôt ses enfants dans des écoles privées où les bourgeois restent entre eux, ils se gardent les places dans les grandes écoles, les classes préparatoires, système « d’initiés » où généralement on constate que les enfants d’enseignants sont sur-représentés… Quoiqu’en disent les prêcheurs de « l’égalité des chances » et de la morale bourgeoise méritocratique.

Donc la situation est que le système des études supérieures actuelles est une immense machine à trier actuellement surchargée par de très nombreux étudiants superflus, qui coûtent cher à l’Etat. En apparence ils sont de la « classe moyenne », leurs parents roulent en voiture, ils vivent peut-être dans une maison, il leur arrive de partir en vacances. Mais dans les faits, un grand nombre d’entre eux est déjà dans une situation objective de prolétaire : ou bien ils entrent immédiatement sur le marché du travail, auquel cas sans compétences, les emplois disponibles sont assez mal payés, sous forme de CDD de quelques semaines à enchaîner ; ou bien ils continuent dans les études supérieures
où tout est fait pour épurer les bancs de l’école d’un maximum de monde. Bien souvent, même les secteurs qu’on pourrait croire protégés restent malgré tout instables. Et bon nombre de filières ne débouchent pas sur du travail. De plus l’Etat cherchant désespérément des économies à faire favorise l’instauration de stages, de formations en alternances, etc. qui permettent d’économiser du temps d’enseignement et fournissent aux entreprises une main d’œuvre assez qualifiée, parfois même motivée, et pour généralement la moitié du SMIC (si le salaire est versé…) ; stages auxquels est soumise l’obtention du diplôme bien évidemment. Et pour les étudiants les plus pauvres, ce ne sont pas les heures interminables de transports, ou les prix élevés des logements universitaires ni les emplois du temps spécialement mal conçus qui améliorent la situation. Ni le versement aléatoire des bourses, dont les critères d’accès sont d’ailleurs de plus en plus bas, au point que même un étudiant qui vivrait dans la rue n’y aura bientôt même plus droit… Sans oublier le système absurde et injuste de justification d’absences qui maintient une pression permanente sur les élèves et qui les oblige à aller voir un médecin pour un simple rhume. Si l’Etat veut faire des économies dans les caisses de la sécurité sociale, qu’il commence par là ! On remarquera aussi l’attitude « exemplaire » des enseignants qui bien souvent participent avec zèle aux politiques de tri décidées par l’Etat en poussant vers la sortie les étudiants jugés trop mauvais ou pas à leur place : soit explicitement, soit en les laissant pour compte comme c’est souvent le cas dans le système universitaire classique où on constate des taux d’échec ahurissants dans les premières années d’études (environ 56% d’échec pour l’année 2011-2012 sur l’ensemble des universités [1]). Il faut aussi évoquer le cas des étudiants-travailleurs, qui à mon avis réunissent toutes les contradictions possibles du système sur eux. Il paraît évident qu’ils vivent à la croisée de deux mondes : celui du rêve de l’ascension sociale par les études, et celui du salariat et de la misère qui probablement les attend aussi de l’autre côté. Et il est d’ailleurs certain que soutenir de tels rythmes entre travail et études, en plus d’être intenable, conduit presque inévitablement à l’échec des études. Bien sur la destruction progressive de toute perspective pour ces jeunes est le résultat de politiques longuement réfléchies et actuellement mises en place pas à pas. Et voici par exemple ce que préconisent les sbires de l’OCDE dans un de leurs rapports destiné aux managers politiciens :

« Si l’on diminue les dépenses de fonctionnement, il faut veiller à ne pas diminuer la quantité de service, quitte à ce que la qualité baisse. On peut réduire, par exemple, les crédits de fonctionnement aux écoles ou aux universités, mais il serait dangereux de restreindre le nombre d’élèves ou d’étudiants. Les familles réagiront violemment à un refus d’inscription de leurs enfants, mais non à une baisse graduelle de la qualité de l’enseignement et l’école peut progressivement et ponctuellement obtenir une contribution des familles, ou supprimer telle activité. Cela se fait au coup par coup, dans une école mais non dans l’établissement voisin, de telle sorte que l’on évite un mécontentement général de la population. » [2]

Et si ce genre de directive est trouvable publiquement (seulement maintenant), imaginez alors ce qui se passe dans la tête de nos dirigeants et ce qu’ils nous préparent. Il n’y a bien évidemment rien à attendre d’eux, ni des partis de « gauche » ou même « d’extrême gauche » qui ne sont là que pour nous duper et nous maintenir dans un état végétatif entre chaque élection.

Bref, dans ce système méthodique de tri impitoyable, seuls la classe bourgeoise, consciente des enjeux de ce système, et qui a ses pions bien placés dedans, sait où aller, comment faire pour se maintenir, elle connaît les raccourcis dans ce dédale où sombrent des vagues d’étudiants. L’étudiant « classe moyenne » lui rejoint la condition du prolétaire, mais en même temps beaucoup rêvent encore à une autre condition, et sont prêts à beaucoup d’efforts pour encore rester dans le paradis bourgeois de la société de consommation et ses nombreux plaisirs. Encore beaucoup, chez les prolétaires pauvres ou embourgeoisés, croient au mythe de l’ascension sociale, ils rêvent d’une école d’ingénieur, d’une école de commerce, d’allers aux États-Unis, en Angleterre ou au Canada pour faire leurs études, de gagner vite beaucoup d’argent à la sortie de leur école ; certains sont même prêts à s’endetter pour atteindre leur objectif d’embourgeoisement. Et même s’ils sont de moins en moins nombreux, ils représentent encore une trace résiduelle idéologique qui freine notre progression et il convient de mettre à nu les hypocrisies et les mensonges de ces idéologies, de montrer leur imposture.

Mais pour le reste, des centaines de milliers d’étudiants quittent chaque année l’université sans diplôme. Où vont donc toutes ces hordes cachées dans l’ombre qui disparaissent brutalement des statistiques de l’Etat ? Ils s’en vont rejoindre les rangs du nouveau prolétariat sans aucun doute.

Tout l’enjeu de la période à venir, c’est de bien comprendre que le prolétariat est une classe qui chaque jour recrute dans toutes les autres classes actuellement en décomposition. La structure de l’état actuelle accompagne vigoureusement ce déclassement et fait pression socialement de tout son poids pour écraser la nouvelle génération et la faire plier, pour qu’elle accepte son statut d’esclave salarié, avec le sourire si possible ! Le système des études supérieures tombe en ruine, et en même temps qu’y a-t-il à sauver dans ce système pompeux et au service de l’ordre bourgeois ? La destruction de ces structures ne fait qu’accélérer la montée en puissance d’un nouveau prolétariat, force qui à l’avenir, si nous savons la structurer, sera sans aucun doute révolutionnaire. Et tandis que les réformistes et chauvins font encore miroiter une autre situation à cette jeunesse, seule une révolution pourrait permettre d’instaurer une véritable société juste débarrassée de ces chaînes qui chaque jour pèsent sur beaucoup d’entre nous. Rester dans l’isolement, c’est ce que voudrait pour nous le système. Alors rassemblons-nous, créons des liens, mettons en commun notre culture, nos idées, nos potentiels, bref notre force. Nous qui tentons de lutter au jour le jour, nous ne sommes pas seuls. Tout cela n’est pas une fatalité. Et bientôt nous verrons surgir une force impressionnante de l’abîme actuel et nous écraserons tous les cafards qui prêchent la soumission, nous balaierons ce vieux monde pourri qui s’écroule et ferons naître de ces décombres la révolution communiste.

Auteur anonyme, 6/11/2014

[1] : 43,6% de réussite ; 29,0% de redoublement ; 27,2% de sortie http://etudiant.aujourdhui.fr/etudiant/info/etudes-a-l-universite-44-de-reussite-en-premiere-annee.html

[2] : Cahier de politique économique n° 13 de l’OCDE, Faisabilité de la politique d’ajustement, p. 30. http://www.oecd.org/fr/dev/1919068.pdf

 

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La guerre civile en Turquie et l’anniversaire d’Erdal Eren

Aujourd’hui les turcs célèbrent le triste anniversaire d’Erdal Eren, un symbole de la répression anticommuniste en Turquie. Ce 25 septembre 2014 ce jeune communiste froidement pendu à l’âge de 16 ans par les militaires fascistes en 1980 aurait eu 50 ans.

Son assassinat s’inscrit dans un contexte politique extrêmement tendu que nous allons visiter à l’instant. Dans la seconde moitié des années 1970 la Turquie a vécu ce que certains ont appelé une guerre civile de « faible intensité » entre les forces révolutionnaires et le gouvernement ainsi que son avant-garde politique d’extrême-droite, qui a engendré plus de 5000 morts.

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A partir de 1970-1971 les communistes turcs passent à l’action armée, mettant ainsi fin à plusieurs décennies d’attentisme et de réformisme dans le mouvement communiste dominé par le TKP (Parti communiste de Turquie). Les premières organisations révolutionnaires armées ont été le THKO (Armée de libération du peuple de Turquie) et le THKP-C (Parti-Front de libération du peuple) qui font de l’anti-impérialisme un principe fondateur et qui s’en sont pris notamment à des cibles impérialistes (multinationales, consulats étrangers, armée US)… Les deux organisations sont vite décimés, en 1972, suite à la mort des principaux leaders : Deniz Gezmis, Yusuf Aslan, Huseyin Inan (THKO) par pendaison et Mahir Cayan (THKP-C) lors d’une embuscade de l’armée turque. L’Etat turc a effectivement beaucoup investi dans l’endiguement de la progression des luttes sociales, notamment suite au coup d’Etat militaire de 1971… En 1972 c’est le TKP-ML (Parti communiste de Turquie/marxiste-léniniste) fondé par Ibrahim Kaypakkaya qui prend le relais et mène la guérilla dans les montagnes par le biais de sa branche armée, le TIKKO (Armée ouvrière et paysanne de libération de la Turquie). Les autorités ne tardent pas à traquer ce personnage et les membres de son mouvement. Kaypakkaya est finalement arrêté et meurt dans d’atroces souffrances en mai 1973 après plusieurs mois de torture durant laquelle il n’a pas soufflé un mot, selon le principe « on peut donner sa vie mais pas ses secrets ».

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Gezmis, Cayan et Kaypakkaya sont parmi les principales figures du mouvement communiste turc avec Mustafa Suphi, fondateur du TKP en 1920 et assassiné par les kémalistes.

Après la mort des principaux leaders cités le mouvement communiste est désorganisé mais se restructure et fonde rapidement un mouvement de masse en se basant sur l’héritage des précédentes organisations. Dès 1974 un mouvement de jeunes communistes apparaît, le Dev-Genc (abréviation de Jeunes Révolutionnaires, qui s’étend plus tard au-delà des universités), qui relance le processus révolutionnaire et qui devient, avec la dense Fédération de la jeunesse révolutionnaire (DGDF) fraîchement formée, le Sentier révolutionnaire (Dev-Yol) en 1976. En 1975 se forme également la MLSPB (Ligue marxiste-léniniste de propagande armée) et en 1976 le THKP-C/HDÖ (THKP-C/Avant-garde révolutionnaire du peuple) qui vont mener plusieurs centaines d’actions armées. En 1978 le TKP/ML de Kaypakkaya tient son premier congrès, signe de sa réorganisation. La même année est fondé la Gauche révolutionnaire (Dev-Sol) qui connaît un grand succès et dont les actions armées marquent le pays, le mouvement est connu depuis 1994 comme le DHKP-C (Parti-Front de libération du peuple révolutionnaire). D’autres groupes apparaissent, l’Union des communistes révolutionnaires de Turquie (TIKB, 1979) et le Parti communiste révolutionnaire de Turquie (TDKP, 1980), né de la fusion avec Libération du peuple (HK). Comme on peut le constater le mouvement révolutionnaire turc est relativement décentralisé.

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Le 1er mai 1977 un rassemblement sur la place Taksim (Istanbul) a réuni plus de 500 000 personnes à l’appel des communistes et des syndicats. Les chars n’ont pas attendu longtemps avant d’arriver sur les lieux et mettre fin à la célébration de la journée des travailleurs : des dizaines de personnes ont été tué durant la répression. Cette date est resté dans la mémoire des progressistes turcs comme le « premier mai sanglant ».

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La fête du travail à Istanbul en 1977

Le 1er mai 1979, le gouvernement du CHP (Parti républicain du peuple, de gauche, crée par Mustafa Kemal) instaure un couvre-feu. L’année suivante, le 1er mai 1980, avant même le coup d’Etat militaire, toute manifestation est interdite dans la plupart des départements. Le 22 juillet Kemal Türkler, le secrétaire général de la Confédération des syndicats révolutionnaires (DISK) qui avait prononcé un discours interrompu le 1er mai 1977, est assassiné après avoir été arrêté.

En décembre 1978 un massacre ignoble organisé par les services secrets turcs et les hordes du MHP (Parti d’action nationaliste, d’idéologie fasciste) a eu lieu à Kahramanmaras visant principalement les familles alévis (minorité religieuse) et communistes ; près d’un millier de personnes ont été assassinés en quelques jours. Il s’agissait de « donner une leçon aux révolutionnaires kurdes et alévis » avec un fanatisme inhumain : lynchages, pendaisons dans les arbres, éventrement des femmes enceintes, écartèlement de bébés… Bien entendu l’armée intervient une fois le massacre terminée et les policiers sont en état de quasi-passivité, se contentant d’arrêter les personnes essayant de se défendre. Ce massacre, fait avec l’aval du gouvernement CHP reste encore largement censuré par l’Etat turc, le 21 décembre 2011 une commémoration à Maras a été interdite par le préfet.

haluk2-F5B3-D9E3-A218La photo-symbole du massacre, représentant des médecins ayant essayé de sauver une femme enceinte et son bébé, ni l’une ni l’autre n’ont survécu

maras-katliami« A la guerre pour Dieu », peut-on lire ici, au moment de l’attaque terroriste…

Evidemment les communistes ont eu l’occasion de riposter par la violence et des actions armées, mais jamais ils n’ont pris pour cible des populations civiles.

A la fin des années 1970 la Turquie est frappé par la crise économique, qui aggrave la crise politique et sociale. En 1980 le taux de chômage avoisinait 20% et le taux d’inflation dépassait 60%, le nombre de grèves a explosé (22 en 1973, 227 en 1980, en moyenne plus d’une grève tous les deux jours), les affrontements entre les deux camps étaient de plus en plus violents, il était désormais impossible de ne pas s’intéresser à la politique ; soit on était avec les révolutionnaires, soit on était contre. Le mouvement communiste turc était alors un mouvement de masse qui avait de solides bases parmi les masses laborieuses. A ce moment-là il était évident qu’il n’existait plus que deux alternatives : dictature révolutionnaire du prolétariat ou dictature fasciste réactionnaire.

C’est la deuxième « solution », l’autocratie bourgeoise menée par Kenan Evren, qui l’emporta, instituant la loi martiale et noyant le mouvement populaire dans la répression féroce. Celui-ci se réorganisera et atteindra son apogée dans les années 1990 après un rythme d’activité très faible dans les années 1980, à cause des coups infligés par le coup d’Etat de 1980.

34522

iskence_12_Eylul_1980Entre 1980 et 1983 des centaines de milliers de révolutionnaires ont été emprisonnés et torturés, des milliers ont été assassinés et des centaines ont péri dans les prisons (tortures, très mauvaises conditions de détention…). Mazlum Dogan, un des fondateurs du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK, autrefois véritablement révolutionnaire), s’est immolé par le feu dans sa prison en mars 1982 pour protester contre la torture systématique des prisonniers politiques.

Malgré la fin de la dictature militaire la culture anticommuniste est toujours très forte en Turquie, il existe actuellement des milliers de prisonniers politiques, jusqu’en 2012 de très nombreux livres, revues, journaux, brochures étaient interdits, en décembre 2012 une libéralisation partielle a donné lieu à la légalisation de 450 livres et revues (Internet aurait rendu ces lois inutiles), Le manifeste du Parti communiste de Karl Marx ou les écrits de Mahir Cayan par exemple… et il ne valait mieux pas que la police surprenne quelqu’un lisant de la littérature socialiste, mais il semblerait que ces légalisations ne soient pas en oeuvre dans les faits, pour prendre un exemple français, Sevil Sevimli, une étudiante française d’origine turque en vacances en Turquie s’est fait arrêter et a été condamné à 5 ans de prison en février 2013 pour « propagande terroriste » car elle sortait d’un concert de Grup Yorum (tout comme 350 000 personnes), célèbre groupe de musiciens engagés turcs, qu’elle avait été repéré lors d’une commémoration en hommage à des martyrs étudiants et qu’elle avait avec elle des revues socialistes et Le manifeste de Marx… Elle fût finalement autorisée à regagner son pays de résidence après une intense campagne d’opinion en France.

0 erdal erenErdal Eren (1964-1980)

Erdal Eren (voir cet article qui lui est consacré) est loin d’être le seul martyr révolutionnaire turc mais se distingue par le sort que le régime lui a réservé malgré son très jeune âge, il est de ce fait devenu un symbole de la répression anticommuniste en Turquie. Il est l’une des premières victimes de la dictature militaire, il est en effet pendu le 13 décembre 1980 à l’âge de 16 ans, il a été accusé d’avoir tué un soldat lors d’une manifestation en hommage à un étudiant communiste assassiné d’une balle dans le dos par un militant d’extrême-droite en février 1980, il a été condamné à mort une première fois (condamnation finalement annulée) à l’époque républicaine malgré les preuves contradictoires et son statut de mineur, après sa condamnation par le juge Erdal a été tabassé par les soldats, qui formaient la quasi-totalité de la salle, jusqu’à ce qu’il ait la bouche et le nez en sang, les juges ne sont pas intervenus. Il passe alors son temps dans un camps militaire où il est soumis à des conditions intenables, en tant qu’« assassin de soldat ». Après le coup d’Etat fasciste il est utilisé comme exemple et lâchement exécuté afin de montrer que le nouveau gouvernement serait impitoyable envers ceux qui se battent pour changer l’ordre social existant. « Les révolutionnaires meurent, pas la révolution » dit-on en Turquie… En octobre 1984 Evren déclare au cours d’un entretien à propos d’Erdal Eren, après s’être fait rafraîchir la mémoire car il ne s’en souvenait pas : « Qu’on ne le pende pas mais qu’on le nourrisse ?! ».

Il était un jeune homme extrêmement mûr et solide psychiquement, il écrit dans sa dernière lettre à ses parents : « [...] Je sais très bien que cette affaire se résultera par ma mort, malgré cela je ne me laisse pas emporter par la peur, le découragement, le pessimisme et je suis fier d’être un révolutionnaire et d’avoir participé aux luttes. [...] Vous êtes au courant que je ne suis pas coupable de l’acte dont je suis accusé. Les raisons de cette condamnation sont en fait tout simplement d’intimider et de faire obstacle à nos luttes. [...]

Les persécutions que nous subissons dans la prison sont inhumaines. [...] Tout ce que j’ai enduré, tout ce qui m’est arrivé, n’ont fait qu’accroître ma détermination, ils n’ont pas pu détruire mes croyances pour mon peuple et pour la révolution. Faire avancer la lutte jusqu’au bout, vers le point le plus loin et du meilleur moyen possible, ce sont là mes seuls buts. [...]

Je sais combien la perte d’un fils sera douloureuse pour vous, mais je veux que vous mettiez ces sentiments de côté. Je voudrais que vous sachiez et acceptiez le fait que vous avez des milliers de fils. Dans la lutte, beaucoup seront massacrés et perdront leurs vies mais ne disparaîtront jamais. La lutte continuera et eux, vivront au cœur du combat. Ce que je veux de vous c’est que vous le sachiez et que vous fassiez des efforts pour mieux comprendre. Que vous pleuriez après ma mort comme si j’étais quelqu’un de misérable et d’impuissant me blesserait. Plus vous resterez forts et courageux, plus vous me rendrez heureux. Je vous souhaite à tous une vie libre et heureuse.

Mes salutations révolutionnaires, votre fils Erdal. »

Élève en lycée professionnel, il allait devenir ouvrier du bâtiment, il connaissait parfaitement les deux possibilités qui allaient s’offrir à lui : la rude exploitation ou le chômage, il adhère alors à l’Union des jeunes communistes de Turquie (TGKB), branche de jeunesse du Parti communiste révolutionnaire de Turquie (TDKP, aujourd’hui le Parti du Travail (EMEP)), afin de défendre ses futurs intérêts. Aujourd’hui célébrer Erdal Eren c’est célébrer la jeunesse en révolte contre ses conditions misérables car sa lutte est profondément actuelle. Aujourd’hui les étudiants sont forcés de cumuler les petits boulots sous-payés, de plus en plus d’étudiantes se prostituent et le chômage touche 26% des jeunes, cette génération perdue selon les mots de la Banque mondiale, il n’a jamais été aussi élevé.

nuce_15122012-174118-1355589678.38Manifestation de la Jeunesse du Parti du Travail (EMEP) en décembre 2012 (Turquie). "Les putschistes auront leur place dans la poubelle de l’Histoire ! Erdal Eren vivra dans notre lutte pour la révolution et le socialisme"

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La tombe d’Erdal Eren, 13 décembre 2012

Cette condamnation injuste n’est pas sans rappeler celle de ces trois enfants, Ali, Levent et Metin, condamnée à 9 ans de prison pour avoir simplement volé de la nourriture en 1997 (leurs parents n’étaient pas ministres). Au bout de 2,5 ans les deux premiers, âgés de 13-14 ans, ont finalement été relâché car ils étaient mineurs alors que le dernier, qui venait tout juste d’avoir 18 ans, a purgé la totalité de sa peine de 9 ans.

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Un ministre turc du gouvernement AKP (Parti de la justice et du développement, au pouvoir depuis 2002) constatait ouvertement en juin 2013 que « plus le niveau d’éducation augmente, moins on nous fait confiance » (Taner Yildiz, entretien avec la chaîne Haber Türk, 16 juin 2013), c’est d’autant plus vrai pour le principal parti d’ « opposition » parlementaire, le CHP (cité plus haut), qui n’a pas pu remporté les dernières élections (abstention record, chiffré à 15 millions) et dont la direction a refusé tout lien avec le mouvement de contestations anti-gouvernement en été 2013. C’est que les peuples commencent à prendre conscience de la véritable nature radicalement cynique et instable du système capitaliste, ils doivent comprendre que la seule alternative est le socialisme. Erdal Eren n’est pas mort pour rien !

Les hommes politiques nous méprisent au plus haut degré derrière leurs discours officiels mensongers et démagogiques, nous étions des « veaux » (De Gaulle), nous devenons des « sans-dents » (Hollande). Un rapport de l’OCDE de 1996 affirmait qu’il était temps pour les « pays développés » d’accélérer la libéralisation financière et la destruction des acquis sociaux (le danger socialiste ayant disparu) et qu’il fallait s’y prendre progressivement en cherchant à faire passer la pilule habilement et à limiter le plus possible les conséquences politiques (émeutes, grèves…) car « comporte nécessairement beaucoup de mesures impopulaires puisque l’on réduit brutalement les revenus et les consommations des ménages » (Cahier de politique économique n° 13, « La faisabilité politique de l’ajustement », par Christian Morrisson, 1996). En ce sens l’esprit du texte semble pris d’admiration par les dictatures militaires argentines et chiliennes dans lesquels « les troubles sont plus rares » et « de nature différente ». Voici un exemple du cynisme des capitalistes : « Après cette description des mesures risquées, on peut, à l’inverse, recommander de nombreuses mesures qui ne créent aucune difficulté politique. Pour réduire le déficit budgétaire, une réduction très importante des investissements publics ou une diminution des dépenses de fonctionnement ne comportent pas de risque politique. Si l’on diminue les dépenses de fonctionnement, il faut veiller à ne pas diminuer la quantité de service, quitte à ce que la qualité baisse. On peut réduire, par exemple, les crédits de fonctionnement aux écoles ou aux universités, mais il serait dangereux de restreindre le nombre d’élèves ou d’étudiants. Les familles réagiront violemment à un refus d’inscription de leurs enfants, mais non à une baisse graduelle de la qualité de l’enseignement et l’école peut progressivement et ponctuellement obtenir une contribution des familles, ou supprimer telle activité. Cela se fait au coup par coup, dans une école mais non dans l’établissement voisin, de telle sorte que l’on évite un mécontentement général de la population. »

En mai 2014 301 mineurs turcs de Soma ont perdu la vie au cours d’un grave "accident" à l’intérieur. Pour cause la course au profit et les manquements majeurs aux mesures de sécurité. En 2012, lors d’un entretien à un journal turc, le PDG de la compagnie minière Alp Gürkan s’était vanté d’être parvenu à réduire les coûts de production à 24 dollars la tonne contre 130 avant la privatisation de la mine. Les capitalistes de Soma Kömür Isletmeleri ont du sang sur les mains, tout comme leur suppôt du gouvernement bourgeois qui avait refusé toute inspection de sécurité dans les mines.

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La seule voie est la révolution !

"Vive le 1er mai", "C’est la révolution qui nettoie la saleté"

MURATphoto-800_550Quelques portraits de martyrs révolutionnaires turcs et kurdes

 

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Fascisme, guerres et impérialisme : la fin des méthodes "démocratiques"

Hier, au bonheur de la grande messe médiatique bourgeoise, la vie politique française s’est retrouvée dans un tumulte comme on en avait pas connu depuis bien longtemps au sommet de l’Etat. Après seulement cinq mois d’activité, le gouvernement de M. Valls a vacillé. Nous l’avons vu, dès 2012, quand le président François Hollande a démarré son mandat, il a fixé son cap : l’application de la politique européenne dictée par les intérêts de l’impérialisme allemand et de l’impérialisme français, à savoir :
– suppression de l’Etat-providence social par la réduction des déficits et réformes de compétitivité,
– soutien à l’impérialisme allemand en Europe de l’est et mise en place d’une Europe réduite avec un euro fort, d’où seraient exclus les maillons faibles,
– mise en place du grand marché transatlantique visant à concurrencer le marché intérieur chinois.

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Qu’en est-il de l’application de ce programme ? Les réformes sociales de destruction de l’Etat-providence ont bien plus progressé en 2 ans et demie sous l’ère Hollande que sous l’ère Sarkozy toute entière, et pour cause, on était habitué avec M. Sarkozy à de grands fracas médiatiques pour chaque réforme, la moindre petite réformette jetant des millions de gens dans la rue (réforme des retraites par exemple). Cette stratégie adoptée par le gouvernement de l’UMP n’a pas donné ses fruits, elle était et est toujours bien trop directe et risquée. Les élites de l’impérialisme français ne voulaient pas risquer une explosion sociale à chaque milliard d’euro retiré du budget de l’Etat.

2Manifestation contre la réforme des retraites, 2010

M. Hollande semblait bien plus compétent pour cette tâche, et bien plus consciencieux. Contrairement à ce que laisse penser le bruit médiatique, M. Hollande n’a rien d’un benêt, d’un "mou" ou d’un incapable qui ne fait rien, bien au contraire ! Ce n’est pas moins de 50 milliards d’euro qu’il a presque réussi à retirer du budget de l’état bourgeois, et cela en moins de 3 ans. Il a donc fait mieux que ses prédécesseurs, sur tous les plans, y compris la politique étrangère où M. Hollande a soutenu avec zèle la politique de guerre de l’impérialisme américain et de l’euro-fascisme allemand en Europe de l’est lors des crises syriennes et ukrainiennes, et a même pris les devants en Afrique en opérant militairement dans plusieurs pays, soit disant pour combattre des terroristes religieux.

Mais pour appliquer sa politique, le président a besoin premièrement d’un gouvernement qui lui est fidèle, et deuxièmement d’une assemblée qui lui est obéissante, en effet les réformes économiques ne peuvent pas être passées par décret dans le système de la cinquième république. La conséquence est que sans majorité à l’assemblée, la politique économique du gouvernement ne peut pas être appliquée. Depuis 2012, le gouvernement était composé de toutes les tendances du PS et de ses alliés (finalement partis il y a 5 mois), de façon à éviter une fronde et à avancer sur le plan législatif. Mais l’événement d’hier marque un tournant majeur, en renvoyant les ministres frondeurs de son gouvernement, M. Valls risque de se mettre à dos les 40 députés frondeurs de l’assemblée, réduisant à néant sa majorité de "gauche" et empêchant le gouvernement de mettre en place la moindre réforme. Plusieurs solutions s’offrent encore au gouvernement PS :
– menacer les frondeurs et les faire rentrer dans le rang (mais cela semble être voué à l’échec, d’autant plus qu’ils n’ont plus rien à perdre vu le désastre électoral qui va finir tôt ou tard par leur tomber dessus directement).
– s’allier avec les autres partis qui souhaitent appliquer sa politique : l’UDI, le Modem et l’UMP, formant ainsi une majorité ouvertement UMPS, brisant les dernières chances de réélection pour l’UMP comme pour le PS.
– une dissolution de l’assemblée nationale, qui à ce jour profiterait exclusivement au FN, et ce n’est pas pour rien que le FN réclame une dissolution.
– changer de politique, mais il est peu probable que le président change son cap, comme il l’a lui-même répété plusieurs fois, sans compter le fait qu’il n’en a pas la capacité vu ses contraintes.

FRANCE-ASSEMBLY-QUESTIONSLes frondeurs du PS

Que nous montre donc cette situation ? Le gouvernement est au pied du mur et ne semble plus capable d’appliquer sa politique par des méthodes "démocratiques", ni sur le plan intérieur, ni sur le plan extérieur. Certes d’autres partis peuvent encore mener cette politique, mais la tendance montre clairement qu’appliquer les réformes en cours ne sera presque plus possible par la voie purement "démocratique".

Rappelons ce que disait le camarade Staline à propos du fascisme en 1934 :

« Il faut regarder la victoire du fascisme en Allemagne, non seulement comme un signe de faiblesse de la classe ouvrière et le résultat des trahisons perpétrées contre celle-ci par la social-démocratie qui a frayé la route au fascisme. Il faut la considérer également comme un signe de faiblesse de la bourgeoisie, comme un signe montrant que cette dernière n’est plus en état d’exercer son pouvoir au moyen des anciennes méthodes de parlementarisme et de démocratie bourgeoise, ce qui l’oblige à recourir, dans sa politique intérieure, aux méthodes de domination par la terreur, comme un signe prouvant qu’elle n’a plus, la force de trouver une issue à la situation actuelle sur la base d’une politique extérieure de paix, ce qui l’oblige à recourir à la politique de guerre. »

4Marine Le Pen : fasciste ?

Quels groupes fascistes seraient en France, susceptibles de mener la politique actuelle par des moyens de terreur ? Examinons déjà le cas du Front National. Certes ce parti comporte des éléments fascistes notoires, mais si on s’arrête sur son programme, il n’est pas totalement compatible avec la ligne de l’impérialisme français allié de l’Allemagne, bien plus, il représente les intérêt d’une moyenne bourgeoisie en danger qui cherche des solutions alternatives à la mondialisation et à l’Europe telle qu’elles se présentent actuellement. Fini donc l’Union Européenne. En revanche sur l’aspect économique, le FN propose pas moins de 70 milliards de coupes budgétaires potentielles [1], ce qui pourrait convenir à l’impérialisme français, si celui-ci décidait de trahir l’Europe et de se tourner vers une solution sociale-chauvine-libérale où l’économie se restructurerait contre l’Allemagne et où l’impérialisme français se retrouverait dans l’obligation de s’allier avec l’impérialisme chinois pour sauver ses intérêts en Afrique (menacés par la Chine elle-même) plutôt que de compter sur l’OTAN qui montre des signes de faiblesse. Mais un tel renversement resterait dans les clous de la "démocratie" bourgeoise, puisqu’elle se ferait avec le consentement de la population, dupée une fois de plus par un parti politique comme un autre. Par conséquent l’élite impérialiste française a au moins un remplaçant potentiel pour "l’UMPS" et pourra peut-être encore quelques années diriger de manière "démocratique" les réformes qu’elle juge nécessaire pour perpétuer sa domination.

En revanche, si l’impérialisme français restait fidèle à l’Europe, alors il en serait tout autrement, car à part "l’UMPS" et ses alliés, aucun parti politique ne mènera à nouveau la politique de M. Hollande. Celui-ci comptant d’ailleurs sur la percée du FN pour s’assurer une victoire au deuxième tour contre M. Le Pen en 2017. Si tel était le cas, il y a fort à parier qu’il ne tiendrait pas cinq années de plus et que face à la menace d’explosion sociale et de blocage parlementaire, la bourgeoisie en vienne à des méthodes terroristes et violentes pour appliquer sa politique économique, et par conséquent, il est probable qu’elle soit déjà en train de préparer la suite en formant des groupes fascistes susceptibles d’effectuer un tel coup de force. On peut penser que la menace islamiste pourra être au moment voulu, instrumentalisée de manière féroce pour imposer un PATRIOT ACT à la française, combinant les forces de répressions de l’état et des groupes paramilitaires déjà existants pour faire basculer la France dans le fascisme. On le voit déjà, l’Etat bourgeois qui a généré en nombre les militants terroristes religieux, tente pour l’instant de les endiguer et les retient pour le moment où il en aura besoin.

5Fascistes grecs

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7Terroristes neonazis ukrainiens

Enfin, comme nous l’avons vu en Ukraine cette année, la classe dirigeante fait maintenant directement appel aux fascistes pour prendre en main le pouvoir. L’événement de la révolution de Maïdan n’est pas à prendre à la légère. C’est le signe qu’après l’indépendance de l’Ukraine au moment de l’effondrement de l’URSS, qu’après tous les efforts faits pour faire entrer l’Ukraine dans sa zone d’influence à l’instar de la Pologne et des pays baltes, l’impérialisme allemand appuyé par l’OTAN, qui a échoué à plusieurs reprises au moment des révolutions "oranges" et autres coups fomentés par la CIA, applique désormais des méthodes terroristes pour assurer sa domination. L’interdiction du parti communiste en Ukraine n’est pas sans rappeler l’événement similaire qui a eu lieu en Allemagne après l’arrivée au pouvoir du parti nazi, ou en 1939 en France. Aujourd’hui, le tout se fait dans un contexte de repartage violent du monde qui a commencé depuis quelques années et où les Etats-Unis d’Amérique et leurs alliés voient leur suprématie économique péricliter face à la Chine et à ses alliés. Et ce repartage avance d’autant plus vite que la Chine, craignant un effondrement de ses marchés extérieurs (nous) construit son marché intérieur en investissant davantage dans un système social et en signant des contrats de centaines de milliards de dollar avec son allié russe [2], en plus de la formation du bloc BRICS [3] confirmé ce mois-ci. La possibilité d’une guerre inter-impérialiste peut être exclue pour des raisons évidentes telles que la faiblesse des armées européennes et la délocalisation des industries de production servant à assembler les pièces des armes, en revanche une guerre civile a déjà éclaté en Europe, la guerre a commencé, et tout indique que dans les conditions actuelles, toutes les évolutions possibles vont tendre à aggraver ce conflit, à l’étendre au-delà de son point d’origine, puis accélérer la décomposition des régimes "démocratiques" bien incapables d’avancer plus loin dans leur réformes sans marcher en terrain miné.

8Bismarck exige un repartage du monde

Mais il faut souligner un point important, sans lequel la compréhension du fascisme en Europe ne peut pas être totalement saisie. L’impérialisme allemand diffère des autres impérialismes (français, anglais, et même russe) sur un point crucial, l’Allemagne est un petit pays (géographiquement) avec une zone d’influence réduite (du fait de la proximité avec les autres puissances impérialistes d’Europe). L’Allemagne bourgeoise a toujours eu plusieurs décennies de retard sur la France et l’Angleterre, comme le faisait remarquer Marx lorsqu’il parlait de l’histoire de la bourgeoisie dans le monde. De ce fait, l’Allemagne a toujours eu aussi un immense retard sur le développement de ses marchés extérieurs (colonies), surtout par rapport à l’Angleterre qui s’est dotée très tôt d’un immense empire (Commnwealth) et de la France qui s’est aussi très vite appropriée l’Afrique. Cela s’est notamment fait ressentir lorsque Bismarck convoquait à la conférence de Berlin tous ses rivaux impérialistes déjà bien en avance sur lui, pour exiger un repartage du monde et obtenir lui aussi des colonies. L’incapacité de l’Allemagne à s’accaparer des colonies eu deux conséquences : la première guerre mondiale, et l’apparition du concept de pangermanisme, "d’espace vital nécessaire à l’est" repris plus tard par les nazis. Cette conjoncture explique pourquoi actuellement les exportations de capitaux allemands se trouvent toujours en Europe de l’est et sont donc mécaniquement en rivalité avec l’impérialisme russe sur sa propre zone d’influence. Et de ce fait, on comprend pourquoi l’Union Européenne loin de favoriser la paix entre les peuples est, depuis sa création, le principal facteur de guerre à l’intérieur même de l’Europe et à ses frontières. Et cette politique agressive de l’Allemagne à l’est n’est possible qu’avec le soutien zélé de l’impérialisme français et des autres puissances du continent européen, et bien évidemment, le soutien tout naturel de l’OTAN dont les intérêts sont similaires à cet endroit du monde. Par conséquent, le point d’entrée du fascisme en Europe ne pouvait être que l’endroit où les contradictions inter-impérialistes et où l’opposition en générale était la plus poussée, à savoir en Ukraine. L’attitude servile de l’impérialisme français à l’égard des Allemands montre une chose, c’est que la bourgeoisie française pense encore pouvoir tenir son statut tel quel dans le monde et qu’elle subit des pressions énormes pour ne pas "changer de camp" et s’inféoder aux impérialismes émergents. Par conséquent, le jour où les Etats-Unis verront leur monnaie de singe et leur économie s’effondrer, ce qui est probablement imminent [4], le choc sera d’autant plus violent pour tous les sous-impérialismes européens qui n’auront d’autre choix que d’appliquer une répression féroce pour se maintenir, substituant les vielles méthodes de domination auxiliaires (abrutissement, drogue, désinformation, spectacle et amusements en tout genre, un peu d’argent pour acheter la paix sociale), par des méthodes policières, terroristes, systématiquement répressives, et ouvertement violentes. On le voit d’ailleurs de plus en plus, l’Etat reprend l’argent et les chaînes dorées accordées à sa petite bourgeoisie et aux classes populaires, cet argent il l’envoie dans le marché de la sécurité, des caméras, des mercenaires, des prisons, etc… on passe ainsi d’un traitement des troubles et de l’agitation par l’achat de la paix sociale, à une gestion des risques qui punit de manière impitoyable ceux qui se trouvent tout en bas de l’échelle sociale. Le cas le plus emblématique est celui des Etats-Unis qui enferment dans – disons-le clairement – des camps 2,5 millions de personnes, soit l’équivalent de la plus grande population du goulag sous Staline, qui est présenté comme un horrible dictateur par ces mêmes personnes. Voilà comment ils vont régler les problèmes ici aussi à l’avenir.

9Guantanamo : laboratoire des camps de concentrations

Plus que jamais s’impose la nécessité d’une révolution communiste en France, plus que jamais nous sommes dans un tournant historique où l’avenir est incertain. Nous savons que tôt ou tard l’impérialisme français sera lui aussi obligé de recourir au fascisme pour résoudre sa crise et maintenir sa domination malgré l’agitation sociale qu’elle génère. Le fascisme prendra (et prend déjà) des formes diverses dans chaque pays, selon la situation et les besoins de la bourgeoisie. La situation de déclassement d’une grande partie de la petite et moyenne bourgeoisie qui se voient jetées dans le prolétariat leur donne pour l’instant une situation largement favorable, pour l’instant seulement. Lorsque sera venu le temps des désillusions, il sera pourtant trop tard. Nous devons dès maintenant démontrer que seule une révolution communiste pourra résoudre nos problèmes et que les solutions sociales-chauvines ou libérales de toutes sortes qui font miroiter une place confortable au sein la mondialisation, sont des mirages et sont non seulement dangereuses, mais aussi irréalisables, et que tout espoir de revenir à la situation "d’avant" (les "trente glorieuses") de compromis progressiste social est du pur délire dans la situation actuelle de la France et vu la volonté de ses élites de se sauver coûte que coûte, quitte à sacrifier sa petite bourgeoisie.

10La ménagère des "trente glorieuses", symbole de prospérité et de paix sociale

Bien sur nous pourrons toujours nous battre pour la révolution même sous un régime fasciste, mais il est évident que ce sera bien plus difficile. Un tel régime serait toujours confronté d’une manière ou d’une autre aux problèmes économiques classiques du capitalisme, et en aggravant sa domination, il jettera lui-aussi beaucoup de gens dans le prolétariat, préparant inévitablement les conditions de son renversement. Toutefois nous n’en sommes pas encore arrivés là. Nous devons dès maintenant nous préparer à l’éventualité du fascisme et à ses conséquences, dénoncer fermement les agitateurs religieux qui serviront probablement de départ de feu à une guerre inter-ethnique, et enfin mettre en place un vrai parti communiste capable d’être la fraction la plus déterminée du prolétariat et son avant-garde conscient des enjeux de l’avenir et prêt à renverser la bourgeoisie le moment venu, un parti qui assume la nécessité de mettre en place la dictature du prolétariat, c’est à dire le vrai pouvoir du peuple luttant contre ses oppresseurs.

11Rassemblement du KPRF en Russie

Fait le 26/08/2014,
l’auteur a choisi de rester anonyme

Notes :

[1] : « Economies PROGRESSIVES sur les mauvaises dépenses de budget entre 5 et 70 Milliards € / an (gel budget UE, fraudes sociales, coût de la décentralisation, coût de l’immigration, gains du non sauvetage de l’Euro et des aides aux états de la ZE, etc…) »

http://www.frontnational.com/le-plan-de-desendettement-2013-de-la-france/

[2] : http://www.lemonde.fr/planete/article/2014/05/21/gaz-mega-accord-entre-la-chine-et-la-russie_4422950_3244.html

[3] : BRICS est un accord Brésil-Russie-Inde-Chine-Afrique du sud qui réunit des pays émergents, un futur marché d’environ 3 milliards d’habitants pour l’instant, et qui pourra à l’avenir détenir plus de la moitié du PIB mondial.

http://www.ladocumentationfrancaise.fr/dossiers/d000534-l-emergence-des-brics-focus-sur-l-afrique-du-sud-et-le-bresil/la-montee-en-puissance-du-groupe-des-brics-bresil-russie-inde-chine-afrique-du-sud

[4] : http://www.lesechos.fr/13/01/2014/LesEchos/21603-050-ECH_quand-le-yuan-supplantera-le-dollar.htm

 

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Adam Smith : Méfiez-vous des capitalistes !

« L’autorité que donne la fortune est très grande, même dans une société civilisée et opulente. De toutes les périodes de la société, compatibles avec quelque notable inégalité de fortune, il n’en est aucune dans laquelle on ne se soit constamment plaint de ce que cette sorte d’autorité l’emportait sur celle de l’âge ou du mérite personnel… » (Livre V, chapitre 1, section 2)

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Comme tout classique La richesse des nations (1776) est plus cité que lu. Le message premier que voulait faire passer Adam Smith à travers cette « enquête », que le capitalisme réaliserait le bien sans le vouloir, est bien connu, Smith n’est pas décrit comme le père du libéralisme économique pour rien. En revanche un aspect de cet ouvrage est très mal connu, c’est la description objective de l’économie marchande capitaliste, l’autre message clairement délivré était : Méfiez-vous des capitalistes !

Adam Smith anticipe Marx à plusieurs reprises, il s’interroge sur l’origine de la valeur et sur la formation du profit :

« Dans cet état primitif qui précède l’appropriation des terres et l’accumulation des capitaux, le produit entier du travail appartient à l’ouvrier. Il n’y a ni propriétaire, ni maître avec qui il doive partager. Si cet état eût été continué, le salaire du travail aurait augmenté avec tout cet accroissement de la puissance productive du travail, auquel donne lieu la division du travail. [...]
Aussitôt que la terre devient une propriété privée, le propriétaire demande pour sa part presque tout le produit que le travailleur peut y faire croître ou recueillir. Sa rente est la première déduction que souffre le produit du travail appliqué à la terre.
Il arrive rarement que l’homme qui laboure la terre possède par devers lui de quoi vivre jusqu’à ce qu’il recueille la moisson. En général, sa subsistance lui est avancée sur le capital d’un maître, le fermier qui l’occupe, et qui n’aurait pas d’intérêt à le faire s’il ne devait pas prélever une part dans le produit de son travail, ou si son capital ne devait pas lui rentrer avec un profit. Ce profit forme une seconde déduction sur le produit du travail appliqué à la terre. Le produit de presque tout autre travail est sujet à la même déduction en faveur du profit [...] Ce maître prend une part du produit de leur travail [celui des ouvriers] ou de la valeur que ce dernier ajoute à la matière à laquelle il est appliqué, et c’est cette part qui constitue son profit. » (Livre I, chapitre 8)

« Le travail d’un ouvrier de manufacture ajoute en général, à la valeur de la matière sur laquelle il travaille, la valeur de sa subsistance et du profit du maître. » (Livre II, chapitre 3)

« Quoique le premier [l’ouvrier] reçoive des salaires que son maître lui avance, il ne lui coûte [au capitaliste], dans le fait, aucune dépense, la valeur de ces salaires se retrouvant en général avec un profit de plus dans l’augmentation de valeur du sujet auquel ce travail est appliqué. » (Livre II, chapitre 3)

Pour Adam Smith la valeur provient donc du travail, et le profit est constitué par le prélèvement de la valeur créée par le travail, autrement dit un vol légal.

Comment devient-on riche ? « Le paradis des riches est fait de l’enfer des pauvres » disait Victor Hugo, Adam Smith dit quant à lui :

« Des hommes qui n’ont point de propriété ne peuvent se faire de tort l’un à l’autre que dans leur personne ou leur honneur [...] Partout où il y a de grandes propriétés, il y a une grande inégalité de fortunes. Pour un homme très riche, il faut qu’il y ait au moins cinq cents pauvres ; et l’abondance où nagent quelques-uns suppose l’indigence d’un grand nombre. » (Livre V, chapitre 1, section 2)

Smith aborde aussi les conflits entre le salarié et le capitaliste « dont l’intérêt n’est nullement le même » :

« Les ouvriers désirent gagner le plus possible ; les maîtres, donner le moins qu’ils peuvent ; les premiers sont disposés à se concerter pour élever les salaires, les seconds pour les abaisser.
Il n’est pas difficile de prévoir lequel des deux partis, dans toutes les circonstances ordinaires, doit avoir l’avantage dans le débat, et imposer forcément à l’autre toutes ses conditions. Les maîtres, étant en moindre nombre, peuvent se concerter plus aisément ; et de plus, la loi les autorise à se concerter entre eux, ou au moins ne le leur interdit pas, tandis qu’elle l’interdit aux ouvriers. Nous n’avons point d’actes du parlement contre les ligues qui tendent à abaisser le prix du travail ; mais nous en avons beaucoup contre celles qui tendent à le faire hausser [...] Il faudrait ne connaître ni le monde, ni la matière dont il s’agit, pour s’imaginer que les maîtres se liguent rarement entre eux. » (Livre I, chapitre 8)

« A la vérité, nous n’entendons jamais parler de cette ligue [celle des capitalistes], parce qu’elle est l’état habituel, et on peut dire l’état naturel de la chose, et que personne n’y fait attention. » (Livre I, chapitre 8)

Autrement dit la coalition des capitalistes contre les masses est inhérente au système capitaliste.

Les capitalistes ayant des intérêts divergents avec ceux de la classe laborieuse et du peuple, chaque loi proposée par les industriels et les commerçants devrait, selon Smith, être sérieusement examinée par les législateurs avant de passer :

« Cependant, l’intérêt particulier de ceux qui exercent une branche particulière de commerce ou de manufacture est toujours, à quelques égards, différent et même contraire à celui du public. Toute proposition d’une loi nouvelle ou d’un règlement de commerce, qui vient de la part de cette classe de gens, doit toujours être reçue avec la plus grande défiance, et ne jamais être adoptée qu’après un long et sérieux examen, auquel il faut apporter, je ne dis pas seulement la plus scrupuleuse, mais la plus soupçonneuse attention. Cette proposition vient d’une classe de gens dont l’intérêt ne saurait jamais être exactement le même que l’intérêt de la société, qui ont, en général, intérêt à tromper le public et même à le surcharger et qui, en conséquence, ont déjà fait l’un et l’autre en beaucoup d’occasions. » (Livre I, conclusion)

Les capitalistes maintiennent sans cesse les salariés sous pression et dans la précarité :

« Dans un pays qui jouit de quelque sécurité, il faut qu’un homme soit tout à fait hors de son bon sens, pour qu’il n’emploie pas, de l’une ou de l’autre de ces trois manières [consommation ou investissement (qui est divisé en deux types)], tout le fonds accumulé qui est à sa disposition, soit qu’il l’ait en propre, soit qu’il l’ait emprunté d’un tiers.
A la vérité, dans ces malheureuses contrées où les hommes ont à redouter sans cesse les violences de leurs maîtres, il leur arrive souvent d’enfouir ou de cacher une grande partie des fonds accumulés, afin de les avoir en tout temps sous la main pour les emporter avec eux dans quelque asile, au moment où l’un de ces revers auxquels on se voit continuellement exposé, viendra à menacer l’existence. » (Livre II, chapitre 1)

L’Etat est un organe chargé de représenter et de défendre les intérêts de la classe dominante, Smith entre encore en contradiction avec la plupart des capitalistes qui pensaient naïvement que l’Etat est neutre (encore aujourd’hui pour certains) :

« Le gouvernement civil, en tant qu’il a pour objet la sûreté des propriétés, est, dans la réalité, institué pour défendre les riches contre les pauvres, ou bien, ceux qui ont quelque propriété contre ceux qui n’en ont point. » (Livre V, chapitre 1, section 2)

Même si Smith passe pour un fervent défenseur de la division du travail, il admet aussi que celle-ci abrutit le travailleur et constitue un obstacle à son développement moral :

« Dans les progrès que fait la division du travail, l’occupation de la très majeure partie de ceux qui vivent de travail, c’est-à-dire de la masse du peuple, se borne à un très petit nombre d’opérations simples, très souvent à une ou deux. Or, l’intelligence de la plupart des hommes se forme nécessairement par leurs occupations ordinaires. Un homme qui passe toute sa vie à remplir un petit nombre d’opérations simples, dont les effets sont aussi peut-être toujours les mêmes ou très approchant les mêmes, n’a pas lieu de développer son intelligence ni d’exercer son imagination à chercher des expédients pour écarter des difficultés qui ne se rencontrent jamais; il perd donc naturellement l’habitude de déployer ou d’exercer ces facultés et devient, en général, aussi stupide et aussi ignorant qu’il soit possible à une créature humaine de le devenir ; l’engourdissement de ses facultés morales le rend non seulement incapable de goûter aucune conversation raisonnable ni d’y prendre part, mais même d’éprouver aucune affection noble, généreuse ou tendre et, par conséquent, de former aucun jugement un peu juste sur la plupart des devoirs même les plus ordinaires de la vie privée. Quant aux grands intérêts, aux grandes affaires de son pays, il est totalement hors d’état d’en juger, et à moins qu’on n’ait pris quelques peines très particulières pour l’y préparer, il est également inhabile à défendre son pays à la guerre ; l’uniformité de sa vie sédentaire corrompt naturellement et abat son courage, et lui fait envisager avec une aversion mêlée d’effroi la vie variée, incertaine et hasardeuse d’un soldat ; elle affaiblit même l’activité de son corps, et le rend incapable de déployer sa force avec quelque vigueur et quelque constance, dans tout autre emploi que celui pour lequel il ’a été élevé. Ainsi, sa dextérité dans son métier particulier est une qualité qu’il semble avoir acquise aux dépens de ses qualités intellectuelles, de ses vertus sociales et de ses dispositions guerrières. Or, cet état est celui dans lequel l’ouvrier pauvre, c’est-à-dire la masse du peuple, doit tomber nécessairement dans toute société civilisée et avancée en industrie, à moins que le gouvernement ne prenne des précautions pour prévenir ce mal. » (Livre V, chapitre 1, section 3)

Il continue en faisant l’éloge des sociétés dites barbares (sociétés de chasseurs, pasteurs, agriculteurs) dans le sens où,

« les occupations variées de chaque individu l’obligent à exercer sa capacité par des efforts continuels, et à inventer des expédients pour écarter des difficultés qui se présentent sans cesse. L’imagination y est tenue toujours en haleine, et l’âme n’a pas le loisir d’y tomber dans cet engourdissement et cette stupidité qui semblent paralyser l’intelligence de presque toutes les classes inférieures du peuple dans une société civilisée. Dans ces sociétés barbares, ou du moins qu’on nomme telles, tout homme est guerrier, comme on l’a déjà observé; tout homme est aussi, à un certain point, homme d’État, et peut porter un jugement passable sur les affaires relatives à l’intérêt général de la société, et sur la conduite de ceux qui le gouvernent. Chez ces peuples, il n’y a presque pas un seul particulier qui ne puisse voir, au premier coup d’œil, jusqu’à quel point les chefs de la société sont bons juges en temps de paix et bons généraux en temps de guerre. A la vérité, dans une telle société, il n’y a guère de probabilité pour un homme d’y acquérir jamais cette perfection et ce raffinement d’intelligence que certains hommes possèdent quelquefois dans un état de civilisation plus avancé. » (Livre V, chapitre 1, section 3)

La corruption est un élément intrinsèque à la logique capitaliste :

« Ainsi, tant que dura cet état de choses, il n’y avait presque aucune voie efficace de remédier à la corruption de la justice, résultat nécessaire de la nature incertaine et arbitraire de ces présents. » (Livre V, chapitre 1, section 2)

 

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Hitler n’était pas socialiste

Il est évident qu’Hitler n’avait strictement rien de socialiste, il était en effet un pur produit du capitalisme qui a su l’utiliser à ses fins, comme le dit un des historiens du nazisme les plus reconnus, Ian Kershaw, le nazisme fait partie des « mouvements extrémistes antisocialistes » [1]. Mais contrairement à certaines idées reçues faciles Hitler n’a jamais cherché à s’opposer au système économique dominant et à la bourgeoisie, il l’a au contraire servi jusqu’au bout, d’une manière que ne renierait pas les idéologues dits ultralibéraux. Car il ne faut pas oublier la tâche historique précise du fascisme, comme l’a résumé Karl Polanyi en 1944 : « On peut décrire la solution fasciste à l’impasse où s’était mis le capitalisme libéral comme une réforme de l’économie de marché réalisée au prix de l’extirpation de toutes les institutions démocratiques, à la fois dans le domaine des relations industrielles et dans le domaine politique. Le système économique qui risquait de se rompre devait reprendre vie. » (La Grande transformation)

Cette tâche historique, l’intellectuel capitaliste Ludwig von Mises l’a très bien compris, lorsqu’il écrit : « On ne peut nier que le fascisme et les mouvements similaires cherchant à mettre en place des dictatures sont remplis des meilleures intentions et que leur intervention a, pour l’instant, sauvé la civilisation européenne. Le mérite qui en revient au fascisme demeurera éternellement dans l’histoire. Mais bien que sa politique ait apporté provisoirement le salut, elle n’est pas de nature à nous assurer les succès futurs. Le fascisme était une solution d’urgence. » (Libéralisme)

Ces deux citations serviront de fil directeur de cet article.

p10_Heartfield-Hitler_600_x_600_-64ef8-8c63aDes millions derrière moi. Le sens du salut hitlérien

Tout d’abord il convient de plonger brièvement dans les racines du nazisme.

Dans Mein Kampf, Hitler écrit que l’essence de l’économie politique du nazisme est tiré des théories d’un certain Gottfried Feder :

« Précédemment, je n’étais pas à même de reconnaître, avec la clarté désirable, la distinction entre ce capital proprement dit [industriel], dernier aboutissement du travail producteur, et le capital dont l’existence et la nature reposent uniquement sur la spéculation. J’en étais capable dorénavant grâce à un des professeurs du cours dont j’ai parlé, Gottfried Feder [...] Après avoir écouté le premier cours de Feder, l’idée me vint aussitôt que j’avais trouvé le chemin d’une condition essentielle pour la fondation d’un nouveau parti [...] Dans le cours de Feder, je pressentais un puissant mot d’ordre pour cette lutte à venir [...] La lutte contre la finance internationale et le capital de prêt est devenu le point le plus important de la lutte de la nation allemande pour son indépendance et sa liberté économique. [4] »

Ce fameux Gottfried Feder qui a formé Hitler dans le domaine de l’économie politique est un économiste allemand et nazi de la première heure, il a, en effet, participé à la fondation du NSDAP. C’était entre autres, le théoricien économique du parti, il a, jusqu’à la prise du pouvoir d’Hitler, gardé une place influente en son sein. En 1919, il écrit son livre majeur, Manifeste pour briser les chaînes de l’usure, dans lequel il s’en prend au capital financier, mais il ne touche pas au capital industriel, lorsqu’il en parle, c’est pour en faire l’apologie, « le véritable créateur de richesse », comme il l’a fait pour l’industrie Krupp, l’une des principales entreprises du complexe militaro-industriel allemand.
J’ai retenu, dans son livre, quelques courts passages qui auraient enchanté les libéraux :

« Les confiscations de fortunes, les socialisations sont à l’ordre du jour, par conséquent des violations juridiques manifestes, qu’on peut certes quelque peu minimiser parcequ’elles ne sont commises sur l’individu qu’au nom du prétendu "intérêt commun". »

« Nous reconnaissons clairement que ce n’est pas l’économie capitaliste, que ce n’est pas le capital, en soi et comme tel qui est le fléau de l’humanité. Le besoin intarissable d’intérêts du grand capital financier est la malédiction de toute l’humanité laborieuse. »

« La socialisation signifie le déclin de l’économie [...] Ce n’est pas la socialisation mais la "désocialisation" qui devrait être la solution. »

« Les travailleurs n’ont pas à avoir peur de la classe dirigeante [bourgeoise]. »

C’est la vieille rengaine sociale-démocrate qui prétend que les maux du capitalisme ne viennent pas du capitalisme. Feder, comme tout bon social-démocrate, n’a aucunement l’ambition de détruire le capitalisme, au contraire il s’agit de détourner les masses opprimées des véritables problèmes en désignant du doigts certaines conséquences du capitalisme sans en chercher à combler les sources, le grand capital financer devient l’ennemi de l’humanité alors que le capital industriel exploiteur, condition de la première, devient une fierté, objet de « grandes réalisations » alors que contrairement au capital financier qui produit de l’argent à partir de rien, le capital industriel produit de l’argent à partir du travail d’autrui, il est tout aussi parasitaire, les thèses nazies keynésiennes visent simplement à sauver les capitalistes du mécontentement populaire croissant. Le préfacier de son ouvrage cité, Michel Drac, note justement que si Feder a toujours été officiellement la référence de l’économie politique nazie, il n’en demeure pas moins que ses thèses « radicales » sur la finance ont été abandonnées par Hitler après qu’il fusse élu.

Sur le socialisme, Feder est obligé de reconnaître que son objectif d’« élévation de la classe des travailleurs est une idée absolument magnifique » mais en bon prisonnier de l’idéologie bourgeoise, « les moyens employés pour accomplir ce très grand dessein sont presque tous complètement erronés » avec des arguments assez étonnants comme : « La conception socialiste de l’Etat conduit de manière conséquente au communisme, donc au déclin ».

Dans son livre, Feder prend directement en compte un argument spartakiste très juste de sens contre ses thèses : « Le spartakiste, quant à lui, dit : Toute cette idée revient à ménager le capital ; rien n’a changé, le pauvre n’a rien et les riches restent riches », à cela Feder ne répond pas, ne trouve rien à redire, il mime un dialogue et se contente d’attaquer personnellement le spartakiste : « Oui mon ami, c’est surtout très dur de s’entretenir avec toi si tu es dans le tréfonds de ton âme un communiste »… il enchaîne sur la théorie bourgeoise de l’impossibilité du socialisme et constate : « Nous ne nous comprenons pas, nous parlons chacun une langue étrangère à l’autre ».

Même si ce n’est pas directement le sujet ici il est intéressant de noter qu’on retrouve dans ce brûlot tous les clichés les plus absurdes contre le socialisme, le vieux mythe (largement utilisé par les koulaks russes pour faire peur aux paysans culturellement arriérés) de la collectivisation des femmes et des enfants par exemple : « Mais si, au-dessus du tréfonds de ton âme de communiste [...] tu aspires avec ferveur à avoir femme et enfants [...] au fait qu’il serait toutefois beau de posséder sa propre petite maison, son propre petit bout de jardin [...] alors tu n’est déjà plus communiste, alors tu as déjà rompu dans ton cœur avec ton mot d’ordre proclamé si fort "tout appartient à tout le monde ». Feder assimile aussi le communisme à des communautés arriérées, « d’esquimaux et de nègres ». La connaissance du socialisme des capitalistes se limitait fort souvent à ça (et c’est encore le cas aujourd’hui malheureusement).

kpd1924stiller04019"Choisis les communistes ! Pas ces ennemis des travailleurs !" ̶  De gauche à droite, mains sur épaules : un membre du Parti social-démocrate indépendant (USDP), un homme d’Eglise, un membre du parti nazi, un bourgeois et un membre du Parti social-démocrate (SPD)  ̶  Affiche du KPD, 1920s

Quant au qualificatif « national-socialiste » qui prête à confusion, Hitler l’a finalement regretté comme le rapporte l’historien Henry A. Turner dans German big business and the rise of Hitler (1985). A la fin de la Première guerre mondiale le socialisme était en effet très populaire en Allemagne, le Parti social-démocrate, officiellement inspiré de Marx, réalisait 38% aux élections de 1919 et la même année une tentative sérieuse de révolution communiste a éclatée. L’appellation socialiste est à destinée purement démagogique dans un contexte favorable au socialisme.

Le 27 octobre 1931, devant un parterre de financiers américains, Carl Friedrich von Siemens, PDG de la firme Siemens, fait l’éloge des nazis et de leur volonté d’éradiquer le socialisme en Allemagne : « L’objectif principal du NSDAP est la lutte contre le socialisme et son aboutissement logique, le communisme… C’est un rempart idéologique contre les tendances matérialistes ».

En deux phrases ce PDG a résumé l’essence du national-socialisme. Siemens n’est pas du tout un cas isolé, le ralliement de la bourgeoisie au national-socialisme est général. L’historienne Marlis Steinert écrit dans Hitler (1991) :

« Après les élections de septembre 1930, des lobbies de la grande industrie lourde multiplièrent les contacts avec le parti nazi et lui versèrent des fonds ; citons des industriels connus comme Fritz Thyssen, Hugo Stinnes, Paul Reusch, Albert Vögler, Fritz Springorum et leur porte-parole August Heinrichsbauer, qui toutefois ne devinrent pas membres du parti [...] Au niveau des élites, Göring et Walther Funk établirent des relations avec l’aristocratie, le monde des affaires et les sphères gouvernementales. »

Dans Les fascismes (1985), Pierre Milza écrit :

« Le premier trimestre 1932 marque ainsi un ralliement massif, sinon général du grand patronat industriel à une solution politique dont les principaux bénéficiaires seraient les nazis. (…) Le 26 janvier 1932, le banquier von Schröder, mécène de longue date du NSDAP, organise à Düsseldorf une rencontre entre le dirigeant nazi et environ 300 représentants du monde industriel. La partie n’est pas jouée au départ, car beaucoup n’ont jamais eu le moindre contact avec Hitler et se montrent plutôt méfiants à son égard. Or, en deux heures, le Führer emporte l’adhésion enthousiaste de la majorité de l’assistance. Sur le conseil de Thyssen et de Schacht, il a troqué la chemise brune contre le complet bleu marine et le discours qu’il prononce est un modèle d’habileté, à la fois rassurant pour le patronat, dont l’autorité sera non seulement maintenue mais renforcée par un gouvernement national-socialiste, et prometteur d’un avenir grandiose. Les diatribes contre le pacifisme et l’hommage rendu à l’armée ne peuvent laisser planer aucun doute dans l’esprit de ses auditeurs : la politique des nazis sera une politique de réarmement et d’autarcie, ce qui ne peut déplaire aux producteurs de charbon et d’acier auxquels il s’adresse. Pour conclure, après avoir fustigé l’égalitarisme et la démocratie, Hitler brosse un tableau en noir et blanc du présent et du futur de l’Allemagne : "Aujourd’hui, nous nous trouvons au tournant du destin allemand. Si l’évolution actuelle se poursuit, l’Allemagne sombrera forcément un jour ou l’autre dans le chaos du bolchevisme, mais si une évolution est brisée, notre peuple sera pris dans une discipline de fer." Il est ovationné. »

Dans ce discours il explique également que la propriété privée est le fondement de l’économie allemande et que son but premier est d’éradiquer le marxisme. « Je me charge de la politique, à vous l’économie » déclara t-il notamment.

Fritz Thyssen, l’homme le plus riche d’Allemagne, au capital provenant de l´industrie sidérurgique, était le premier capitaliste qui avait commencé à financer Hitler. Il avait offert à Hitler 100 000 marks d´or en 1923 !

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Encore bien d’autres… comme Emil Kirdorf, fondateur du consortium houiller de Rhénanie-Westphalie et de la société minière de Gelsenberg, et Alfred Hugenberg, grand homme d’affaires et représentant de la grande industrie de la Ruhr, qui deviendra le ministre de l’Economie du premier cabinet de Hitler ; oui, un grand industriel ministre de l’Economie d’Hitler, ça en dit long… Grâce à ces nouveaux appuis financiers, le parti nazi peut diffuser plus largement et plus intensément sa démagogie sociale et ainsi devenir, aux élections fédérales de 1930, le deuxième parti du pays avec plus de 6 millions de voix et 109 députés.

Toutefois, lors des élections fédérales de novembre 1932, le parti nazi perd 2 millions de voix et 40 sièges. Les grands industriels et des grands propriétaires terriens décident alors d’accélérer le mouvement. Le 19 novembre 1932, ils adressent une requête collective au maréchal Hindenburg, président du Reich, lui demandant avec insistance la nomination d’Hitler au poste de chancelier.

Le 4 janvier 1933, en plein échec du gouvernement Schleicher, c’est Von Papen qui prend l’initiative d’organiser une rencontre avec Hitler dans la demeure du banquier Schröder à Cologne. Il lui propose enfin ce que Hitler attendait, un gouvernement conservateur dont Hitler serait le chancelier, et Papen le vice-chancelier. Le futur gouvernement serait composé en grande majorité de gens proches de Papen et de Hugenberg. Hitler exige lui, en plus du poste de chancelier, les ministères de l’Intérieur, de la Défense, et de l’Education.

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30 janvier 1933 : Le maréchal Hindenburg, élu président de la République en 1932, nomme Hitler au poste de chancelier du Reich.

sap-31janvier1933Le 31 janvier 1933, le journal du Parti socialiste des travailleurs allemands (SAPD) titre : « Hitler chancelier du Reich ! Alarme pour l’ensemble de la classe ouvrière ». Ce journal fut interdit peu après.

Hitler a pu parvenir à monter au pouvoir suprême uniquement grâce à l’appui politique et économique de la bourgeoisie. En fait la bourgeoisie et ses représentants ont toujours vu d’un bon œil le mouvement national-socialiste, repérant en lui la qualité de solution de dernier recours à la crise générale du capitalisme. Dès 1929 la Ligue des combattants du Front Rouge, milice du Parti communiste (KPD), est dissoute par le gouvernement alors que les milices fascistes demeurent intactes. Selon le spécialiste de la période T. Derbent dans son livre La résistance communiste allemande 1933-1945 (disponible en ligne), en 1931, parmi les 103 morts communistes dans les combats de rue (contre 79 pour les nazis), près de la moitié ont été tués par les policiers venus en renfort pour les fascistes.

Les premières victimes des nazis, avant les juifs, furent les communistes, dès février 1933 4000 communistes sont arrêtés dont les principaux dirigeants, au moment du vote des pleins pouvoir à Hitler en mars 1933 les députés communistes étaient déjà soit assassinés soit en prison, ils ont été les premiers dans les camps de concentration ouverts la même année. Ainsi le Parlement allemand a pu voté les pleins pouvoir sans détour, parmi eux notamment, Theodor Heuss, futur président de l’Allemagne fédérale de 1949 à 1959. Qui le lui a reproché ?

Dans une ambiance de dépression économique où le chômage et la pauvreté atteignaient des degrés insupportables, la bourgeoisie a choisi le national-socialisme en craignant de perdre ses privilèges par une révolution. Aujourd’hui nous avons assez de recul pour justifier que le choix de la bourgeoisie a été le meilleur possible pour ses intérêts…

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Seul Hitler peut nous sauver du bolchevisme. Affiche du NSDAP

A propos des idées politiques d’Hitler, commençons par la définition qu’il donne au socialisme.

Pour Hitler, il le dit dès 1922, un « socialiste » est un patriote :

« Celui qui est prêt à faire sienne la cause nationale, dans une mesure telle qu’il ne connaît pas d’idéal plus élevé que la prospérité de la nation ; celui qui a compris que notre grand hymne Deutschland über alles signifie que rien, rien dans le vaste monde ne surpasse à ses yeux cette Allemagne, sa terre et son peuple, son peuple et sa terre, celui-là est un socialiste. » [5]

En effet l’historien Hajo Holborn (qui a lui-même vécu le nazisme) souligne qu’Hitler n’a jamais été socialiste :

« Il n’a jamais été socialiste. Dans un de ses discours en 1927 qu’a organisé le magnat de la Ruhr Emil Kirdorf (1847-1938) devant des industriels, Hitler déclare : "Le plus grand nationalisme est essentiellement identique avec les plus grandes préoccupations du peuple et le plus grand socialisme est identique à la forme la plus élevée de l’amour du peuple et de la patrie". Le socialisme et le nationalisme étaient pour lui des termes interchangeables qui changeaient en fonction du groupe social auquel il s’adressait. [6] »

Les antisocialistes de tout poil, pour appuyer leur dires, recrachent souvent cette citation attribuée à Hitler :

« Nous sommes socialistes, et ennemis du système économique capitaliste actuel, qui exploite les économiquement faibles, avec ses salaires injustes, qui évalue un être humain selon sa richesse et ses biens et non selon la responsabilité et la performance, et nous sommes déterminés à détruire ce système à tout prix. »

Cette phrase juste de sens a été prononcée le 1er mai 1927 à Berlin… le 1er mai, devant les ouvriers donc, cette citation ne peut donc pas être prise pour argent comptant. C’est comme le même Hitler qui disait dans un discours du 21 mai 1935 :

« L’Allemagne nationale-socialiste désire la paix du plus profond de ses convictions idéologiques. Elle veut la paix à cause de cette simple constatation : aucune guerre ne pourrait apporter de remède aux malheurs de l’Europe [...] Que pourrais-je souhaiter d’autre que le calme et la paix ? [...] L’Allemagne a besoin de paix, et veut la paix ! »

En effet comme l’écrit Henri Burgelin dans son livre L’Allemagne d’Hitler (1991) :

« L’idée centrale de Hitler est simple : lorsqu’on s’adresse aux masses, point n’est besoin d’argumenter, il suffit de séduire et de frapper. Les discours passionnés, le refus de toute discussion, la répétition de quelques thèmes assénés à satiété constituent l’essentiel de son arsenal propagandiste, comme le recours aux effets théâtraux, aux affiches criantes, à un expressionnisme outrancier, aux gestes symboliques dont le premier est l’emploi de la force. »
 

Nous savons que c’est faux, Hitler n’a pas du tout détruit le capitalisme. D’ailleurs en mars 1942 il déclare en privé :

« Je tiens absolument à protéger la propriété privée. Il est naturel et salutaire que les individus doivent être motivés par le désir de consacrer une partie du revenu de leur travail à construire et à étendre une succession familiale. Supposons que cette succession soit une usine. A mon avis il est évident, de manière générale, que cette usine soit mieux gérée par un membre de cette famille plutôt qu’un fonctionnaire de l’Etat… En ce sens nous devons encourager l’initiative privée. [7] »

On retrouve ici un discours radicalement différent de celui qu’il prononçait devant les ouvriers, dans une posture purement bourgeoise.

Le discours qu’il a prononcé le 27 janvier 1932 à Düsseldorf est dans la même veine :

« La propriété ne peut être justifiée du point de vue moral que si j’admets que les hommes ont des rendements différents. Et alors seulement je peux constater : puisque les rendements des hommes diffèrent, les résultats des rendements diffèrent également. Or si les résultats des rendements humains diffèrent, il est utile de laisser aux hommes l’administration de ses résultats à peu près dans les même proportions. Il serait illogique de confier l’administration du résultat d’un certain rendement effectué par une certaine personne au premier venu moins capable que lui ou à une collectivité qui a prouvé par le fait même qu’il (ou elle) n’a pas accompli ce travail qu’il (ou elle) est incapable d’en administrer le résultat. »

Hitler continue son discours :

« Il faut admettre par conséquent qu’économiquement parlant les hommes ne sont pas aussi valeureux, aussi importants les uns que les autres dans tous les domaines. Ceci admis, ce serait pourtant folie de dire que dans le domaine économique il existe des différences de valeur en tout état de choses, mais non dans le domaine politique. C’est un non-sens que de construire la vie économique sur la notion de rendement, de la valeur personnelle, donc pratiquement sur l’autorité de la personnalité, et de nier dans le domaine politique l’autorité de la personnalité et de mettre à sa place la loi du grand nombre, la démocratie. »

Ici Hitler admet les hiérarchies dans l’économie. Mais ce n’est pas tout, il se base sur le capitalisme pour justifier sa dictature terroriste : si il y a hiérarchie dans l’économie, pas de démocratie économique, il est inutile d’accepter la "démocratie" au niveau politique.

Ceux qui se sont intéressés à la question que nous traitons ont sûrement déjà vu ces deux citations supposément d’Hitler :

« Je ne suis pas seulement le vainqueur du marxisme [...] on peut dire que j’en suis le réalisateurLe national-socialisme est ce que le marxisme aurait pu être s’il s’était libéré des entraves stupides et artificielles d’un soi-disant ordre démocratique»

« Ce n’est pas l’Allemagne qui sera bolchevisée, c’est le bolchevisme qui deviendra une sorte de national-socialisme. D’ailleurs, il existe entre nous et les bolcheviks plus de points communs que de divergences, et tout d’abord le véritable esprit révolutionnaire, que l’on trouve en Russie comme chez nous, partout du moins où les marxistes juifs ne mènent pas le jeu. J’ai toujours tenu compte de cette vérité et c’est pourquoi j’ai donné l’ordre d’accepter immédiatement dans le parti tous les ex-communistes. Le petit-bourgeois social-démocrate et le bonze du syndicat ne pourront jamais devenir de véritables nationaux-socialistes ; mais le communiste oui. »

Ces deux citations sont érigées en tant que preuve de l’« anticapitalisme » d’Hitler dans les milieux antisocialistes peu informés. En fait ces deux citations sont tirées du célèbre ouvrage de Hermann Rauschning, ancien nazi, Hitler m’a dit (1939), dans lequel l’auteur prétend reprendre des citations d’entretiens et de discussions privées qu’il a eu avec Hitler. Mais n’en déplaise aux calomniateurs, la crédibilité de ce livre a été sérieusement remis en cause par les historiens…
Hitler lui a prétendument révélait ses plans secrets les plus cyniques et monstrueux et des propos ridicules, le livre a été largement utilisé en tant que propagande officielle pendant la guerre mais peu de gens y ont crû tellement le ridicule était à son paroxysme, à un tel point que Rauschning n’a même pas été convoqué à la barre des témoins lors du procès de Nuremberg alors que son livre avait déjà été traduit dans toutes les langues occidentales et tiré à des millions d’exemplaires, il aurait du être un personnage clé… Le livre en lui-même n’a été cité qu’une seule fois lors du procès géant.

Cela fait bien longtemps, depuis les années 1970 précisément, que la crédibilité du contenu de cet ouvrage est tombé à 0 dans la communauté historienne. En effet, après une sérieuse enquête des historiens Theodor Schieder, Wolfgang Hänel, Fritz Tobias et Eckhard Jesse autour de ce livre, on en a conclu que l’auteur a rencontré Hitler seulement 4 fois, et jamais en tête à tête, donc il est impossible qu’il ait pu recueillir autant des convictions, notamment politiques, d’Hitler.

Dans le projet nazi la propriété privée et les classes sociales continueraient absolument d’exister, mais la lutte des classes, le cœur du socialisme, serait évitée par une union de celles-ci au sein de la « communauté du peuple » (Volksgemeinschaft), cela consistait à faire croire à la convergence d’intérêts entre prolétaires et capitalistes, à la nécessité de duper les travailleurs et de la collaboration des classes naturellement opposées au nom du « patriotisme ». Evidemment cette politique ne profitait qu’à la bourgeoisie.

En effet la première chose que devait dire systématiquement les nazis lors des autodafés était la chose suivante :

« Contre la lutte des classes et le matérialisme, pour la communauté du peuple et un idéal de vie !
Je jette dans les flammes les écrits de Marx et de Kautsky. »

En réalité les nazis croyaient fermement à la lutte des classes. En effet le nazi Werner Best, général SS et personnage clé des forces armées nazies, écrit :

« Nous reconnaissons la lutte des classes, mais la lutte des classes par « en haut », menée par les maîtres contre la masse insurgée. » (cité dans le livre de Léon Dion cité ci-dessous)

Passons aux actes sur le terrain, lors du référendum de juin 1926 sur la question de savoir si l’on doit indemniser ou pas les princes régnants renversés en 1918 qui avaient été exproprié, alors que les communistes se prononcent naturellement contre l’indemnisation, le parti national-socialiste, lui, se prononce en faveur de l’indemnisation des princes, donc main dans la main avec la droite conservatrice avec qui il a d’ailleurs réalisé une alliance 5 ans plus tard, en 1931, avec le DNVP, parti de la droite conservatrice de l’homme d’affaires millionnaire Alfred Hugenberg, qui fût d’ailleurs membre du premier cabinet d’Hitler en tant que ministre de l’Economie et de l’Alimentation ! Ils constituèrent ensemble le Front de Harzburg. Fait historique souvent oublié mais à ne pas négliger pour la compréhension du national-socialisme. A noter que cette alliance intervient après la proposition de coalition du NSDAP avec le… parti social-démocrate (SDP) ! Au fond, entre réformistes anticommunistes on s’entend très bien. Hitler avait dit un jour de 1930 :

« Ce que nous entendons par "socialisme" n’a rien à voir avec le socialisme marxiste. Le marxisme rejette la propriété privée, le vrai socialisme, non. [11] »

Passons à présent aux politiques économiques mises en oeuvre par les nazis.

Ian Kershaw dans Qu’est-ce que le nazisme ? montre que les discours "révolutionnaires" des nazis ne se sont absolument pas traduit par un bouleversement des rapports de production, pire, après 1933, la politique économique nazie a manifestement favorisé l’intérêt du patronat allemand et s’est traduite par un renforcement des grands groupes industriels privés qui « prennent une part active au pillage, à l’exploitation, à la destruction et au massacre dans les territoires occupés. »

Hitler n’a nationalisé aucune entreprise contrairement à son programme démagogique initial, il s’est au contraire lancé dans une campagne de privatisation à partir de 1933. Léon Dion, dans La révolution allemande au XX° siècle (1993), écrit que « le Troisième Reich, loin d’intensifier la socialisation de la vie économique, abandonna au contraire à l’initiative privée la presque totalité des secteurs de l’activité économique ». En effet comme le montre Dion, alors qu’en 1933, la propriété "publique" représentait à peine 5 % de la richesse nationale, la reprivatisation des entreprises rentables, dans la finance comme dans la production et les services publics, s’était opérée à un rythme de plus en plus rapide pour atteindre son paroxysme au cours des années 1936-1937. Comme le remarque Charles Bettelheim dans son livre L’économie allemande sous le nazisme : un aspect de la décadence du capitalisme (1946), ce processus s’inscrit dans la droite ligne de la logique du capitalisme qui « montre, depuis le dernier quart du XIXème siècle, que les périodes de crise sont des périodes d’étatisation, l’État se substituant à certains entrepreneurs défaillants, et les périodes de reprise économique des périodes de reprivatisation, l’État recédant aux capitalistes des entreprises à nouveau rentables. »

De même, Daniel Guérin écrit dans Fascisme et grand capital (1936) :

« A peine installé au pouvoir, le fascisme s’empresse de donner des preuves de sa bonne volonté au capitalisme privé. […] Hitler tient à manifester sa reconnaissance aux magnats de l’industrie lourde, aux Kirdorf, aux Thyssen. […] L’Etat leur restitue les Acieries Réunies (qui avaient été mises sous contrôle de l’Etat lors de leur relèvement sur fonds publics pour cause de faillite). […] Après le krach de 1931, la plupart des grandes banques étaient tombées sous le contrôle de l’Etat. […] La Deutsche Diskonto Bank, dès 1933, s’est vue restituer par l’Etat près de 20 millions de marks d’action […] L’Etat fasciste aide les magnats capitalistes à « produire du bénéfice » en leur accordant toutes sortes d’exonérations fiscales […] en les aidant à relever artificiellement leurs prix de vente […] en renflouant les entreprises défaillantes sans contrepartie. »

Au final, comme l’écrit historien spécialiste du fascisme Pierre Milza dans Les fascismes (1985), en Italie aussi bien qu’en Allemagne, « le fascisme au pouvoir aboutit au renforcement des structures capitalistes et accélère le processus de concentration [industriel] » inhérent au développement du capitalisme. En effet, entre 1932 et 1938 les profits ont augmenté de 130% alors que dans la même période des milliers de petites entreprises industrielles et commerciales faisaient faillite, un autre gage de la situation privilégiée dans laquelle baignait la grande bourgeoisie allemande.

Mais tout cela ne veut pas dire qu’Hitler était en fait un libéral, il était interventionniste et keynésien.

Cet Etat entièrement au service de la bourgeoisie et de la complaisance de celle-ci à l’égard du nazisme est bien représenté à travers la société privée IG Farben, celle-ci a financé le camps d’extermination d’Auschwitz et les nazis lui ont loué à prix cadeaux des prisonniers de camps de concentration pour sa main d’oeuvre d’esclave-salariés en signe de l’éternel amitié entre fascistes et bourgeois, leur nombre était de 80 000 sur un total de 190 000 salariés, soit près de la moitié… C’est d’ailleurs une des filiales de cette sombre entreprise privée, Degesch, qui produisait le Zyklon B. Ce n’était pas l’Etat nazi qui fabriquait ce poison directement destiné à exterminer les juifs, mais des entrepreneurs privés !

Mais ce qui fait vraiment jaser les "libéraux" c’est que l’Etat allemand faisait des "plans", on peut dès lors s’interroger sur le genre de plan en oeuvre. A propos de ceux-ci (qui n’avaient évidemment rien à voir avec les plans impératifs d’ensemble réalisés en URSS) Dion écrit que « le plan de quatre ans qui visait à l’autarcie alimentaire du Reich, favorisa la grande entreprise agricole capitaliste au détriment de la petite paysannerie ». Les petits paysans croulaient sous les dettes et certaines fermes faisaient faillite pendant que la grande paysannerie capitaliste s’envolait avec la complicité de l’Etat.

Le prétendu socialisme d’Hitler, il n’y en a aucune trace. Plus encore, les syndicats furent interdits, seul subsistait le syndicat gouvernemental, donc bourgeois, le Front du travail, qui a fait interdire le droit de grève et qui, soumis au corporatisme d’Etat, avait pour but de convaincre les ouvriers de collaborer avec les capitalistes et de travailler davantage pour cette idée creuse de patrie (allongement de la durée de travail à 60-70 heures par semaine pour le bénéfice d’une petite minorité).

daf« Hier comme aujourd’hui nous restons camarades. » Affiche du Front du travail (1933) représentant un ouvrier et un capitaliste marchant main dans la main

Dion écrit à propos de la condition ouvrière misérable sous le nazisme :

« Privés du droit de grève, incapables de faire valoir leurs revendications, les travailleurs furent soumis à une dure exploitation [...] En 1938, le taux moyen des salaires horaires industriels se trouvait de 18 % inférieur au taux de 1929 et de seulement 9 % au-dessus de celui de 1932. En dépit d’une augmentation du nombre de travailleurs de près de trois millions par rapport à 1929 et de l’allongement de la journée de travail, le montant global des salaires, en 1938, demeurait encore inférieur à celui de 1929. Et, par rapport à 1932, en tenant compte d’une augmentation de 5% dans l’indice du coût de la vie, le revenu total réel des salariés n’avait augmenté, en 1928, que de 20 % alors que pendant la même période les profits s’étaient accrus de 127 %. »

Selon l’idéologue bourgeois Ludwig von Mises, l’Allemagne aurait appliqué l’essentiel des points du Manifeste du Parti communiste de 1848 : « Huit des dix points ont été exécutés par les nazis avec un radicalisme qui aurait enchanté Marx. Seuls deux points n’ont pas encore été complètement adoptés par les nazis, à savoir l’expropriation de la propriété foncière et l’affectation de la rente foncière aux dépenses de l’État (point n°1 du Manifeste) et l’abolition de l’héritage (point n°3). Cependant, leurs méthodes de taxation, leur planisme agricole et leur politique concernant la limitation des fermages vont chaque jour dans le sens du marxisme. » (Omnipotent government, The rise of the total state and total war, 1944)

Le sous-entendu enfantin est évident : l’Allemagne nazie est marxiste… Premièrement, la propriété privée agricole était loin d’être abolie, c’était la petite propriété qui tendait à disparaître, dévorée par la grande propriété conformément aux lois du développement capitaliste, c’était un gage du renforcement du capitalisme rural et absolument pas d’une disparition de la propriété privée agricole.

Ensuite au moins quatre points importants n’ont pas été appliqué et qui ont été soigneusement occulté par notre idéologue, à savoir les points 5, 7, 8 et 9 : la « centralisation du crédit entre les mains de l’État, au moyen d’une banque nationale, dont le capital appartiendra à l’État et qui jouira d’un monopole exclusif » (5), la multiplication des manufactures d’Etat et des terres défrichées guidées selon un plan national (7), le travail obligatoire pour les capitalistes oisifs, autrement dit leur expropriation, (8) et les « mesures tendant à faire graduellement disparaître la distinction entre la ville et la campagne » (9). D’autres points ne sont absolument pas propres au socialisme comme le point n°4 : Confiscation des biens de tous les émigrés et rebelles.
Il est également à noter que les points du Manifeste sont des mesures d’urgence de transition, cet ensemble est en effet loin de former le socialisme.

En bref, certains vont même plus loin en prétendant que Hitler était carrément un communiste, comme le blogueur Bernard Raquin. Qu’ils aillent directement cracher sur les innombrables tombes de communistes, qui « ont été les premières victimes des persécutions nazies » [13], tombés sous Hitler pour avoir cru en une autre société, plus juste, et pour s’être battu pour une Allemagne libre. L’historien Gilbert Merlio écrit dans Les Résistances allemandes à Hitler (2003) que « les communistes ont été les opposants les plus décidés et les plus actifs au nazisme. »

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Mais aux naïfs qui croient toujours que l’Allemagne nazie était une quelconque forme de « socialisme », voici une lettre d’un allemand adressée au journal du NSDAP, Völkischer Beobachter, et qui y a été publiée le 7 juin 1936 : « Personne au courant des questions économiques ne croira que le système capitaliste a disparu. Les capitaux privés n’ont jamais été aussi puissants et privilégiés qu’à l’heure actuelle… L’économie accumule d’énormes bénéfices et des réserves et les travailleurs sont invités à attendre. Les plus gros font du profit, et les plus petits reçoivent des espoirs d’avenir ». « Ce n’est pas le national-socialisme, c’est tout simplement le capitalisme » écrit un autre correspondant à la Völkischer Beobachter le 13 juin [14].

kpdMort au fascisme (Tod dem Fachissmus)

Pour conclure, une critique de Georgi Dimitrov sur la nature véritable du "national-socialisme", secrétaire général du Komintern de 1934 à 1943 :

« La variété la plus réactionnaire du fascisme, c’est le fascisme du type allemand. Il s’intitule impudemment national-socialisme sans avoir rien de commun avec le socialisme. Le fascisme hitlérien, ce n’est pas seulement un nationalisme bourgeois, c’est un chauvinisme bestial. C’est un système gouvernemental de banditisme politique, un système de provocation et de tortures à l’égard de la classe ouvrière et des éléments révolutionnaires de la paysannerie, de la petite bourgeoisie et des intellectuels. [...] Le fascisme, ce n’est pas une forme du pouvoir d’Etat qui, prétendument, « se place au-dessus des deux classes, du prolétariat et de la bourgeoisie », ainsi que l’affirmait, par exemple, Otto Bauer. Ce n’est pas « la petite bourgeoisie en révolte qui s’est emparée de la machine d’Etat », comme le déclarait le socialiste anglais Brailsford. Non. [...] Le fascisme, c’est le pouvoir du capital financier lui-même. [...] Il est nécessaire de souligner avec une vigueur particulière ce véritable caractère du fascisme parce que le masque de la démagogie sociale a permis au fascisme d’entraîner à sa suite, dans une série de pays, les masses de la petite bourgeoisie désaxée par la crise, et même certaines parties des couches les plus arriérées du prolétariat, qui n’auraient jamais suivi le fascisme si elles avaient compris son caractère de classe réel, sa véritable nature. [...] L’arrivée du fascisme au pouvoir, ce n’est pas la substitution ordinaire d’un gouvernement bourgeois à un autre, mais le remplacement d’une forme étatique de la domination de classe de la bourgeoisie — la démocratie bourgeoise — par une autre forme de cette domination, la dictature terroriste déclarée. Le fascisme avait promis aux ouvriers un « juste salaire », mais, en fait, il leur a apporté un niveau de vie encore plus bas, un niveau de vie misérable. [...] Le fascisme avait promis à la paysannerie ruinée, tombée dans la misère, de liquider le joug des dettes, d’abolir les fermages et même d’aliéner sans compensation les terres des propriétaires fonciers au profit des paysans sans terre et en train de se ruiner. En fait, il établit un asservissement inouï de la paysannerie travailleuse aux trusts et à l’appareil d’Etat fasciste, il pousse jusqu’aux dernières limites l’exploitation de la masse fondamentale de la paysannerie par les grands agrariens, les banques et les usuriers. « L’Allemagne sera une nation paysanne, ou elle ne sera pas », déclarait solennellement Hitler. Eh bien ! qu’est-ce que les paysans ont reçu en Allemagne, sous Hitler ? La moratorium, déjà annulé ? Ou la loi sur l’héritage de la ferme paysanne qui pousse à évincer des campagnes des millions de fils et de filles de paysans et à en faire des mendiants ? Les salariés agricoles sont convertis en demi-serfs, privés même du droit élémentaire de libre déplacement. La paysannerie laborieuse est privée de la possibilité de vendre sur le marché les produits de son exploitation. [...] Les ouvriers social-démocrates peuvent se convaincre avec de plus en plus d’évidence que l’Allemagne fasciste, avec toutes ses horreurs et sa barbarie, c’est, en fin de compte, le résultat de la politique social-démocrate de collaboration de classe avec la bourgeoisie. Ces masses se rendent compte de plus en plus nettement que la voie où les chefs de la social démocratie allemande ont mené le prolétariat, ne doit pas être reprise. [15] »

Notes :

[1] : Ian Kershaw, Qu’est-ce que le nazisme ? Problèmes et perspectives d’interprétation, éd. Gallimard, 1992, p. 93. [2] : Site de propagande dit libéral : http://www.contrepoints.org/ [3] : Article publié le 12 février 2012 : "Hitler et le Che, deux faces d’une même pièce". [4] : Mein Kempf, Chapitre VIII : Le commencement de mon activité politique. [5] : Hitler, le 28 juin 1922, rapporté par Jacques Georgel, Les eurodictatures, éd. Apogée, 1999, p. 32. [6] : Hajo Holborn, A history of modern Germany, 1840-1945, Princeton University Press, 1982, page 719. [7] : H. R. Trevor-Roper, Hitler’s Table Talk, 1941–1944: His Private Conversations, édition numérique, "March 24, 1942", pp. 362-363. Disponible ici. [8] : Adolf Hitler, Hitler : une carrière (1977), écrit par Werner Rieb (d’après l’ouvrage de Joachim C. Fest). [9] : Dans la Revue d’histoire moderne et contemporaine, n° 40-4, 1993, p. 679. [10] : Entretien réalisé le 20 juin 2000, disponible ici : http://www.bernardgirard.com/aligre/nazisme.html [11] : Carsten, Francis Ludwig The Rise of Fascism, 2nd ed. University of California Press, 1982. p. 137. Quoting: Hitler, A., Sunday Express, September 28, 1930. [12] : Cité ici : http://www.wsws.org/francais/hiscul/2008/fev08/tooz-f19.shtml [13] : Selon l’historien Gilbert Merlio dans Les Résistances allemandes à Hitler (éd. Tallantier, 2003). [14] : Extrait de Fascisme et grand capital (1936) de Daniel Guérin. http://www.matierevolution.fr/spip.php?article931 [15] :  Georgi Dimitrov, Œuvres choisies (1952), édition numérique, pp. 29-31-37. (Dernière mise à jour de l'article : 02/10/2014)

 

 

 

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